La gouvernance de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) sous la direction d'Adolphe Moudiki devient critique. Les critiques récurrentes portent sur le manque de transparence dans la gestion des revenus pétroliers, l'utilisation de mécanismes financiers hors budget et le faible impact de la rente pétrolière sur le développement du Cameroun. La persistance de circuits financiers parallèles traduit une volonté de préserver un système opaque, malgré les exigences croissantes de transparence des partenaires internationaux.
ADOLPHE MOUDIKI : IL EST LE CHOIX INTIME DE PAUL BIYA QUI A PRÉVALU SUR LE CHOIX ULTIME POUR LE BIEN DU CAMEROUN
Le débat autour de la gestion des revenus pétroliers et de la gouvernance de la SNH soulève des questions complexes et suscite de vives critiques au Cameroun ainsi qu'auprès des organisations internationales de surveillance économique.
MAL GOUVERNANCE ET ABSENCE DE TRANSPARENCE
De nombreux observateurs, analystes économiques et organisations de la société civile partagent le constat d'un décalage entre les ressources générées par l'exploitation des hydrocarbures et le niveau de développement des infrastructures du pays. Les arguments avancés par les critiques mettent souvent en avant :
L'utilisation des « lignes directes » : Historiquement, les mécanismes financiers de la SNH ont permis d'effectuer des dépenses pour le compte de l'État en dehors des procédures budgétaires institutionnelles et classiques (souvent qualifiées de dépenses souveraines ou de sécurité). Ces pratiques sont régulièrement pointées du doigt pour leur manque de transparence et les risques de déviation des fonds publics vers des intérêts non prioritaires, ou simplement vers des individus.
Le niveau de développement économique médiocre : Malgré des décennies de production pétrolière et gazière, le Cameroun fait face à des défis structurels majeurs : état du réseau routier, accès limité à l'électricité et à l'eau potable, et pauvreté persistante.
Pour les critiques, cette situation illustre une faillite dans la redistribution de la richesse nationale et une captation de la rente par les membres de la nomenclature régnante.
Les remarques et les rapports internationaux : Des organismes comme le Fonds Monétaire International (FMI) ou l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) ont à plusieurs reprises formulé des recommandations pour améliorer la traçabilité des flux financiers entre la SNH et le Trésor public, soulignant des écarts ou des zones d'ombre dans la comptabilisation des revenus du brut. Ce qui est littéralement considéré comme des mécanismes de distraction des revenus!
LA PERSPECTIVE OFFICIELLE ET LES ARGUMENTS DE GESTION
Face aux accusations de mauvaise gestion ou de détournement au profit du cercle du pouvoir, les autorités camerounaises et la direction de la SNH soutiennent une position différente :
Contribution majeure au budget de l'État : La SNH rappelle régulièrement qu'elle demeure le principal contributeur aux caisses de l'État à travers le versement des dividendes, des impôts et de la quote-part de l'État sur la vente du pétrole brut. Selon les rapports officiels, ces fonds financent le fonctionnement des institutions et les investissements publics inscrits au budget. Il se pose néanmoins des problèmes de traçabilité dans la comptabilité.
Financement de la sécurité nationale : Les défenseurs du système expliquent que certaines dépenses hors-budget via la SNH ont été indispensables pour garantir la stabilité du pays, notamment pour financer les efforts de guerre contre la nébuleuse Boko Haram dans le Grand Nord ou pour gérer la crise socio-politique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Souveraineté et stabilité politique : Du point de vue de la présidence, la nomination de figures de confiance et la centralisation des décisions financières autour de la SNH sont présentées comme une stratégie visant à préserver la souveraineté économique du pays face aux pressions des multinationales et à assurer la stabilité politique du régime.
La gestion de la SNH et de la rente pétrolière reste ainsi l'un des sujets les plus polarisants de la vie politique camerounaise, illustrant le conflit permanent entre les impératifs de transparence démocratique d'une part, et les logiques de conservation du pouvoir et de gestion centralisée de l'autre.
ÉTAT DES LIEUX…
Les données des derniers rapports de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) pour le Cameroun — notamment le rapport 2022 présenté en mars 2025 et le rapport 2023 publié en décembre 2025 — mettent en lumière la structure des revenus des hydrocarbures ainsi que les vives tensions politiques entourant le statut de membre du pays.
Malgré des efforts sur la publication des chiffres, le Cameroun subit une suspension officielle de l’ITIE en raison de manquements structurels majeurs, et les autorités mènent d'intenses négociations pour tenter de réintégrer l'initiative.
Le Cameroun a subi sa dernière suspension officielle de l’ITIE le 1er mars 2024.
Le Conseil d'administration de l'organisation internationale a pris cette décision lors d'une réunion à Oslo, justifiant la sanction par des progrès insuffisants concernant l'engagement de la société civile, ainsi que par des contraintes étatiques pesant sur la liberté d'expression et d'association au Cameroun.
Des affaires de corruption majeures, comme le scandale des pots-de-vin de Glencore impliquant des cadres de la SNH, ont également pesé négativement sur la crédibilité du pays.
Le Cameroun fait actuellement l'objet d'une feuille de route de mesures correctives et tente d'intensifier ses réformes pour espérer réintégrer pleinement l'initiative lors de sa prochaine évaluation majeure prévue en avril 2027 (ce qui semble peut probable, en vertu de la gouvernance népotiste de Moudiki et des élans tyranniques de son épouse dans la gestion de l’entité publique qu’est la SNH).
