Actualités of Monday, 19 October 2026
Source: www.camerounweb.com
Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait, cité comme témoin dans l’affaire de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo, a été interpellé à son domicile de Yaoundé le 17 octobre 2026, puis conduit au SED pour y être entendu avant d’être remis en liberté vers 4 heures du matin le lendemain. Cet épisode intervient quelques jours après ses alertes auprès de hautes autorités sur des menaces présumées contre sa sécurité et sa volonté de témoigner dans cette affaire.
Les réseaux-sociaux ont-ils épargné le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait Arnaud d'un assassinat sauvage presque certain?
Arrêté à son domicile, entendu pendant plusieurs heures au SED puis relâché aux premières heures du lendemain, le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait se retrouve au cœur d’un nouvel épisode de l’affaire Martinez Zogo. La mobilisation sur les réseaux sociaux a-t-elle contribué à préserver cet officier qui affirme craindre pour sa vie ? Récit d’une séquence qui soulève de nombreuses interrogations.
Une interpellation qui intervient dans un contexte explosif
L’affaire de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo vient de connaître un nouvel épisode aux circonstances particulièrement troublantes.
Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait, officier de gendarmerie cité dans cette procédure judiciaire sensible, a été interpellé à son domicile, situé au quartier Golf, à Yaoundé, le samedi 17 octobre 2026, à 16 h 47.
Selon les informations rapportées par Le TGV de l'info, l’opération aurait été menée par une escouade de gendarmes conduite par le colonel Joseph Désiré Nguele, commandant de la Légion de gendarmerie du Centre.
Après son interpellation, l’officier aurait été conduit au Secrétariat d’État à la Défense (SED), où il aurait été entendu pendant plusieurs heures par des agents de l’Inspection générale des services.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Aux premières heures du dimanche 18 octobre, aux environs de 4 heures du matin, le lieutenant-colonel a été remis en liberté et serait retourné à son domicile.
Selon cette même source, il s’y trouvait encore au moment de la publication de l’information, où il se reposait après cette nuit éprouvante.
Une audition liée à ses récentes déclarations ?
Pourquoi le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait a-t-il été interpellé ? Quel était l’objet précis de son audition au SED ?
Pour l’heure, l’intéressé n’aurait pas communiqué à la rédaction du TGV de l'info les motifs exacts de son audition. Toutefois, une source présentée comme travaillant au sein de cette institution aurait indiqué que l’interpellation serait liée à ses récentes déclarations concernant l’affaire Martinez Zogo.
Quelques jours auparavant, les 14 et 15 octobre 2026, l’officier aurait sollicité une audition urgente dans le cadre de cette affaire, tout en faisant état de menaces et de craintes pour sa sécurité. Parallèlement, il aurait refusé de déférer aux trois convocations lui enjoignant de se présenter au SED pour y être entendu. Il redoutait, semble-t-il, de tomber dans un guet-apens, à l’image de ce qu’il considère être le piège tendu à Léopold Maxime Eko Eko, l’ancien patron du contre-espionnage camerounais.
Dans des correspondances adressées à de hautes autorités de l’État, notamment au ministre d’État, secrétaire général de la présidence de la République, ainsi qu’au ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, il aurait exprimé sa volonté de témoigner dans les meilleurs délais.
Il aurait également affirmé avoir subi une tentative d’homicide à Ebolowa dans la nuit du 19 au 20 août 2026.
Ces déclarations, qui demandent à être confrontées aux documents disponibles, donnent une dimension particulière à son interpellation, survenue quelques jours seulement après ses alertes.
S’agissait-il d’une simple démarche administrative ou d’une procédure judiciaire aux contours encore flous ? Les autorités voulaient-elles réellement l’entendre sur ses récentes déclarations publiques, ou cherchaient-elles à le pousser dans ses retranchements ? Surtout, quel lien existe-t-il entre les alertes qu’il avait lancées sur les menaces pesant sur sa sécurité, son audition au SED et cette libération aussi soudaine que troublante, qui donne presque l’impression d’avoir été concédée à contrecœur ? Autant de questions qui, à ce stade, demeurent sans réponse et alimentent les interrogations sur les véritables dessous de cette affaire.
En l’absence d’une communication officielle, ces questions demeurent ouvertes.
« La pression était forte » : le message de remerciement de l’officier.
L’un des éléments les plus marquants de cette séquence réside dans le message que le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait aurait adressé à la rédaction du TGV de l'info après sa libération.
Selon le média, l’officier a tenu à remercier personnellement son responsable éditorial pour avoir relayé son affaire et contribué à attirer l’attention de l’opinion publique.
Son message est rapporté en ces termes :
« La pression était forte. Merci beaucoup Paul. Tu as alerté les réseaux sociaux. »
Cette déclaration mérite attention. Elle laisse entendre que l’officier a perçu la mobilisation numérique comme un élément important de la séquence qu’il venait de traverser.
