Actualités of Tuesday, 13 January 2026
Source: www.camerounweb.com
Libre depuis le 5 décembre 2025 après plus d'un mois de détention, le professeur Aba'a Oyono prévoit de se rendre ce mardi 13 janvier 2026 à la prison centrale de Kondengui pour rencontrer Parfait Mbvoum et les quelque 170 autres détenus politiques incarcérés dans le cadre de la crise post-électorale. Un geste de solidarité chargé de symboles, alors que des centaines d'opposants croupissent toujours derrière les barreaux pour avoir soutenu Issa Tchiroma Bakary.
À peine un mois après sa libération controversée, le professeur Aba'a Oyono s'apprête à franchir les portes de la prison centrale de Kondengui, non plus comme détenu, mais comme visiteur solidaire. Ce mardi 13 janvier 2026, l'universitaire et conseiller politique rencontrera Parfait Mbvoum, ancien cadre du Social Democratic Front (SDF), ainsi que les 170 autres prisonniers politiques « injustement et abusivement incarcérés », selon les termes employés par ses proches.
La visite du professeur Aba'a Oyono revêt une dimension particulièrement symbolique. Lui-même a connu les affres de la détention arbitraire, ayant été interpellé le 25 octobre 2025 avec de nombreux autres soutiens d'Issa Tchiroma Bakary, dans le contexte explosif de la crise post-électorale qui continue de secouer le Cameroun.
Libéré le vendredi 5 décembre 2025 dans des circonstances qui n'ont jamais été officiellement expliquées, l'universitaire avait été détenu à la gendarmerie nationale et faisait face à la perspective d'une inculpation devant le Tribunal militaire – cette procédure devenue emblématique de la judiciarisation de l'opposition politique au Cameroun.
Avant son arrestation, Aba'a Oyono s'était illustré comme l'un des principaux architectes de la campagne présidentielle d'Issa Tchiroma Bakary. Présenté comme son conseiller politique de premier plan, il était notamment chargé de la rédaction des discours de l'opposant, un rôle stratégique qu'il avait déjà occupé auprès de Maurice Kamto, l'ancien président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC).
Cette trajectoire fait de lui l'une des figures intellectuelles les plus en vue de l'opposition camerounaise, connu pour ses prises de position critiques tranchantes à l'égard du régime de Paul Biya. Son arrestation avait été perçue comme un coup porté à l'intelligentsia contestataire du pays.
Si le professeur Aba'a Oyono a recouvré sa liberté, la situation reste dramatique pour la majorité des personnes arrêtées dans le cadre de la crise post-électorale. Selon un collectif d'avocats mobilisé pour leur défense, plus de 400 personnes demeurent sous la menace d'une inculpation devant le Tribunal militaire.
Parmi les figures les plus emblématiques encore détenues figurent Djeukam Tchameni, autre soutien de poids d'Issa Tchiroma, et surtout Parfait Mbvoum, ancien haut responsable du SDF, que le professeur Aba'a Oyono compte rencontrer lors de sa visite à Kondengui. Ces détenus, qualifiés de « prisonniers politiques » par l'opposition et les organisations de défense des droits humains, attendent toujours de connaître leur sort judiciaire dans des conditions de détention régulièrement dénoncées.
L'absence de communication officielle sur les raisons de la libération du professeur Aba'a Oyono alimente les spéculations. Pourquoi lui et pas les autres ? Cette libération au compte-gouttes soulève des questions sur les critères retenus par les autorités pour distinguer ceux qui peuvent retrouver la liberté de ceux qui doivent rester enfermés.
Certains observateurs y voient une stratégie de division au sein de l'opposition, visant à fragmenter le mouvement de contestation en libérant sélectivement certaines figures tout en maintenant la pression sur d'autres. D'autres estiment que des négociations discrètes ont pu intervenir, sans que l'on en connaisse précisément les termes.
La visite du professeur Aba'a Oyono intervient dans un contexte particulièrement tendu, quelques semaines après le décès en détention d'Anicet Ekanè, présenté lui aussi comme un soutien de poids d'Issa Tchiroma Bakary. Ce drame a jeté une lumière crue sur les conditions de détention des opposants politiques et ravivé les craintes quant au sort des centaines de personnes toujours incarcérées.
Le décès d'Ekanè a provoqué une onde de choc dans les milieux de l'opposition et de la société civile, nombreux étant ceux qui pointent du doigt la responsabilité des autorités dans la gestion de ce dossier sensible. Les circonstances exactes de ce décès n'ont jamais été clairement établies, alimentant davantage les soupçons et les accusations.
En choisissant de se rendre à Kondengui pour rencontrer ses anciens compagnons d'infortune, le professeur Aba'a Oyono pose un acte politique fort. Ce geste de solidarité est interprété comme un refus d'oublier ceux qui restent emprisonnés et comme une dénonciation implicite du caractère arbitraire et sélectif des libérations.