Il y a dans l'enquête exclusive de Jeune Afrique du 28 mai 2026 sur la guerre autour de la DGRE une révélation qui dépasse de loin la querelle entre Franck Biya et Jean-Pierre Robins Ghoumo — et qui dit quelque chose d'essentiel sur l'état réel du pouvoir camerounais en ce moment : Paul Biya, pour combler certaines lacunes de son propre service de renseignement, sollicite de plus en plus l'aide des services de renseignement américains. Le Président d'un État souverain qui compense les défaillances de sa propre DGRE par des informations étrangères — voilà l'image que Jeune Afrique livre avec une discrétion qui n'enlève rien à son impact.
La réponse de Paul Biya à la note de Franck Biya réclamant la tête de Ghoumo est révélée par Jeune Afrique avec nuance : «Paul Biya a choisi, pour l'heure, de ne pas céder aux demandes de ses détracteurs et de son fils.» Le chef d'État temporise — refusant de limoger Ghoumo, mais ne signifiant pas non plus sa confiance à cet officier fragilisé. Un entre-deux qui dit les équilibres impossibles que Paul Biya doit préserver : démettre Ghoumo serait donner raison à Franck Biya contre Ngoh Ngoh et Chantal Biya — ce qu'il ne veut pas faire. Le maintenir, c'est laisser un service de renseignement dont les rapports passent par Ngoh Ngoh continuer à filtrer l'information présidentielle.
Sa solution ? Jeune Afrique la révèle avec une franchise qui sidère : «Pour combler certaines lacunes, le Chef de l'État sollicite de plus en plus l'aide des services de renseignement américains.» Cette phrase dit plusieurs choses simultanément. D'abord, que Paul Biya lui-même reconnaît implicitement que sa DGRE ne lui fournit pas les informations dont il a besoin — ou ne les lui fournit pas de manière fiable. Ensuite, que la dépendance du Cameroun vis-à-vis de Washington en matière de renseignement est désormais suffisamment structurelle pour être mentionnée comme une réalité documentée par Jeune Afrique. On se souvient que c'est précisément une «note confidentielle des services de renseignement américains» qui avait conduit Paul Biya à annuler son voyage médical en Suisse avant le 20 mai.
La révélation la plus concrète et la plus inquiétante de l'enquête de Jeune Afrique concerne une décision opérationnelle de Paul Biya lui-même. «Le Chef de l'État a ordonné le renforcement du dispositif de protection autour de la résidence de Franck Biya, selon une note de renseignement consultée par Jeune Afrique.» Une note de renseignement — un document officiel de l'appareil sécuritaire camerounais — que le journal a pu consulter et qui confirme que la sécurité physique du fils du président a été renforcée sur ordre présidentiel.
Pourquoi renforcer la sécurité de Franck Biya ? Jeune Afrique ne le dit pas explicitement — mais le contexte qu'il a lui-même construit répond à cette question. Les fuites d'informations sur sa vie privée qu'il dénonce. L'alerte sécuritaire américaine reçue par Paul Biya avant le 20 mai et «le renforcement du dispositif sécuritaire entourant sa personne et celle de son fils» déjà révélé par le journal. La guerre de clans qui l'oppose à Ngoh Ngoh et Chantal Biya. Et un service de renseignement dont il soupçonne les loyautés. Renforcer la sécurité physique de Franck Biya, c'est reconnaître que le fils pressenti pour la Vice-Présidence est exposé à des menaces réelles — dont la nature exacte n'est pas précisée mais dont l'existence est suffisamment sérieuse pour mobiliser l'appareil sécuritaire présidentiel.
Face à l'hostilité de Ngoh Ngoh et aux risques que génère sa montée en puissance, Franck Biya ne reste pas passif. Jeune Afrique révèle qu'il «s'emploie à consolider son réseau» — en s'appuyant sur trois types de soutiens. Institutionnellement, Robert Nkili, vice-président du Sénat, et Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de Paul Biya — deux personnalités proches du palais dont l'appui lui donne une assise dans les structures formelles de l'État. Et diplomatiquement, «des relais au sein des diplomaties occidentales» — dont la nature exacte n'est pas précisée, mais dont la mention dit que Franck Biya prépare son avenir en cultivant des soutiens au-delà des frontières camerounaises.
Un fils qui réclame par note écrite la tête du patron des renseignements. Un père qui temporise mais renforce sa garde. Un service de renseignement dont les rapports sont filtrés par le Secrétaire Général avant d'arriver au Chef de l'État. Et des services américains sollicités pour combler les lacunes d'une DGRE minée par les guerres de clans. Telle est la réalité du pouvoir camerounais en ce mois de mai 2026 — que Jeune Afrique documente avec une précision qui ne laisse plus guère de place au doute.









