Actualités of Monday, 13 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Dossier lourd du moment au Cameroun : une note tombe pour Paul Atanga Nji

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« Nous sommes ministres de la république, magistrats, députés, maires, diplomates, directeurs généraux, médecins, enseignants, journalistes... Pas des Camerounais de seconde zone. » C'est par cette lettre ouverte à Paul Atanga Nji, ministre de l'Administration territoriale, que Christian Mpondo, communicant et pasteur, prend la défense des fidèles des Églises dites « de réveil ». Après la mise en garde du ministre contre les Témoins de Jéhovah et la MEVIPAC, et les déclarations de certains commentateurs appelant à la fermeture des « sectes », Mpondo oppose une argumentation juridique et morale : la responsabilité pénale est individuelle, et une République ne saurait punir des milliers de croyants innocents pour les fautes de quelques individus. Il dénonce un traitement discriminatoire et un « sentiment d'une justice sélective » qui s'installe, citant les scandales de pédocriminalité dans l'Église catholique ou les affaires de corruption impliquant des ministres, qui n'ont jamais conduit à fermer toutes les paroisses. « Punir les coupables est un devoir ; protéger les innocents en est un plus grand encore. »






LETTRE OUVERTE À MONSIEUR LE MINISTRE DE L'ADMINISTRATION TERRITORIALE

Excellence Monsieur le Ministre,

Il est des décisions administratives qui dépassent leur objet immédiat pour devenir un révélateur de la conception qu'une Nation se fait de la liberté. Elles nous obligent à répondre à une question essentielle : voulons-nous être gouvernés par l'émotion ou par le droit ?

Le Cameroun n'est pas une juxtaposition de croyances tolérées selon les circonstances. Le Cameroun s'est construit sur la promesse d'une République une et indivisible, où la diversité des opinions, des cultures et des croyances ne constitue pas une menace, mais une richesse. Il est une République dont la Constitution protège également tous ses citoyens, quelles que soient leurs convictions religieuses.

C'est cette promesse républicaine qui fonde notre cohésion nationale et qui nous conduit aujourd'hui, avec respect mais avec une profonde gravité, à vous adresser cette lettre.

Nous sommes des Camerounais. Nous sommes également des fidèles des Églises dites « de réveil ». Et nous refusons que notre foi devienne le prétexte d'une suspicion collective.

Le Préambule de la Constitution camerounaise, qui fait partie intégrante de celle-ci, garantit à tous les citoyens la liberté de religion, de conscience, de croyance, d'association et de culte, sans discrimination. Cette protection est renforcée par les engagements internationaux librement souscrits par notre pays, notamment l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, l'article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi que l'article 8 de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, qui consacrent tous la liberté religieuse comme un droit fondamental.

Dans un État de droit, l'autorité administrative ne peut substituer une présomption collective de culpabilité à la responsabilité personnelle des auteurs d'infractions.

Sur la question des crimes

Nous, citoyens camerounais appartenant aux Églises dites « de réveil », dénonçons avec gravité le traitement discriminatoire dont notre forme de culte fait l'objet à la suite de l'annonce de la fermeture massive de centaines de lieux de culte, à la suite de crimes imputés à certains individus.

Nul ne conteste que tout crime doit être poursuivi et puni avec la plus grande fermeté. C'est l'essence même de l'État de droit. Mais l'État de droit repose sur un autre principe tout aussi fondamental : la responsabilité pénale est individuelle.

Mais sur quel fondement juridique décide-t-on aujourd'hui de fermer des centaines d'Églises parce que certains individus, qui s'en réclamaient, auraient commis des crimes ? Un médecin n'ampute pas un corps entier pour soigner une blessure localisée. De même, une République ne saurait punir des milliers de croyants innocents pour les fautes d'individus déjà justiciables devant les tribunaux.

L'histoire récente nous offre pourtant d'autres précédents. Les nombreux scandales de pédocriminalité ayant impliqué des prêtres catholiques dans plusieurs pays du monde n'ont jamais conduit un État de droit à fermer l'ensemble des paroisses catholiques ou à considérer tous les fidèles catholiques comme suspects.

De la même manière, au Cameroun, de nombreux ministres, directeurs généraux ou hauts responsables de l'État ont été poursuivis ou condamnés pour des crimes économiques dans le cadre de la lutte contre la corruption. Beaucoup appartiennent à diverses confessions religieuses, notamment à l'Église catholique. Pourtant, personne n'a jamais songé à fermer leurs paroisses, ni à faire porter à leurs communautés religieuses la responsabilité de leurs actes.

Pourquoi ? Parce qu'une évidence juridique s'impose : la responsabilité pénale est individuelle. La République poursuit des auteurs, non des croyances ; des coupables, non des communautés. On ne condamne pas une communauté entière pour les fautes de quelques-uns qui s'en réclameraient. On ne sanctionne pas une foi pour les crimes de certains de ses (supposés) fidèles.

Pourquoi ce principe universel cesserait-il soudain de s'appliquer lorsque les Églises de réveil sont concernées ?

Sur la question des nuisances sonores

S'agissant des nuisances sonores, nous reconnaissons volontiers qu'elles doivent être combattues lorsqu'elles troublent l'ordre public. Mais alors, pourquoi cette exigence semble-t-elle ne viser qu'une seule catégorie de citoyens ? Si la préservation de la tranquillité publique constitue le véritable objectif poursuivi, alors la loi doit être appliquée avec une stricte impartialité.

