Le journaliste Haman Mana s’inquiète de l’absence de visibilité sur la succession de Paul Biya et estime qu’aucune garantie n’existe aujourd’hui pour assurer une transition politique paisible au Cameroun. Il souligne le flou entretenu autour de cette question et évoque plusieurs scénarios possibles, notamment celui d’une « révolution de palais ».
𝐀𝐩𝐫𝐞̀𝐬 𝐥𝐞 𝐝𝐞́𝐥𝐮𝐠𝐞...
Rien, actuellement, ne garantit un passage de témoin serein et pacifique à la tête du Cameroun. À l’heure qu’il est, on se pose bien des questions sur le profil de la personnalité qu’il choisira.
À titre de souvenir, dans des circonstances analogues, dès le congrès de la Maturité, en 1975, on savait clairement que Paul Biya était le successeur constitutionnel d’Ahidjo.
Le flou entretenu aujourd’hui sur cette échéance inéluctable participe, c’est clair, des cartes cachées que Paul Biya veut continuer à garder pour pouvoir les utiliser à tout moment. Mais on oublie trop souvent le cas de l’empêchement, qui peut survenir à tout moment […]
Il existe un dernier cas de figure, celui de la révolution de palais. Quand on parle de révolution de palais, beaucoup voient l’un des hauts gradés militaires ou un des hauts fonctionnaires de l’endroit, dans le rôle prépondérant. Ce n’est pas le cas. En fait, l’hypothèse la plus envisageable, ici, concerne un personnage qui, en quelques années, a pris beaucoup d’ampleur dans les structures de fonctionnement de l’Etat et qui continue à en prendre : Chantal Biya, l’épouse du chef de l’Etat.
Contrairement au Biya jeune ayant toujours tenu à l’écart sa famille rapprochée, le vieux Biya, on le sent, laisse de plus en plus d’espace à sa jeune épouse et les choses vont d’elles-mêmes.
Aujourd’hui, signe des temps, les motions de soutien au chef de l’Etat sont désormais accompagnées de l’inévitable appendice «et madame Chantal Biya, son épouse ».
Et même le protocole a pris d’autres habitudes. Plus remarquable, il existe un véritable « système Chantal Biya », parfois plus efficace, pour la résolution des problèmes. Rien n’exclut donc que ce système prenne en otage un président déclinant du fait de l’âge, pour gouverner à travers lui ou totalement.
Nous évoluons dès lors vers une espèce de péronisme, ce système qui du général Juan Peron et ses épouses, Eva Duarte et Maria Estella, régna sur l’Argentine pendant plus de trente ans (1946-1976).
Dès lors, la large majorité et les eaux calmes d’aujourd’hui présagent, tout simplement, ce qui pourrait bien être les tumultes de demain.
Une inconnue est cependant importante, dans tout ce tableau, l’influence des règlements de comptes internes à la machine Rdpc. En effet, la politique du village électoral qui bat son plein, aujourd’hui, a généré des rancœurs fratricides tellement vives que la moindre étincelle pourrait bien créer l’implosion fatale.
Haman Mana