Il est à noter qu'il s'agissait de la deuxième sanction en quelques années, car le pays avait déjà été temporairement suspendu une première fois le 1er avril 2021 en raison d'un retard de publication de son rapport financier de 2018. Cette première suspension avait été levée quelques mois plus tard, en juillet 2021, après la régularisation de la situation administrative.
Voici ce qu’on doit retenir des derniers rapports et de l'actualité de l'organisation :
1. Les chiffres du pétrole et du gaz (Rapports 2022 et 2023)
Le secteur des hydrocarbures demeure le poumon financier de l'État extractif camerounais, représentant la quasi-totalité des recettes issues du sous-sol.
- Revenus budgétaires globaux : Les revenus extractifs ont atteint 1 035,85 milliards de FCFA dans le rapport 2023, marquant une légère baisse par rapport aux sommets de l'exercice 2022 (où la composante hydrocarbures pesait à elle seule plus de 1 034 milliards de FCFA).
- Paiements en nature et SNH : Les rapports confirment le rôle pivot de la SNH, qui perçoit les parts de production pétrolière de l'État sous forme de barils de brut (environ 14,6 millions de barils pour l'année 2022) avant de reverser les dividendes et impôts au Trésor Public, déduction faite de son propre budget de fonctionnement.
2. Le statut du Cameroun : Une suspension persistante
Sur le plan de la gouvernance, le bilan dressé par l'ITIE internationale reste sévère.
- La suspension : Le Cameroun a écopé d'une sanction internationale avec un score global faible de 53 points sur 100. L'ITIE reproche principalement au pays le non-respect de l'exigence relative à l'engagement libre de la société civile ainsi que le manque de transparence de certains contrats.
- L'objectif de réintégration : Face aux pressions des bailleurs de fonds (comme le FMI qui lie ses programmes d'aide à l'amélioration de la transparence budgétaire), le gouvernement camerounais a multiplié les sessions ministérielles en vue de mettre en œuvre des correctifs pour espérer lever cette suspension d'ici 2027.
3. Les avancées et les nouveaux scandales
Les rapports récents de l'ITIE mettent en évidence un contraste flagrant entre des réformes administratives et des failles opérationnelles massives.
- Divulgation des propriétaires effectifs (Beneficial Ownership) : Pour la première fois, le Cameroun a commencé à divulguer l'identité des véritables propriétaires (bénéficiaires effectifs) des entreprises minières et pétrolières, suite aux directives strictes du ministère des Finances.
- Le choc des "flux illégaux" : Si le pétrole est très encadré, les mécanismes de rapprochement de l'ITIE ont provoqué un séisme national en révélant un écart de gouvernance ahurissant dans le secteur minier : en 2023, le Cameroun n'a officiellement enregistré que 22,3 kg d'or exportés, alors que les douanes des pays acheteurs (notamment les Émirats arabes unis) ont déclaré avoir reçu plus de 15 tonnes d'oren provenance du Cameroun. Ce trafic illégal massif a poussé la présidence de la République à ouvrir une commission d'enquête mixte
L’ESPRIT DE DISSIMULATION EST LA SOLUTION D’UN RÉGIME QUI DÉTESTE LA TRANSPARENCE
Malgré l'interdiction formelle des « interventions directes » de la SNH entrée en vigueur le 1er janvier 2026, ces financements occultes persistent, maintenant un « shadow banking » étatique face aux exigences de transparence du FMI. Cette pratique, dénoncée par Fitch Ratings, permet de contourner le Trésor public et l'Assemblée nationale, illustrant une résistance du pouvoir camerounais à la suppression totale de ces dépenses dérogatoires. Plus de détails dans l'analyse de Sika Finance.
[ Le shadow banking, ou « finance de l'ombre », désigne l'ensemble des activités et des acteurs financiers qui fournissent des services de crédit similaires à ceux des banques traditionnelles, mais en dehors du système bancaire réglementé.
Dans le contexte économique classique, cela englobe des entités comme les fonds spéculatifs (hedge funds), les fonds de capital-investissement ou les sociétés de titrisation. Ces structures n'ont pas de licence bancaire et échappent donc aux règles de surveillance strictes imposées aux banques (comme les ratios de fonds propres).
« La signification politique et budgétaire (le cas du Cameroun) »
Dans le contexte des discussions sur la SNH et le FMI, l'expression « shadow banking étatique » est utilisée de manière métaphorique par les économistes et les agences de notation. Elle décrit un système budgétaire parallèle :
- Un guichet de paiement alternatif : Au lieu que l'argent du pétrole soit versé au Trésor public puis dépensé selon le budget voté par le Parlement, la SNH paie directement certaines dépenses (achats militaires, souveraineté, subventions au carburant) sur ordre de la présidence.
- Une banque occulte pour l'État : La SNH fonctionne ainsi comme une banque privée pour le pouvoir exécutif, capable de débloquer des fonds massifs instantanément, en toute discrétion et sans passer par les contrôles financiers officiels.
- Le problème de transparence : Pour le FMI, ce mécanisme de « financement occulte » empêche de connaître la situation réelle des comptes publics du Cameroun, car ces flux financiers échappent à la traçabilité classique, créant un risque de gouvernance majeur. Cela rend sceptique les potentiels investisseurs ou les bailleurs de fonds et la diaspora qu’on convoque pour des levées de fonds patriotiques. ]
Loïc K