Il faudrait, pour l’établir, connaître les raisons exactes de son interpellation, les conditions de son audition et les motifs de sa remise en liberté. Le message rapporté constitue un témoignage intéressant sur la perception de l’intéressé, mais il ne suffit pas à démontrer un lien de causalité.
Une interrogation reste néanmoins légitime : la mobilisation sur les réseaux sociaux a-t-elle contribué à renforcer la protection de cet officier en rendant sa situation plus visible ?
Les réseaux sociaux ont-ils contribué à lui sauver la vie ?
La question peut sembler audacieuse, mais elle mérite d’être posée avec prudence.
Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait avait précédemment déclaré craindre pour sa sécurité. Il avait fait état de menaces, de pressions et d’une tentative d’homicide présumée. Son interpellation, intervenue après ces alertes, a suscité des inquiétudes et une mobilisation sur les réseaux sociaux.
Quelques heures plus tard, sa libération était annoncée.
Cette succession d’événements a naturellement alimenté les interrogations. La publicité donnée à son affaire a-t-elle incité les différents acteurs à davantage de prudence ? A-t-elle contribué à rendre plus difficile une éventuelle atteinte à son intégrité physique ? Ou sa libération s’explique-t-elle par des considérations judiciaires ou administratives indépendantes de cette mobilisation ?
En l’état des informations disponibles, aucune de ces hypothèses ne peut être considérée comme démontrée.
Il serait notamment hasardeux d’affirmer qu’un assassinat était programmé ou que les réseaux sociaux l’ont empêché. En revanche, cette affaire rappelle combien la visibilité publique peut devenir un enjeu majeur lorsqu’une personne affirme être menacée et détient potentiellement des informations sensibles.
La question de la protection effective des témoins et des personnes susceptibles d’éclairer la justice demeure donc entière.
Un officier au cœur de l’affaire Martinez Zogo
Pour mesurer la portée de cet épisode, il faut revenir aux origines du dossier.
Le 17 janvier 2023, Martinez Zogo, animateur de l’émission « Embouteillages » sur Amplitude FM, est enlevé à Yaoundé. Son corps sans vie, portant des traces de torture, est découvert quelques jours plus tard à Soa, dans la périphérie de la capitale.
Ce meurtre provoque une onde de choc au Cameroun et donne lieu à une enquête judiciaire mettant en cause plusieurs personnes, dont des responsables des services de renseignement et des personnalités du monde des affaires.
Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait figure parmi les membres de la commission mixte d’enquête et les témoins du ministère public recensés dans cette procédure, selon les informations communiquées.
Sa position dans le dossier rend particulièrement importantes les conditions dans lesquelles il peut être entendu et les garanties dont il bénéficie pour contribuer à la manifestation de la vérité.
Il convient toutefois de distinguer son statut procédural, les informations qu’il pourrait détenir et les responsabilités éventuelles des personnes citées dans l’affaire. Seules les pièces judiciaires et les témoignages établis permettent de tirer des conclusions sur ces différents points.
Les questions auxquelles il faudra répondre
La libération annoncée du lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait ne clôt pas le débat. Elle ouvre au contraire une nouvelle série de questions.
Sur quel fondement juridique l’interpellation du 17 octobre a-t-elle été effectuée ?
Quel était l’objet précis de son audition au SED ?
Pourquoi a-t-il été relâché aux environs de 4 heures du matin ?
Les autorités ont-elles pris des mesures pour répondre aux menaces qu’il affirme avoir reçues ?
Quel rôle la mobilisation des réseaux sociaux a-t-elle réellement joué dans cette séquence ?
Enfin, l’officier pourra-t-il être entendu dans des conditions garantissant sa sécurité et sa liberté de parole ?
Autant d’interrogations qui appellent des réponses officielles, précises et documentées.
Une libération, mais encore beaucoup de zones d’ombre
L’interpellation suivie de la libération annoncée du lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait constitue un épisode important dans le contexte déjà sensible de l’affaire Martinez Zogo.
Son message de remerciement à la rédaction de Le TGV de l'info, dans lequel il évoque la pression et le rôle des réseaux sociaux, apporte un élément supplémentaire au récit. Il suggère que la visibilité publique a compté à ses yeux, sans pour autant établir qu’elle a déterminé l’issue de son audition.
Reste désormais à comprendre les motifs de cette interpellation, les conditions de la remise en liberté et les suites réservées aux alertes de l’officier concernant sa sécurité.
Dans une affaire où la manifestation de la vérité est attendue depuis janvier 2023, la transparence des procédures et la protection des personnes susceptibles d’éclairer la justice sont des exigences essentielles.
Ayissi Nanga Parfait est annoncé libre. Mais les questions soulevées par cette nuit au SED, elles, restent entières.
JPD