Les plaignants se trouvent être des employés en grève. Vous aviez bien lu, ils réclament 60 mois d’arriérés de salaire. Durant toute cette durée, ils n’ont pas été payés et leurs conditions de vie et de travail se sont durement détériorées. L’affaire est expliquée par Boris Bertolt qui lance l’alerte.
Les employés travaillent pour un programme public créé pour favoriser l’emploi et lutter contre la précarité. Pourtant, devant le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle à Yaoundé, ils réclament aujourd’hui jusqu’à 60 mois d’arriérés de salaire. Cinq années sans rémunération, selon les grévistes, avec des conséquences désormais dramatiques pour leurs familles.
Le paradoxe est saisissant. Le Projet intégré d’appui aux acteurs du secteur informel (PIAASI) a précisément pour mission d’aider les Camerounais travaillant dans l’économie informelle à se structurer, se former et financer leurs activités. Rattaché au ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop), il constitue l’un des instruments publics de promotion de l’auto-emploi.
Mais ce sont aujourd’hui ses propres employés qui se retrouvent dans une situation de grande précarité. Réunis devant le Minefop, ils affirment cumuler 60 mois d’arriérés de salaire. Certains racontent ne plus être en mesure d’assurer les dépenses les plus élémentaires de leur foyer. Avec la rentrée scolaire, la situation a pris une dimension encore plus douloureuse : des enfants d’employés n’ont pas pu reprendre le chemin de l’école, faute d’argent pour payer les frais de scolarité et les fournitures, selon les témoignages recueillis.
Le problème ne date pas d’hier. En septembre 2025 déjà, des employés du PIAASI dénonçaient publiquement 48 mois de salaires impayés. Un an plus tard, le compteur serait donc passé à 60 mois. À la tête du programme se trouve depuis de nombreuses années Claude Melone Loe, son coordonnateur national.
L’histoire financière du programme rend la situation encore plus difficile à comprendre pour les grévistes. Le PIAASI avait été rendu éligible aux ressources PPTE pour une enveloppe globale de 9,659 milliards de francs CFA, avant le démarrage effectif de ses activités au milieu des années 2000. Sa mission était de faire progressivement basculer des activités informelles vers le secteur formel grâce à l’organisation, la formation et au financement des acteurs.
Et le programme figure toujours dans la programmation budgétaire de l’État. Pour 2026, le Cadre de dépenses à moyen terme du Minefop prévoit notamment 100 millions de francs CFA pour les microprojets en instance au PIAASI, 30 millions pour l’accompagnement d’acteurs informels dans la transformation et la distribution de produits agro-pastoraux et 12 millions pour l’organisation de son comité de pilotage. Plus largement, l’activité « développement des microprojets », qui comprend ces lignes mais aussi d’autres actions d’auto-emploi, est programmée à 242 millions de francs CFA en 2026.
D’où la question posée aujourd’hui par les employés : comment un programme public chargé de combattre la précarité peut-il laisser son propre personnel cinq années sans salaire ? Derrière les chiffres, ce sont désormais des familles qui disent payer le prix de cette situation. Des travailleurs réclament leur rémunération et des parents racontent avoir regardé passer la rentrée scolaire sans pouvoir envoyer leurs enfants à l’école.
Après 60 mois d’arriérés revendiqués, les grévistes attendent désormais une réponse du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle sur le règlement de leurs salaires et, plus largement, sur l’avenir même du PIAASI.