Les appels à la prière diffusés quotidiennement par haut-parleurs depuis certaines mosquées font partie du paysage sonore de nombreuses villes camerounaises. Les bars, les débits de boissons et certains établissements de loisirs diffusent, parfois aux abords même des universités et jusqu'au petit matin, une musique tapageuse dont les riverains subissent les conséquences. Pourtant, jamais ces situations n'ont donné lieu à une campagne publique de stigmatisation de toute une confession religieuse ou d'un corps d'activité.

Dès lors, une interrogation demeure : pourquoi les Églises de réveil semblent-elles être les seules à faire l'objet d'une communication aussi spectaculaire ? L'égalité devant la loi exige que des situations comparables reçoivent un traitement comparable. Sans exception. Sans préférence. Sans discrimination. Car l'égalité devant la loi est le premier visage de la justice. À défaut, le sentiment d'une justice sélective s'installe inévitablement.

Si nous refusons que les Églises de réveil soient jugées sur les actes de quelques individus, nous refusons avec la même fermeté que l'Église catholique, la communauté musulmane ou toute autre confession le soient également. C'est précisément parce que le principe est universel qu'il est juste.

Sur le devoir de l'État

Dans une vidéo en circulation sur les réseaux sociaux, nous entendons un représentant de l'administration demander à des citoyens pourquoi ils fréquentent telle Église, pourquoi ils prient ou encore à quoi leur servent leurs prières. De telles interrogations ne relèvent pas de la compétence de l'administration. Dans une République laïque, l'État n'a ni à approuver, ni à comprendre, ni à évaluer la spiritualité de ses citoyens. Son devoir est de garantir à chacun la liberté de croire... ou de ne pas croire.

Pas des Camerounais de seconde zone !

Je ne suis pas musulman. Je ne suis pas traditionaliste. Je ne partage pas davantage toutes les convictions des autres communautés religieuses présentes dans notre pays. Pourtant, je défendrai toujours leur droit d'exister et de pratiquer leur culte dans le respect de la loi. La tolérance n'exige jamais l'adhésion ; elle exige le respect. C'est ce respect qui fonde la coexistence pacifique ou le vivre ensemble si cher à notre pays.

Nous refusons d'être livrés à la vindicte populaire comme si notre foi faisait de nous des citoyens suspects par nature. Nous refusons qu'une catégorie de Camerounais soit progressivement présentée comme un problème public en raison de ses convictions spirituelles.

Les fidèles des Églises de réveil ne sont ni des sous-citoyens ni des Camerounais de seconde zone. Nous sommes ministres de la république, magistrats, députés, maires, diplomates, directeurs généraux, médecins, enseignants, journalistes, militaires, policiers, gendarmes, entrepreneurs, hommes et femmes politiques, étudiants, ouvriers, agriculteurs, sportifs, artistes, fonctionnaires, responsables publics, agents administratifs… et simples travailleurs. Nous contribuons, comme tous les autres, au développement de notre Nation.

Notre foi ne sollicite ni privilège ni faveur. Elle ne réclame aucun passe-droit. Elle réclame simplement ce que la Constitution nous garantit déjà : le respect de nos libertés fondamentales et l'égalité devant la loi.

Excellence Monsieur le Ministre,

L'autorité de l'État ne se mesure jamais au nombre d'Églises qu'il ferme, mais à sa capacité à faire respecter la loi avec impartialité, sans discrimination et sans céder aux généralisations. Punir les coupables est un devoir ; protéger les innocents en est un plus grand encore.

Car le jour où une République commence à fermer des lieux de culte non pas en raison de ce qu'ils ont fait, mais en raison de ce que certains prétendent être au nom de leur foi, ce ne sont plus seulement les croyants qui perdent une liberté. C'est l'État de droit qui recule.

Et lorsque l'État de droit recule pour une communauté aujourd'hui, aucune autre communauté ne peut être certaine qu'il ne reculera pas pour elle demain.

L'histoire n'interrogera pas le nombre d'Églises fermées. Elle posera une seule question :

Le Cameroun est-il demeuré fidèle à sa Constitution lorsqu'il a été tenté de s'en écarter ?

Pour notre part, nous continuerons à croire que la justice n'est véritablement juste que lorsqu'elle protège les droits de ceux avec lesquels elle n'est pas tenue d'être d'accord.

Parce qu'au-dessus des sensibilités religieuses, des émotions collectives et des circonstances politiques, il existe une exigence qui fonde toute République : la loi doit être la même pour tous. Toujours.

Nous prions pour vous, afin que le Seigneur Dieu tout puissant dont vous êtes le serviteur selon Romains 13: 1-14 et à qui vous rendrez compte éclaire votre lumière au nom de Jésus-Christ.

Christian Mpondo

Publiciste. Publicitaire. Communicateur promoteur de COMMUNICATEURS. Homme de média. Entrepreneur culturel. Artiste auteur-compositeur engagé. Prix de la meilleure déclamation patriotique au FENAC 2018. Acteur producteur audiovisuel. Conférencier. Pasteur.