Beaucoup de Camerounais s'interrogent sur la gouvernance du Cameroun après la mise à la retraite du général Hector Marie Tchemo, ancien numéro deux de l'armée, alors que le chef d'état-major René Claude Meka est absent depuis plusieurs mois pour raisons de santé et que le président Paul Biya se trouve hors du pays depuis plusieurs semaines. Ils estiment que cette situation soulève des interrogations sur la chaîne de commandement des forces armées et sur le fonctionnement des institutions.
Le 28 juillet, la CRTV a lu un décret présidentiel admettant le général de division Hector Marie Tchemo en deuxième section, le statut qui, dans notre armée, correspond à la mise à la retraite des officiers généraux. Rien d'illégal ni même d'inhabituel en soi. L'homme a 84 ans, et il a servi son pays plus de six décennies, depuis Saint-Cyr en 1964 jusqu'aux plus hauts postes de l'état-major, en passant par la tête de la FOMAC. Je salue ce parcours, comme je salue celui de tous les officiers qui ont formé des générations de soldats camerounais dans l'ombre, sans jamais chercher les projecteurs. Mais je m'interroge, comme beaucoup de Camerounais ces derniers jours, sur le moment choisi. Le général Tchemo n'était pas un simple général parmi d'autres. Comme Major général, il représentait le chef d'état-major des armées en son absence. Or le chef d'état-major, le général René Claude Meka, 87 ans, est lui-même absent de la scène publique depuis plusieurs mois pour raison de santé. Ce qui signifie, concrètement, que l'institution qui commande nos forces armées se retrouve, au même moment, sans son numéro un ni son numéro deux en pleine capacité d'exercice.
Je le dis sans détour, parce que c'est mon rôle de directeur de publication d'un journal qui s'adresse à la jeunesse de ce pays, celle qui portera un jour la responsabilité de nos institutions. Cette situation n'est pas anodine. Elle survient alors que le chef de l'État lui-même cumule cinquante-trois jours d'absence du territoire national, dans un silence institutionnel qui nourrit toutes les spéculations. Certaines informations, encore à confirmer et rapportées pour l'instant par une seule source, évoquent même des réserves exprimées par le général Tchemo sur l'authenticité du décret le concernant. Je n'en tire aucune conclusion hâtive, mais j'appelle nos autorités à la transparence sur ce point comme sur les autres. Un pays ne se dirige pas dans le non-dit. La jeunesse camerounaise, qui devra un jour reprendre le flambeau, mérite de savoir qui décide, qui commande, et sur quelle base. Ce n'est pas de la défiance que j'exprime ici, c'est une exigence légitime de clarté. Nos institutions ne peuvent pas fonctionner durablement sur des décrets lus à la radio et des silences qui s'accumulent.
Un décret lu en trente secondes au journal de 20 heures, et voilà le numéro deux de notre armée envoyé à la retraite. J'appelle à regarder cette affaire en face, parce qu'elle en dit long sur l'état de nos institutions.
J'appelle le gouvernement à nommer rapidement un successeur crédible à la tête de l'état-major, et à rassurer les Camerounais sur la chaîne de commandement de leur armée. C'est une question de sécurité nationale, pas seulement de protocole. Je pense aussi à ce que représente le général Tchemo pour l'histoire militaire de ce pays.
Né à Baham en 1942, passé par Saint-Cyr puis par l'École de guerre de Paris, il a traversé les grandes étapes de notre armée depuis l'indépendance, le différend de Bakassi, la montée des menaces sécuritaires dans nos régions frontalières. Des hommes comme lui incarnent une continuité que l'on remplace difficilement du jour au lendemain, et c'est bien pour cela que la méthode choisie pour son départ interroge autant que le fond. Une transition de cette ampleur mérite mieux qu'un communiqué laconique un mardi soir. Elle mérite des explications, une feuille de route, et surtout la certitude que la chaîne de commandement de notre armée reste, à tout moment, pleinement opérationnelle.
Ibrahim Yiché









