Actualités of Monday, 5 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Déconfiture du Cameroun : Ce que Steve Fah découvre, Alain Fogué l'avait écrit

Certains Camerounais mettent en parallèle la polémique visant le communicant Steve Fah et les analyses d’Alain Fogué sur les tensions identitaires au Cameroun. Ils reviennent sur les années de soutien public de Fah au régime, avant une controverse liée à une tournée touristique avec l’Ivoirien Makosso, au cours de laquelle des messages et propos à caractère tribal auraient visé son origine bamiléké.

- Ce que Steve Fah découvre, Alain Fogué l'avait écrit -
« CE SOIR, J'AI VRAIMENT MAL. » Le message est signé Steve Fah. Le communicant le plus fidèle du régime y découvre qu'on lui rappelle publiquement son origine bamiléké. Pour mesurer la violence du choc, il faut savoir d'où il vient.

SEPT ANS DE LOYAUTÉ FILMÉE

Le 21 juin 2019, le Cameroun observe une journée de deuil national. Dix-sept soldats sont morts à Darak, sur le lac Tchad, face à Boko Haram. Ce jour-là, Steve Fah publie sur sa chaîne une vidéo intitulée « Je suis l'armée camerounaise ». Il ne dit pas qu'il soutient l'armée. Il dit qu'il est l'armée.

Le 8 octobre 2020, il est à Kumbo, dans le Nord-Ouest. Escorté par le BIR, il filme des élèves en classe pour montrer que les écoles ont rouvert. Seize jours plus tard, une école de Kumba, dans le Sud-Ouest, est attaquée. Sept enfants meurent. Le 28 octobre, Steve Fah publie « J'étais à Kumba ». Son reportage ne concernait pas Kumba. Mais il racontait une région pacifiée, et ce récit n'a pas tenu trois semaines.

Le 23 mars 2022 à Bruxelles, des militants de la Brigade anti-sardinards l'agressent en public pour son soutien au régime.
Cet homme a payé de sa personne pour le pouvoir.

UNE VIDÉO, UN PROCÈS EN LOYAUTÉ

Steve Fah lance avec l'Ivoirien Makosso le Challenge Découverte, une tournée de valorisation touristique des régions. Le financement repose sur les contributions des élites locales. Comme dans l'Adamaoua, où l'étape a été annulée, les élites du Sud ne se manifestent pas. Makosso publie une vidéo pour interpeller les cadres de la région.

Cette vidéo ne nomme aucune ethnie. Elle parle de « la région du président de la République » et affirme qu'« il y a des gens qui disent aimer le président de la République du Cameroun que dans la bouche, mais dans les actes, on ne les voit pas ». Ce n'est pas une insulte à un peuple. C'est un procès en loyauté, adressé à des élites en fin de règne.
L'honnêteté oblige à relever un point. La vidéo compare le Sud aux Bamoun, et à ce qu'ils « sont en train de préparer ». Elle installe elle-même une rivalité entre régions. D'autres en ont fait un conflit ethnique.

« J'AI DIT LES MOTS »

La riposte ne parle ni de tourisme ni d'argent. Elle parle d'origine.
Un message circule dans les forums des élites du Sud. Son auteur, non identifié, se fait fort de faire « interpeller » Makosso s'il revient sans vidéo d'excuses. Il demande pourquoi l'Ivoirien n'a pas visé « les gars de l'Ouest », ceux qui « ont tout l'argent ». Le stéréotype ethnique ne vient pas de la vidéo. Il vient de ceux qui s'en disent victimes.

Raoul Christophe Mbia, ami déclaré de Makosso, transmet ce message à l'Ivoirien et y ajoute ses propres mots : « Steve Fah est Bamiléké. Il ne faut pas que je te mente. Il est Bamiléké et tu n'ignores rien de la guerre qu'il y a entre les Bulu et les Bamiléké. » Dans une vidéo publique, il l'assume : « J'ai dit les mots. » Puis il énonce sa doctrine : « Je peux faire le tribalisme au Cameroun, je suis camerounais, c'est entre nous. »

Le même audio ajoute : « Les plus hauts gradés de l'armée viennent de cette partie du pays. » Et sur la protection que Steve Fah aurait promise à Makosso : « La première dame peut donner un ordre, personne l'exécute. »

Peu importe le nombre de reportages tournés pour le régime. Au premier différend, Steve Fah redevient un Bamiléké. Et sa protection relevait d'un clan, pas de l'État. En fin de règne, les clans ne se couvrent plus.

CE QUE FOGUÉ AVAIT ÉCRIT

Le 2 septembre 2026, depuis la prison de Kondengui où il est détenu depuis six ans, le professeur Alain Fogué Tedom, membre fondateur du MRC, adresse une lettre ouverte à onze destinataires, dont Paul Biya et António Guterres. Il y dénonce la « bamiphobie ». Selon lui, les Bamiléké resteraient absents des postes stratégiques de défense et de sécurité depuis l'indépendance.

Un mois plus tard, l'audio sur Steve Fah lui répond sans le vouloir. Ce que Fogué dénonce, d'autres le revendiquent.

Les deux situations ne se comparent pas. Fogué parle d'un risque de génocide. Steve Fah a reçu un recadrage et des menaces. Mais la logique est la même.

Fogué a combattu le système. Il est en prison. Steve Fah l'a servi. Il est recadré. Le système les renvoie tous deux à la même origine. Si seul l'opposant était visé, on parlerait de répression politique. Quand le loyaliste l'est aussi, la politique n'explique plus tout.

« MON ETHNIE, C'EST LE CAMEROUN »

Steve Fah répond par une formule : « Mon ethnie, c'est le Cameroun. » C'est le discours d'unité nationale qu'il a relayé pendant des années. Il l'invoque aujourd'hui comme un bouclier. Le bouclier ne protège pas.

Il s'en prend à Raoul Christophe Mbia, qu'il désigne comme l'origine des polémiques, et aux « jeunes Camerounais » qui tribalisent son projet. Il vise le messager, jamais ceux au nom desquels le messager prétend parler. Il suspend le retour de Makosso et demande que « les gens qui ont le pouvoir » lui disent avec qui terminer l'aventure. Il plie, avec une pointe d'ironie.

Notre hypothèse : Steve Fah n'a pas rompu avec le système. Il a appris où se trouvait sa place dans ce système. Le serviteur se croyait partenaire. On lui a rappelé qu'il n'était qu'un exécutant.

Alain Fogué l'écrivait depuis sa cellule. Steve Fah l'a appris devant son téléphone.

John Lawson