Actualités of Wednesday, 4 March 2026
Source: www.camerounweb.com
La levée de corps d'Anicet Ekane, figure historique de l'opposition camerounaise, ouvre une parenthèse rare dans la vie politique nationale : celle du deuil partagé au-delà des clivages. Dans une tribune signée Steve Fah, l'auteur lance un appel solennel aux hauts responsables du RDPC et au Président de la République lui-même, les invitant à franchir le pas du geste républicain — celui qui, par-delà l'adversité politique, reconnaît en l'adversaire disparu un fils de la Nation, un homme de convictions, un acteur irréductible de la démocratie camerounaise.
Chers dignitaires du RDPC, la maturité politique se mesure aussi dans l’hommage rendu à l’adversaire.
Aujourd’hui, avec la levée de corps de Anicet Ekane, notre pays est entré dans un moment de recueillement et de mémoire.
Au-delà des clivages, au-delà des partis, au-delà des divergences parfois profondes, c’est un homme qui s’en va. Un homme de convictions. Un homme qui, durant de longues années, a porté une voix, une vision, un idéal pour le Cameroun.
Un parti politique, par définition, est une organisation dont la vocation est de conquérir et d’exercer le pouvoir. C’est sa nature. Mais la démocratie ne se réduit pas à une compétition permanente. Elle est aussi et surtout un espace de confrontation pacifique, de respect mutuel et de reconnaissance réciproque.
Dans une démocratie apaisée, on peut être adversaires sans être ennemis.
On peut s’opposer fermement sur les idées, tout en se respectant profondément en tant qu’êtres humains.
On peut se battre politiquement… et se retrouver dans la dignité lorsque l’un des nôtres disparaît.
Le Cameroun a aujourd’hui rendez-vous avec sa maturité démocratique.
Il serait juste, il serait grand, il serait digne que des hauts responsables du RDPC soient officiellement représentés pour lui rendre hommage. Ce ne serait pas un acte partisan. Ce serait un acte républicain.
Ce serait reconnaître qu’avant d’être opposant, Anicet Ekane fut un fils de la Nation.
Qu’avant d’être contradicteur, il fut un acteur engagé de la vie publique.
Qu’avant d’être une voix dissidente, il fut un citoyen profondément attaché à son pays.
Il serait également hautement symbolique que le Président de la République délègue un représentant officiel afin d’honorer sa mémoire. Un tel geste élèverait le débat, apaiserait les cœurs et enverrait un message fort aux générations présentes et futures : au Cameroun, la République est plus grande que les partis.
Et pourquoi ne pas envisager, à titre posthume, une distinction honorifique pour cet illustre homme politique ? Non pour ses positions, qui pouvaient être discutées. Mais pour sa constance, son engagement et sa fidélité à ses convictions.
La grandeur d’une Nation se mesure aussi à la manière dont elle honore ceux qui ont pensé autrement.
Aujourd’hui, nous ne devons pas voir un camp face à un autre.
Nous devons voir un homme que la Nation accompagne.
Nous devons honorer l’engagement.
Nous devons honorer la démocratie.
Que son âme repose en paix.
Et que vive un Cameroun où l’adversité politique ne tue jamais le respect humain.
Steve Fah