Actualités of Tuesday, 3 March 2026

Source: www.camerounweb.com

EXCLUSIF – Détention illégale au SED : le Pr Aba'a Oyono réclame 3 milliards de francs CFA à la DGRE

Plusieurs semaines après sa libération, le Professeur Aba'a Oyono passe à l'offensive. Selon des informations exclusives révélées par le lanceur d'alerte Boris Bertolt, l'universitaire et ancien conseiller politique d'Issa Tchiroma Bakary a engagé une procédure judiciaire contre la Direction Générale de la Recherche Extérieure (DGRE), réclamant un préjudice évalué à 3 milliards de francs CFA. En cause : l'implication directe d'agents de ce service de renseignement dans son kidnapping et sa détention illégale pendant 42 jours au sein du très redouté Service d'Études et de Documentation (SED).


Arrêté le 25 octobre 2025 dans le sillage de la crise post-électorale, en même temps que de nombreux proches de l'opposant Issa Tchiroma, le Pr Aba'a Oyono avait retrouvé la liberté le 5 décembre 2025, sans qu'aucune communication officielle ne justifie ni son arrestation ni sa remise en liberté. Intellectuel réputé, il était alors présenté comme l'un des principaux conseillers politiques de Tchiroma Bakary, dont il rédigeait les discours, après avoir exercé des fonctions similaires auprès de Maurice Kamto, figure de proue du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun.

La qualification des faits est au cœur de la démarche judiciaire du professeur. En ciblant nommément la DGRE et en parlant de « kidnapping » — et non d'arrestation —, le Pr Aba'a Oyono entend démontrer que sa privation de liberté ne relevait d'aucun cadre légal, mais constituait une opération clandestine menée par des agents de l'État en dehors de tout mandat judiciaire. Une accusation d'une extrême gravité, qui, si elle est étayée, exposerait l'un des services de renseignement les plus opaques du Cameroun à une mise en cause publique et institutionnelle sans précédent.


Cette procédure s'inscrit dans un contexte particulièrement lourd. La mort en détention d'Anicet Ekanè, autre figure du camp Tchiroma, survenue quelques jours seulement avant la libération du professeur, a mis en lumière les conditions de détention des opposants arrêtés durant cette période. Plus de 400 personnes restent sous la menace d'une inculpation devant le Tribunal militaire, parmi lesquelles Djeukam Tchameni et Parfait Mbvoum, ancien cadre du Social Democratic Front, selon un collectif d'avocats mobilisé sur ce dossier.


Avec une demande chiffrée à 3 milliards de francs CFA, le Pr Aba'a Oyono envoie un signal politique autant que judiciaire : celui d'un homme qui refuse que sa détention reste sans suite, et qui entend faire de son affaire un cas d'école sur les dérives sécuritaires de l'État camerounais en période de crise post-électorale. L'issue de cette procédure, si elle va à son terme, pourrait constituer un précédent majeur dans l'histoire judiciaire du Cameroun.