La Direction Générale de la Recherche Extérieure (DGRE) fait face à un nouveau recours financier de taille. Djeukam Tchameni Dominique, président du Mouvement pour la Démocratie et l'Indépendance (MDI), actuellement détenu à la prison centrale de Kondengui, a déposé une demande de réparation évaluée à 5 milliards de francs CFA contre la DGRE, pour son implication dans son kidnapping et sa détention illégale de 43 jours au Secrétariat d'État à la Défense (SED). L'information a été confirmée par Boris Bertolt.
Djeukam Tchameni emboîte ainsi le pas au Professeur Jean Calvin Aba'a Oyono de l'Université de Yaoundé II, qui avait vécu une situation quasi identique — arrêté dans des conditions similaires par des agents de la DGRE, détenu 42 jours au SED — et qui a récemment été libéré. Le Professeur Aba'a Oyono avait lui-même adressé au Directeur Général de la Recherche Extérieure un recours gracieux chiffré à 3 milliards de FCFA, menaçant de saisir le Tribunal Administratif et le Tribunal Militaire de Yaoundé faute de réponse favorable.
La similitude des deux affaires est frappante : même service impliqué, même lieu de détention, même mode opératoire — arrestation nocturne à domicile, sans mandat, par des agents cagoulés et lourdement armés — et désormais même démarche de riposte judiciaire et financière. Deux recours, deux opposants, une même institution en ligne de mire.
Arrêté dans la nuit du 24 octobre 2025 à son domicile de Douala-Bonabéri, Djeukam Tchameni avait été transféré de force à Yaoundé et remis au SED. Son épouse, interrogée par Jeune Afrique, avait décrit des conditions de détention « atroces » : 25 minutes de soleil quotidiennes, visites limitées à 45 minutes, règles changeantes, et ce qu'elle qualifiait de torture psychologique subtile mais bien réelle. Ces 43 jours de privation de liberté, couplés à l'arrêt forcé de ses activités, à l'atteinte à son honneur et aux traumatismes subis par sa famille, constituent le socle de la demande en réparation.
5 milliards de FCFA : le montant, supérieur à celui réclamé par le Pr Aba'a Oyono, reflète l'ampleur du préjudice allégué — et peut-être aussi la volonté d'envoyer un signal encore plus fort à une institution dont les méthodes sont de plus en plus ouvertement contestées par voie judiciaire.
Ce qui se dessine progressivement, c'est une stratégie judiciaire concertée de la part d'opposants politiques victimes présumées d'arrestations extrajudiciaires. Là où d'autres se seraient tus par crainte ou résignation, le Pr Aba'a Oyono et Djeukam Tchameni choisissent le terrain du droit — celui-là même que l'État est censé garantir — pour retourner contre l'institution les armes de la légalité.
La DGRE, service de renseignement discret par définition, se retrouve ainsi exposée sur la place publique, contrainte de répondre de ses actes devant des juges. Une situation inédite, dans un pays où ces pratiques ont longtemps prospéré dans l'impunité la plus totale.









