Actualités of Friday, 17 July 2026
Source: www.camerounweb.com
« Ce n'est pas de l'enquête. C'est un syllogisme de comptoir habillé en journalisme d'investigation. » C'est le verdict sans appel de cet observateur face au volet 2/3 de l'enquête de Jeune Afrique sur « les milliards envolés de l'or camerounais ». Après la « fausse affaire » Oswald Baboke, le magazine parisien s'attaque désormais au Secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, et au BIR. La méthode est toujours la même : un nom, une insinuation, zéro preuve. Le nom du SGPR apparaît parce qu'un consultant israélien, Eran Moas, serait « un proche ». Un homme A connaît un homme B, qui a conseillé la création du BIR, qui sécurise des aéroports par lesquels de l'or transite. Donc l'homme A serait lié au trafic. Pour l'analyste, cette méthode d'accusation par proximité est une dérive dangereuse. Pire encore, les faits cités par Jeune Afrique contredisent sa propre thèse : si le système de sécurité était complice, pourquoi les saisies d'or à l'aéroport de Douala, à Yaoundé, et l'arrestation du patron de la Police des frontières ? L'article reconnaît également que le dispositif aéroportuaire a été audité et validé par l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). « Un trafic de cette ampleur repose sur des acheteurs, des convoyeurs, des financiers, des destinations. C'est là que se trouve l'enquête. Pas dans le jeu de piste des amitiés supposées au sommet de l'État. »
𝐀𝐏𝐑𝐄̀𝐒 𝐋𝐀 𝐅𝐀𝐔𝐒𝐒𝐄 𝐀𝐅𝐅𝐀𝐈𝐑𝐄 𝐎𝐒𝐖𝐀𝐋𝐃 𝐁𝐀𝐁𝐎𝐊𝐄, 𝐉𝐄𝐔𝐍𝐄 𝐀𝐅𝐑𝐈𝐐𝐔𝐄 𝐒'𝐀𝐓𝐓𝐀𝐐𝐔𝐄 𝐀𝐔 𝐒𝐆𝐏𝐑 𝐄𝐓 𝐀𝐔 𝐁𝐈𝐑 𝐃𝐀𝐍𝐒 𝐋'𝐎𝐑𝐆𝐀𝐓𝐄
QUAND L'ENQUÊTE DEVIENT UNE CHASSE : ANATOMIE D'UNE MÉTHODE JOURNALISTIQUE QUI ACCUSE PAR PROXIMITÉ"
LA MÉTHODE : UN NOM, UNE INSINUATION, ZÉRO PREUVE
Relisez attentivement le volet 2/3 de l'enquête de Jeune Afrique sur "les milliards envolés de l'or camerounais". Faites l'exercice honnêtement. Et posez-vous une seule question : OÙ EST LA PREUVE ?
Le nom du Secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, apparaît dans l'article. Mais à quel titre ? Attention, c'est subtil : il apparaît parce qu'un consultant israélien, Eran Moas, serait "UN PROCHE" du SGPR.
Le magazine examine notamment le rôle du Bataillon d'intervention rapide (BIR), de l'Airport Security Unit (ASU) et de plusieurs sociétés privées actives dans la sécurité des plateformes portuaires et aéroportuaires.
L'article indique également que le BIR a été créé avec l'appui de conseillers israéliens et évoque Eran Moas, que le magazine présente comme étant proche du Secrétaire général de la Présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh. Il mentionne par ailleurs des entreprises dirigées ou liées à des acteurs israéliens intervenant dans des projets de sécurité au Cameroun.
Voilà. C'est tout. C'est toute la "connexion".
Un homme A connaît un homme B. L'homme B a conseillé la création d'un corps d'armée. Ce corps d'armée sécurise des aéroports. De l'or passe par des aéroports. Donc l'homme A serait lié au trafic d'or.
Ce n'est pas de l'enquête. C'est un syllogisme de comptoir habillé en journalisme d'investigation.
