Actualités of Thursday, 22 January 2026
Source: www.camerounweb.com
Une note confidentielle des renseignements généraux n'aurait pas été transmise aux canaux habituels de la présidence. Révélation exclusive de Jeune Afrique : le chef d'état-major des armées aurait court-circuité le cabinet civil pour alerter directement Paul Biya, dévoilant les tensions au cœur de l'appareil étatique.
L'information, révélée en exclusivité par Jeune Afrique, jette une lumière crue sur les dysfonctionnements institutionnels au Cameroun. La note classée « rouge confidentiel », pourtant d'une importance capitale puisqu'elle alerte sur un présumé projet de prédation financière de 1 650 milliards de F CFA, n'aurait pas emprunté les voies habituelles de transmission des documents sensibles à la présidence de la République.
Selon les informations exclusives obtenues par Jeune Afrique, cette alerte des renseignements généraux n'a été transmise ni au cabinet civil ni au secrétariat général de la présidence, les deux institutions normalement chargées de filtrer et de transmettre les documents au chef de l'État. Au lieu de cela, elle aurait été remise directement à Paul Biya par le général René Claude Meka, chef d'état-major des armées.
Ce court-circuit institutionnel pose plusieurs questions majeures sur le fonctionnement de l'État camerounais. Pourquoi les canaux traditionnels ont-ils été contournés ? Les auteurs de la note craignaient-ils que leur alerte soit étouffée en chemin ? Ou bien le chef d'état-major des armées dispose-t-il désormais d'un accès privilégié au président, témoignant d'une militarisation rampante de la prise de décision ?
Cette révélation exclusive de Jeune Afrique met en lumière une défiance profonde entre différentes composantes de l'appareil étatique camerounais. Le choix délibéré de contourner le cabinet civil et le secrétariat général de la présidence suggère que les renseignements généraux ne faisaient pas confiance à ces structures pour transmettre fidèlement leur alerte.
Dans un État de droit fonctionnel, les alertes des services de renseignement suivent une chaîne hiérarchique clairement établie. Au Cameroun, comme l'a découvert Jeune Afrique, cette chaîne semble brisée, chaque service cherchant à établir un accès direct au président, au risque de créer un chaos décisionnel.
Cette situation n'est pas sans rappeler les mécanismes de contrôle mis en place par certains régimes autoritaires, où la multiplication des canaux d'information vise à permettre au chef de l'État de croiser les sources et de détecter les éventuelles dissimulations. Mais elle révèle aussi une fragmentation inquiétante de l'autorité de l'État.
Le général René Claude Meka, en se faisant le messager de cette note confidentielle, s'est placé au centre d'un jeu politique qui dépasse largement ses attributions militaires. Jeune Afrique révèle ainsi que le chef d'état-major des armées joue désormais un rôle d'intermédiaire privilégié entre les services de renseignement et le président.
Cette implication soulève des interrogations sur la nature réelle de ses fonctions. Est-il devenu, de facto, un conseiller spécial de Paul Biya sur les questions de sécurité intérieure ? Dispose-t-il d'un pouvoir d'arbitrage entre services concurrents ? Son intervention dans ce dossier financier marque-t-elle une extension du domaine d'influence des militaires au-delà de leurs prérogatives traditionnelles ?
Dans un contexte où le Cameroun fait face à des menaces sécuritaires multiples – insurrection de Boko Haram au nord, crise anglophone à l'ouest –, le positionnement du chef d'état-major des armées comme acteur central de la gouvernance civile pourrait signaler une évolution préoccupante du régime.
Le paradoxe révélé en exclusivité par Jeune Afrique est saisissant : malgré l'alerte directement transmise au président par le général Meka, un décret autorisant précisément l'endettement dénoncé a été signé moins de 24 heures plus tard. Cette séquence pose une question fondamentale : Paul Biya a-t-il réellement pris connaissance de la note des renseignements généraux ?
Plusieurs hypothèses peuvent être avancées. Soit le président a sciemment ignoré l'alerte, estimant que les risques évoqués étaient exagérés ou que les besoins de financement du pays justifiaient de passer outre. Soit la note ne lui est jamais parvenue, malgré les affirmations selon lesquelles le général Meka l'aurait transmise directement. Soit encore le décret avait déjà été préparé par d'autres services avant même que l'alerte soit lancée.
Cette dernière hypothèse, comme le suggère l'enquête de Jeune Afrique, souligne l'existence de circuits décisionnels parallèles qui s'ignorent ou se court-circuitent mutuellement. Le ministère des Finances, celui de l'Économie, le cabinet civil, le secrétariat général de la présidence, les renseignements généraux et l'état-major des armées semblent évoluer dans des sphères distinctes, chacun cherchant à influencer le président sans coordination avec les autres.
Les révélations exclusives de Jeune Afrique dressent le portrait d'un système de gouvernance profondément dysfonctionnel. À 92 ans et après plus de quatre décennies au pouvoir, Paul Biya semble régner sur un appareil d'État fragmenté où les luttes d'influence ont remplacé la cohérence administrative.
Cette situation est d'autant plus préoccupante qu'elle survient dans un contexte d'attente d'un remaniement gouvernemental. Les différents services de l'État, anticipant une redistribution des cartes, semblent se positionner pour préserver ou étendre leur influence. La note des renseignements généraux pourrait ainsi être interprétée non seulement comme une alerte légitime, mais aussi comme une arme dans la guerre que se livrent différentes factions au sein du régime.
Au-delà de l'affaire elle-même, les informations exclusives révélées par Jeune Afrique posent la question de la capacité du Cameroun à se gouverner efficacement. Comment un pays peut-il mener des politiques cohérentes quand ses propres services ne communiquent plus entre eux, quand les alertes des uns sont ignorées par les autres, quand les militaires s'immiscent dans la gestion financière et quand les décisions majeures sont prises dans l'opacité la plus totale ?
Cette opacité est d'autant plus problématique que les enjeux financiers sont colossaux. Un endettement de 1 650 milliards de F CFA représente une charge considérable pour les générations futures de Camerounais. Si cet endettement devait effectivement servir à des opérations de prédation, comme le redoutent les renseignements généraux selon Jeune Afrique, les conséquences pour l'économie nationale seraient désastreuses.
La transparence et la coordination entre services de l'État ne sont pas de simples questions techniques. Elles sont au cœur de la capacité d'un pays à protéger l'intérêt général contre les appétits particuliers. Les révélations de Jeune Afrique montrent que, sur ce plan, le Cameroun a encore beaucoup de chemin à parcourir.