Actualités of Thursday, 15 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Entre la vie et la mort, le mystère Paul Biya : un retour sans apparition, des rumeurs qui persistent

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Depuis son retour à Yaoundé le 20 août 2026 après 73 jours d'absence, le président Paul Biya n'est plus réapparu en public. Aucune image récente, aucune allocution, aucun déplacement officiel. Dans un pays où le chef de l'État est le centre de gravité de toute la vie institutionnelle, ce silence nourrit les spéculations les plus inquiétantes sur son état de santé et la réalité du pouvoir.

C'est un retour qui devait tout changer. Le 20 août 2026, après 73 jours d'absence — la plus longue de son règne —, Paul Biya revenait à Yaoundé. La CRTV avait mobilisé 200 agents pour couvrir l'événement, retransmettant en direct l'atterrissage et le trajet de 22 kilomètres entre l'aéroport de Nsimalen et le palais d'Étoudi. Des militants du RDPC, mobilisés pour l'occasion, l'attendaient à l'aéroport, certains arborant un pagne à son effigie. Le Premier ministre Joseph Dion Ngute était présent pour l'accueillir .

Mais depuis ce jour, rien. Aucune apparition publique, aucun discours, aucune photographie récente. Le président, âgé de 93 ans, demeure invisible.

Un retour mis en scène, une absence qui perdure

Le contraste est saisissant. Le retour du 20 août avait été soigneusement orchestré. Les médias publics avaient déployé des moyens considérables pour couvrir l'événement, et les images du chef de l'État saluant la foule depuis sa voiture avaient fait le tour des écrans. Pourtant, ces images elles-mêmes posent question : selon plusieurs sources, certaines photographies présentées comme montrant son retour auraient en réalité été prises en 2025 .

Cette mise en scène souligne l'importance que le régime accorde à la visibilité de son chef. Mais elle met aussi en lumière une réalité troublante : l'incapacité de produire des images récentes et vérifiables de Paul Biya. Le 18 juin 2026, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait démenti les informations de Jeune Afrique faisant état d'une hospitalisation en Suisse, assurant que le président était « en parfaite santé » et « suit les affaires du pays avec diligence » . Mais depuis, le silence.

Un vide institutionnel qui s'aggrave

L'absence prolongée de Paul Biya ne se limite pas à la question de sa santé. Elle a des conséquences institutionnelles majeures. La nomination d'un nouveau gouvernement est attendue depuis huit mois, celle d'un vice-président depuis la création du poste en avril 2026. Le remaniement annoncé à plusieurs reprises n'a jamais eu lieu.

Ce vide institutionnel nourrit toutes les spéculations. Dans un système politique aussi centralisé, où le président est la clé de voûte de l'ensemble de l'appareil d'État, son invisibilité prolongée crée un déficit de légitimité et de direction. L'opposition dénonce un « vide institutionnel » et un pays en « pilotage automatique ». James Fame Ndongo, cadre du RDPC et ministre de l'Enseignement supérieur, a tenté de balayer ces accusations fin juillet, arguant que « où qu'il se trouve, le chef de l'État suit méticuleusement les dossiers » . Mais ces déclarations ne suffisent pas à dissiper le doute.

Un tabou qui se fissure

Pendant des décennies, la question de la santé et de la succession de Paul Biya était taboue au Cameroun. Les journalistes qui osaient l'aborder étaient marginalisés, les analystes qui l'évoquaient étaient discrédités. Mais l'absence record de 2026 a brisé ce tabou. Les rumeurs, autrefois chuchotées, s'étalent désormais au grand jour.

Le contraste avec la gestion de l'information est frappant. Le régime, qui contrôle étroitement les médias publics et exerce une pression constante sur la presse privée, se retrouve dans l'incapacité de produire la preuve la plus simple de la vitalité de son chef : une apparition publique, une image datée, une voix enregistrée.



Cette situation intervient dans un contexte de guerre de succession ouverte. Le poste de vice-président, créé par la révision constitutionnelle d'avril 2026, reste vacant. En l'absence de vice-président, c'est le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, qui devrait assurer l'intérim en cas de vacance du pouvoir .

Mais cette perspective ne fait que renforcer les tensions. Plusieurs clans s'affrontent pour le contrôle de la succession : les partisans de Franck Emmanuel Biya, fils aîné du président, et ceux de Franck Hertz Biya, soutenu par la Première Dame Chantal Biya. Chaque camp cherche à positionner ses pions dans les institutions clés — l'armée, la police, les finances, les médias.



Dans les rues de Yaoundé, la question de l'état de santé du président est sur toutes les lèvres, même si elle reste souvent formulée à mots couverts. Les Camerounais savent que leur pays est suspendu à la santé d'un homme de 93 ans. Et ils savent aussi que, tant que Paul Biya n'apparaîtra pas en public, les rumeurs continueront de prospérer.

Le retour du 20 août devait marquer la fin des spéculations. Il n'a fait que les relancer. Le silence qui a suivi est plus assourdissant que toutes les déclarations officielles. Et il pose une question que personne, au sommet de l'État, ne semble vouloir affronter de front : où est Paul Biya, et dans quel état ?