LE PRÉCÉDENT BABOKE : QUAND LA MONTAGNE A ACCOUCHÉ D'UNE SOURIS
Souvenons-nous. Il y a quelques semaines, les mêmes circuits médiatiques désignaient Oswald Baboke, Directeur adjoint du Cabinet civil, comme figure centrale de l'ORGATE. Des affirmations péremptoires. Des "révélations" en cascade. Des pages Facebook en surchauffe.
Et ensuite ? Rien. Aucun élément matériel produit. Aucune Convocation au TCS, Aucune mise en cause judiciaire. Aucun document probant versé au débat public. L'accusation s'est dégonflée comme elle était née : par le bruit.
Mais voilà le problème du journalisme à sensation : il lui faut un coupable de haut rang pour vendre. Alors quand une cible ne "tient" pas, on passe à la suivante, plus haut dans l'organigramme. Après le Cabinet civil, le Secrétariat général de la présidence. La méthode est transparente : on remonte l'organigramme de l'État comme on gravit un baromètre d'audience.
CE QUE L'ARTICLE DIT VRAIMENT — SANS LE DIRE
Paradoxe savoureux : les faits cités par Jeune Afrique lui-même contredisent sa propre thèse insinuée.
L'article rappelle qu'en août 2019, 60 kilos d'or ont été saisis à l'aéroport de Douala. Qu'en octobre 2020, 38 lingots venus de Centrafrique ont été interceptés. Qu'en mai 2021, 30 kilos ont été saisis par la douane à Yaoundé. Que le patron de la Police des frontières a été arrêté et écroué en 2023.
Attendez. Si le système de sécurité était organisé pour faire sortir l'or en toute impunité, pourquoi ces saisies existent-elles ? Qui a intercepté ces cargaisons, sinon les dispositifs de contrôle que l'article présente comme complices ?
On ne peut pas soutenir en même temps que le système laisse tout passer ET citer comme preuves… des saisies effectuées par ce même système. C'est l'incohérence centrale de ce volet 2/3, et elle mérite d'être relevée.
L'article reconnaît par ailleurs, noir sur blanc, que le dispositif aéroportuaire a été audité et validé par l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) un organisme des Nations Unies, pas une officine camerounaise. Et qu'aucune importation illégale d'armes n'a été constatée depuis sa mise en place. Autrement dit : le dispositif fonctionne, et un auditeur international l'a certifié.
LE VRAI SUJET QUE L'ARTICLE ESQUIVE
Que le trafic d'or existe au Cameroun, personne de sérieux ne le nie. C'est un fléau réel, une atteinte au patrimoine national, et ceux qui s'y livrent quels qu'ils soient doivent répondre de leurs actes devant la justice.
Mais précisément parce que le sujet est grave, il mérite mieux que des insinuations. Il mérite :
●Des noms appuyés par des preuves, le Ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement Technologique les a, pas des noms appuyés par des relations
●Des documents, pas des "selon nos informations" invérifiables
●Des circuits financiers tracés, pas des organigrammes de proximité
●Une lecture des vraies failles filières d'orpaillage clandestin, or centrafricain en transit, réseaux d'acheteurs étrangers plutôt qu'une fixation sur les institutions de l'État
Un trafic de cette ampleur repose sur des acheteurs, des convoyeurs, des financiers, des destinations (l'article évoque lui-même Pékin et Dubaï). C'est là que se trouve l'enquête. Pas dans le jeu de piste des amitiés supposées au sommet de l'État.
ACCUSER PAR PROXIMITÉ : UNE DÉRIVE DANGEREUSE
Le procédé mérite d'être nommé, car il se généralise : la culpabilité par association.
Dans cette logique, connaître quelqu'un devient suspect. Avoir travaillé avec quelqu'un devient compromettant. Occuper une fonction devient un indice. On ne prouve plus, on suggère. On ne démontre plus, on juxtapose. Et le lecteur, abandonné à ses conclusions, fait le travail que le journaliste n'a pas fait : condamner.
Cette méthode a un coût. Elle fragilise les institutions sans faire avancer la vérité d'un millimètre. Elle offre aux vrais trafiquants un écran de fumée idéal : pendant que l'opinion se passionne pour des procès d'intention au sommet, les filières, elles, continuent de prospérer dans l'ombre.