Le président du Parti du Triangle National bénéficie d'un non-lieu pour insuffisance de preuves. Une décision qui clôt un feuilleton judiciaire douloureux, sans pour autant dissiper toutes les zones d'ombre.
Yaoundé — C'est un homme libre, mais un homme brisé, qui a retrouvé sa liberté après deux années passées derrière les barreaux. Christian Fouelefack, président du Parti du Triangle National (PTN), a été remis en liberté par décision de justice, le tribunal ayant estimé que les éléments versés au dossier ne permettaient pas d'établir sa culpabilité dans la mort de son épouse, le Dr Blanche Dontsa.
Arrêté et placé en détention provisoire il y a deux ans, Christian Fouelefack était accusé d'avoir assassiné celle qu'il avait épousée et avec qui il avait fondé une famille. Dès le premier jour, il n'a cessé de proclamer son innocence, maintenant sa version des faits tout au long d'une instruction marquée par de multiples renvois. Le dernier en date remontait au 7 juillet 2025, la juridiction ayant été contrainte de reporter l'audience au 4 août faute de disponibilité de son président. Une lenteur procédurale qui avait suscité l'indignation des proches des deux familles.
Au terme de la procédure, le juge a conclu que les preuves réunies par l'accusation ne suffisaient pas à fonder une condamnation. Christian Fouelefack bénéficie ainsi du principe fondamental du droit pénal : le doute profite à l'accusé.
Au-delà du débat juridique, c'est d'abord une tragédie humaine. Deux ans de détention signifient deux ans d'absence pour ses enfants, contraints de grandir sans leur père et sans leur mère — le Dr Blanche Dontsa ayant été assassinée dans des circonstances que l'enquête n'a pas pleinement élucidées. Des proches avaient d'ailleurs lancé un SOS public il y a plusieurs mois, alertant l'opinion sur la souffrance des enfants Fouelefack et sur ce qu'ils décrivaient comme une justice qui « piétinait ».
La libération de Christian Fouelefack ne signifie pas que l'affaire est classée dans les esprits. La famille du Dr Blanche Dontsa — connue également sous le nom de Blanche Fouelefack — réclame toujours que la lumière soit faite sur les circonstances exactes de sa mort. Pour eux, la relaxe de l'époux n'équivaut pas à une réponse. Le meurtrier de leur fille, s'il ne s'agit pas de Christian Fouelefack, demeure à ce jour non identifié et libre.
« Justice doit être rendue à toutes les parties », plaidaient les proches dans une déclaration relayée par plusieurs médias camerounais. Ce vœu reste, à ce stade, en partie inachevé.
Figure connue du paysage politique camerounais en tant que président du PTN, Christian Fouelefack aura traversé cette épreuve sous le regard de l'opinion publique. Sa libération relance inévitablement les débats sur le fonctionnement de la justice camerounaise : trop lente pour certains, trop indulgente pour d'autres. Elle pose aussi la question des conditions de la détention provisoire au Cameroun, souvent prolongée bien au-delà de ce que les textes autorisent.
Pour les observateurs, cette affaire illustre les failles d'un système judiciaire qui peine encore à conjuguer efficacité, rapidité et transparence. L'enquête sur la mort du Dr Blanche Dontsa devra se poursuivre si l'on veut que justice soit véritablement rendue — non seulement pour les familles endeuillées, mais pour l'ensemble des citoyens camerounais qui attendent de leur justice qu'elle soit à la hauteur.









