L’affaire Ngono Ahina Honorine – Nga Albertine fait autant parler. « La confusion des corps, le tollé national, ce qu’a subi le Pr Fouda et la vérité aujourd’hui », écrit Bruno Bidjang. Le journaliste livre des détails de cette histoire.
En janvier 2025, une affaire bouleversait profondément l’opinion publique : la supposée disparition du corps de Ngono Ahina Honorine, 86 ans, à la morgue de l’hôpital central de Yaoundé. Très vite, l’émotion s’est muée en indignation. Puis, l’indignation a laissé place à un véritable tollé national.
Les réseaux sociaux se sont enflammés, les commentaires se sont multipliés et les accusations ont fusé. Au centre de la tempête, le directeur de l’établissement à l’époque, le Professeur Pierre Joseph Fouda.
D’abord, une disparition qui choque. Le 31 janvier 2025, lorsque la famille de Ngono Ahina Honorine se présente à la morgue pour la levée du corps, la dépouille est introuvable. L’alerte est immédiatement donnée.
Dans un contexte où la confiance envers les institutions hospitalières est souvent fragile, l’annonce agit comme un électrochoc. Rapidement, l’hypothèse d’une disparition inexpliquée s’impose dans le débat public. Par conséquent, l’affaire dépasse le cadre familial pour devenir une affaire nationale.
Ensuite, l’emballement médiatique et ses conséquences. Alors même que les vérifications étaient en cours, des accusations graves émergent. Certains parlent de négligence coupable. D’autres évoquent des responsabilités hiérarchiques directes. De ce fait, le Professeur Pierre Joseph Fouda se retrouve exposé à une pression publique considérable.
Jugements hâtifs, attaques personnelles : l’homme est publiquement mis en cause avant même que la lumière ne soit faite. Ainsi, ce qui aurait dû rester une enquête administrative devient un procès médiatique.
Pourtant, la vérité est tout autre. 13 mois après, les investigations révèlent qu’il ne s’agissait pas d’une disparition, mais d’une confusion de corps. En effet, deux femmes avaient été admises à la morgue à quelques jours d’intervalle : Ngono Ahina Honorine, 86 ans, Nga Albertine, 44 ans.
Leurs admissions étaient rapprochées. Leurs patronymes présentaient des similitudes. Leurs mises en bière étaient programmées à une semaine d’écart. De surcroît, des casiers superposés auraient contribué à l’erreur.
Le 24 janvier 2025, la famille de Nga Albertine procède à la levée du corps. Or, par une succession de circonstances malheureuses, c’est en réalité la dépouille de Ngono Ahina Honorine qui est remise et inhumée à Oyomabang, lieu-dit Femeux. Dès lors, lorsque la famille de la matriarche se présente le 31 janvier, le corps est naturellement introuvable puisqu’il est déjà en terre.
Par conséquent, ni disparition ni acte intentionnel. Contrairement aux premières rumeurs, il n’y a eu ni enlèvement, ni trafic, ni acte volontaire. Il s’agit d’une erreur humaine regrettable, survenue dans un contexte administratif complexe. Cela n’enlève rien à la douleur des familles. Au contraire, la situation a prolongé leur souffrance, les obligeant à procéder à des exhumations et à de nouvelles inhumations, ravivant un deuil déjà difficile.
Enfin, une leçon collective. Cette affaire rappelle d’abord la nécessité de renforcer les procédures d’identification et de traçabilité dans les services mortuaires. Elle souligne ensuite l’importance de la prudence dans le traitement médiatique des crises sensibles. Mais surtout, elle invite à la retenue. Car si l’émotion est légitime, la vérité, elle, demande du temps.
Aujourd’hui, les faits sont établis. La confusion est avérée. La disparition supposée n’en était pas une. Dès lors, au-delà du tollé et des jugements hâtifs, il convient de reconnaître que la réalité était bien plus complexe que les premières accusations ne le laissaient croire. Parce qu’en définitive, la justice ne se construit pas dans l’emballement, mais dans la recherche patiente et rigoureuse de la vérité.









