Actualités of Tuesday, 27 January 2026

Source: www.camerounweb.com

De ministres à prisonniers, puis opposants : les destins croisés de Kamto et Tchiroma révélés par Jeune Afrique

Les deux protagonistes Les deux protagonistes

Jeune Afrique publie le 26 janvier 2026 une enquête fascinante sur les parcours parallèles de Maurice Kamto et Issa Tchiroma Bakary, deux figures de l'opposition camerounaise qui présentent d'étonnantes similitudes. Le magazine révèle que les deux hommes ont non seulement été ministres sous Paul Biya, mais ont également connu la prison à des époques différentes, avant de rompre avec le pouvoir dans un geste politique rare au Cameroun. Ces trajectoires jumelles auraient dû les rapprocher dans leur combat contre le régime, mais elles ont finalement abouti à une rivalité qui affaiblit l'opposition.

Dans son édition du 26 janvier 2026, Jeune Afrique dresse un portrait croisé saisissant de Maurice Kamto, 71 ans, et Issa Tchiroma Bakary, 79 ans. Le magazine révèle que leurs parcours "présentent d'étonnantes similitudes" qui vont bien au-delà de leur simple appartenance à l'opposition camerounaise. Ces deux hommes incarnent en réalité un phénomène rare dans la politique camerounaise : celui de hauts responsables gouvernementaux qui ont choisi de rompre volontairement avec le pouvoir.

Jeune Afrique rappelle que Maurice Kamto "a exercé comme ministre délégué auprès du ministre de la Justice, entre 2004 et 2011", tandis qu'Issa Tchiroma Bakary "a successivement dirigé les ministères des Transports, de la Communication, puis de l'Emploi et de la Formation professionnelle." Ces responsabilités gouvernementales leur ont permis de connaître de l'intérieur les rouages du pouvoir et les limites du système Biya.

Mais le magazine souligne que "plus que leurs fonctions gouvernementales, c'est leur geste politique qui les rapproche : la démission volontaire pour rejoindre l'opposition, un acte rare sous Paul Biya, pour qui toute défection s'apparente presque à une trahison." Cette observation de Jeune Afrique est cruciale car elle met en lumière le caractère exceptionnel de leurs parcours dans un système où la loyauté au chef est une valeur cardinale.

Le magazine détaille les circonstances de ces ruptures historiques. Jeune Afrique révèle que "Maurice Kamto quitte le gouvernement le 30 novembre 2011, quelques jours avant la formation d'une nouvelle équipe ministérielle. Il prend ensuite la tête du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), fondé par son proche collaborateur Alain Fogué, aujourd'hui détenu à Kondengui, et qu'il érige progressivement en l'une des principales forces de l'opposition."
Quant à Issa Tchiroma Bakary, Jeune Afrique rapporte qu'il "démissionne pour sa part le 24 juin 2025 et annonce dès le lendemain sa candidature à l'élection présidentielle sous la bannière de son parti, le Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), actant une rupture définitive avec le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC)."

Mais c'est sur leur expérience carcérale que les révélations de Jeune Afrique sont les plus saisissantes. Le magazine dévoile que les deux hommes "ont également connu la prison sous Paul Biya, à des périodes différentes", une similitude troublante qui témoigne des méthodes répressives du régime face à ceux qui osent le contester.
Jeune Afrique révèle que "Maurice Kamto est d'abord interpellé en 1985 à Yaoundé par les services de renseignement du Centre national d'études et de recherches (Cener)." Le magazine ajoute que "trente-quatre ans plus tard, il l'est de nouveau, cette fois à Douala, le 28 janvier 2019, dans le sillage des manifestations post-électorales, puis est incarcéré à la prison centrale de Kondengui."


Concernant Tchiroma Bakary, Jeune Afrique révèle des détails encore plus dramatiques : "Issa Tchiroma Bakary est arrêté le 16 avril 1984, à la suite de la tentative de coup d'État, et passera plus de six années au sein de la prison de haute sécurité de Yoko avant sa libération en 1990." Six années d'incarcération dans une prison de haute sécurité représentent une épreuve terrible qui a forcément marqué profondément l'homme.


Ces révélations de Jeune Afrique sur leurs passages en prison sont essentielles pour comprendre la détermination de ces deux opposants et leur méfiance envers le pouvoir. Elles expliquent également pourquoi, malgré leurs différences stratégiques actuelles, ces deux hommes partagent une connaissance intime de la brutalité potentielle du régime.


Le magazine souligne qu'à l'approche de l'élection présidentielle du 12 octobre 2025, "marquée par une forte aspiration à l'alternance après l'annonce de la candidature de Paul Biya, ces trajectoires parallèles ravivent l'espoir d'une alliance entre deux figures capables d'incarner un front crédible de l'opposition." Jeune Afrique note cependant que "cette aspiration est toutefois contrariée par l'éviction de la candidature de Maurice Kamto", qui redistribue les cartes du jeu politique.

Le magazine révèle également un paradoxe cruel dans la relation actuelle entre les deux hommes. Alors que Tchiroma Bakary appelle au boycott des prochaines élections législatives et municipales prévues en mai 2026, Jeune Afrique rapporte les propos d'un proche de Maurice Kamto qui s'interroge : "Il a lui-même dénoncé le boycott par le passé. De quel droit nous demande-t-il aujourd'hui de le suivre et de boycotter ?"

Cette remarque, rapportée par le magazine, fait référence au fait que Tchiroma Bakary avait "discrédit le choix de Maurice Kamto de boycotter les législatives et municipales de 2020, en contestation de la présidentielle de 2018." Une volte-face qui mine la crédibilité de Tchiroma aux yeux des partisans de Kamto et qui illustre les incohérences tactiques qui affaiblissent l'opposition camerounaise.

Les révélations de Jeune Afrique dressent finalement le portrait de deux hommes au destin étrangement similaire - anciens ministres, ex-prisonniers, démissionnaires volontaires, leaders de l'opposition - mais que leurs ambitions personnelles et leurs calculs politiques empêchent de s'unir pour constituer une véritable alternative au régime de Paul Biya. Une tragédie politique qui condamne l'opposition camerounaise à l'impuissance malgré les talents et l'expérience de ses leaders.