Les 40 jours passés par le président Paul Biya à Genève poussent à s'interroger sur les implications institutionnelles et politiques de cette absence. Ce type de séjour s'inscrit dans une pratique ancienne, tout en soulignant les interrogations liées à son coût, à la communication autour de la présidence et au fonctionnement des institutions. L'absence de limite constitutionnelle à la durée des déplacements du chef de l'État, ainsi que plusieurs événements récents, notamment un faux décret diffusé à la CRTV et une réunion du RDPC, alimentent les spéculations sur la gouvernance et la préparation de l'avenir politique du Cameroun.
Le 2 juin 2026, le président Paul Biya quittait Yaoundé pour Genève. Nous sommes le 17 juillet. 40 jours se sont écoulés.
Dans la tradition républicaine, l’absence du chef de l’État, même temporaire, soulève toujours une double question : celle de la continuité institutionnelle et celle de la perception publique. Au Cameroun, cette équation prend une résonance particulière.
Un séjour qui s’inscrit dans une habitude
Genève n’est pas une destination nouvelle pour le chef de l’État. Depuis plus d’une décennie, la ville helvétique accueille régulièrement le président pour des séjours dits "privés". Séjours de repos, de travail, parfois de suivi médical. À 93 ans, l’âge impose ses rythmes.
Si certaines indiscrétions évoquent l’hôtel Intercontinental, d’autres sources parlent d’un cadre plus discret, voire clinique. Dans tous les cas, des documents officiels continuent d’être signés et portent la mention "Fait à Yaoundé". Preuve que l’appareil d’État fonctionne, à distance.
Quel en est le coût ? Une nuitée dans un palace genevois peut osciller entre 4 500 et 12 000 CHF, soit 2,9 à 7,8 millions FCFA. À cela s’ajoutent les frais inhérents à toute mission présidentielle. Le débat sur l’optimisation de la dépense publique revient alors, inévitablement, sur la table. D’autant que la Chambre des Comptes de la Cour Suprême, présidée par Yap Abdou, vient de rappeler dans un rapport récent les enjeux de bonne gouvernance des entreprises publiques.
Le cadre juridique : entre silence et coutume
Que dit la Constitution ? Rien sur la durée maximale d’absence du président du territoire national. Aucune disposition ne fixe le seuil de vacance du pouvoir en jours.
D’où vient alors ce chiffre de 45 jours qu’on entend depuis 2025 ? D’une interprétation doctrinale, d’un souhait. Et le président a pris l’habitude de rentrer à Nsimalen avant cette échéance symbolique. Est-ce de la stratégie politique ? De la prudence institutionnelle ? L’effet est en tout cas de préserver la stabilité des institutions.
L’actualité parallèle : CRTV et RDPC
Ce séjour coïncide avec deux faits notables.
D’abord, la diffusion avortée d’un faux décret à la CRTV, annonçant un Vice-président et un nouveau gouvernement. Une manipulation qui interroge sur la sécurité de l’information d’État. L’enquête suit son cours.
Ensuite, la convocation le 22 juillet par Jean Kuete, SG du RDPC, de l’élite du parti. L’ordre du jour n’est pas public. Mais dans un contexte de réflexion sur la gouvernance, beaucoup y voient le signe d’une préparation de l’avenir institutionnel, notamment sur la question, longtemps restée en suspens, du Vice-président de la République.
En définitive
Quarante jours hors du pays ne vident pas l’État de sa substance. Les administrations tournent, les dossiers avancent, le président arbitre.
Reste la question de fond : comment concilier, à l’ère de la communication instantanée, l’exigence de présence symbolique avec les contraintes d’âge et de santé ? Comment rassurer sans fragiliser ?
Le président reviendra. Il l’a toujours fait. Et le Cameroun poursuivra son chemin.
Qui vivra verra.
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