Actualités of Friday, 13 March 2026

Source: www.camerounweb.com

Dossier brulant à Etoud: Paul Biya n'a pas dit son dernier mot

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Ils attendaient depuis plus de cinquante ans que justice leur soit rendue. Les Omgba Bissogo — collectivité installée sur les terres du Mont Fébé avant l'indépendance du Cameroun, expropriée en 1969 lors de la création du Golf Club de Yaoundé — pensaient que l'heure de la réparation avait enfin sonné. C'était compter sans les manœuvres que Jeune Afrique décrit dans une enquête exclusive publiée ce 13 mars 2026 : à la faveur de l'arrêté controversé du ministre Henri Eyebe Ayissi du 2 janvier 2026, leur demande collective de rétrocession déposée en 2020 a abouti — mais pas en leur faveur. Les titres fonciers ont été établis au seul nom d'une certaine Thérèse Koa, cheffe d'un quartier voisin du golf, que leurs propres représentants refusent de reconnaître.


Jeune Afrique raconte comment les Omgba Bissogo, portés par la conviction de leurs droits coutumiers et traditionnels sur une partie du domaine du Golf Club, ont choisi la voie institutionnelle : en 2020, quatre représentants de la communauté déposent auprès de l'administration une demande officielle de rétrocession d'une portion des terrains. Une démarche menée dans les règles, documentée, et dont l'administration a accusé réception.
Six ans plus tard, lorsque l'arrêté d'Eyebe Ayissi entérine effectivement une rétrocession de dix hectares, la communauté aurait pu se réjouir. C'est l'inverse qui s'est produit. Selon Jeune Afrique, ses représentants, menés par Hyacinte Omgba Essomba, ont découvert qu'ils avaient été totalement écartés du processus — et que les titres avaient été rédigés au seul nom de Thérèse Koa, présentée comme représentante des Omgba Bissogo mais non reconnue comme telle par la communauté. Un double sentiment d'injustice : d'abord l'expropriation de 1969, puis la confiscation de la restitution de 2026.

« On ne voit pas comment elle aurait pu financer ces travaux seule »
La question de qui se cache derrière Thérèse Koa est au cœur de l'enquête de Jeune Afrique. Cheffe de quartier, elle est présentée comme l'initiatrice des travaux de terrassement constatés en février 2026 sur le terrain du Golf Club. Mais un proche du dossier, qui a requis l'anonymat, formule des soupçons sans ambiguïté : « On ne voit pas comment Madame Thérèse Koa aurait pu avoir personnellement l'argent pour financer de tels travaux, raison pour laquelle il y a de forts soupçons concernant un groupe de personnes qui l'utiliseraient comme paravent. Groupe qui aurait aussi la capacité d'influencer une décision du ministre des Domaines. »

Jeune Afrique laisse entendre que ces hypothétiques commanditaires auraient des moyens financiers suffisants pour financer des travaux d'envergure sur des terrains très convoités des hauteurs de Yaoundé — et des appuis suffisamment solides pour obtenir un arrêté ministériel en leur faveur en tout début d'année. Le profil de ces personnes n'est pas établi. Mais le faisceau de coïncidences suffit à Hyacinte Omgba Essomba pour parler ouvertement d'instrumentalisation de Thérèse Koa.

Une communauté prise en étau entre deux batailles qu'elle n'a pas choisies
Le sort des Omgba Bissogo illustre un paradoxe cruel que Jeune Afrique met bien en lumière : ils soutiennent le principe de la rétrocession — leurs droits historiques le justifient pleinement — mais ils combattent les modalités retenues, et se retrouvent ainsi dans le camp du Golf Club, qui conteste tout. Une alliance objective et inconfortable avec les privilégiés qu'ils voyaient fréquenter un terrain dont on les avait chassés il y a plus d'un demi-siècle.
Si le Golf Club obtient l'annulation de l'arrêté d'Eyebe Ayissi devant les tribunaux, les titres de Thérèse Koa tombent — et les Omgba Bissogo se retrouvent à la case départ, avec leur demande de 2020 toujours sans réponse légitime. Si l'arrêté est maintenu, c'est une femme dont ils contestent la représentativité qui hérite de leur histoire. Dans les deux cas, révèle Jeune Afrique, la communauté qui a le plus à perdre dans cette guerre du golf, c'est celle qui n'a jamais eu de club-house.