Infos Sports of Saturday, 12 September 2026
Source: www.camerounweb.com
Des voix s’élèvent pour dénoncer le « système Eto’o », accusant le président de la FECAFOOT d’une gestion opaque et d’une confusion entre ses intérêts personnels et ceux de l’institution. Elles s’appuient notamment sur un versement de 567 570 euros lié à un match amical Cameroun-Russie en 2023, qui aurait été dirigé vers un compte personnel de Samuel Eto’o, plutôt que vers les comptes de la FECAFOOT.
CHRONIQUE D’UN NAUFRAGE MANAGÉRIAL : QUAND LA LÉGENDE DÉTRUIT L’INSTITUTION
Samuel Eto’o, l'indomptable icône des pelouses africaines, est une nouvelle fois rattrapé par ses démons de gestionnaire. Selon de récentes révélations fracassantes du prestigieux quotidien britannique The Times, le président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) se retrouve au cœur d’un scandale financier international. En cause : un versement de 567 570 euros émanant de la Fédération russe de football, lié au match amical d’octobre 2023 à Moscou. Une somme colossale qui, au lieu de renflouer les caisses exsangues du football camerounais, aurait pris une direction pour le moins hétérodoxe : le compte personnel de Samuel Eto’o à la Qatar National Bank (QNB) de Doha.
LE MÉLANGE DES GENRES : UN COMPTE PRIVÉ POUR DES FONDS PUBLICS
La faute managériale est ici caractérisée. Comment un dirigeant de fédération, censé incarner la transparence et le renouveau éthique, peut-il justifier le fractionnement d'une prime de match internationale — 455 056 et 112 514 euros — versée directement sur ses avoirs personnels ?
Les anciens cadres de la fédération s'époumonent à chercher la moindre trace comptable de cette transaction dans les registres officiels de la Fecafoot : le néant absolu. Cette absence totale de rigueur ne relève plus de la simple maladresse administrative. Elle dessine les contours d'une gestion patrimoniale et opaque où les frontières entre la poche du président et les finances de l'institution ont été purement et simplement abolies.
DE MOSCOU À DOHA : LA DIPLOMATIE DU COFFRE-FORT
Si l'on ne peut juridiquement accuser la monarchie qatarie de complicité directe — la QNB n'agissant que comme un simple exécutant bancaire —, le choix de Doha comme sanctuaire financier est loin d'être anodin. Ancien ambassadeur du Mondial 2022 au Qatar, Samuel Eto’o utilise ses réseaux d'affaires moyen-orientaux pour contourner les circuits financiers traditionnels et nationaux.
Cette délocalisation des fonds de la Fecafoot vers le Golfe illustre une porosité systémique intolérable entre ses activités privées passées et son mandat public actuel. Dès lors, une question légitime s'impose : qu'en est-il réellement du tracé des fonds mis à disposition par les autorités qataries pour l’accommodation des délégations des équipes nationales conviées à la Coupe du Monde 2022 ?
L’ÉTHIQUE AU VESTIAIRE : LA FRONDE DE GUIBAÏ GATAMA
Face à cette dérive, la résistance interne s'organise. Guibaï Gatama, membre suspendu du comité exécutif et voix de la contestation, a mené la fronde en portant l'affaire devant la commission d'éthique de la Fecafoot et en alertant les instances internationales. Pour Gatama et les opposants au « système Eto'o », ce énième scandale est la preuve par neuf d'une gouvernance à genoux, marquée par des violations répétées des statuts de la fédération.
La plainte de Gatama met en lumière ce que beaucoup dénoncent à Yaoundé : un management par la terreur administrative, un trafic d’influence adossé à la proximité ou l’intimité de la Présidence de la République, et un mépris souverain des procédures de contrôle.
LE SILENCE ASSOURDISSANT DE LA FIFA
Pendant que le football camerounais se déchire, le silence de la FIFA demeure assourdissant. Faut-il y voir un retour d'ascenseur politique ? Rappelons que Samuel Eto’o s’est récemment affiché comme l'un des soutiens les plus zélés de Gianni Infantino.
En se drapant aujourd'hui dans une posture victimaire — qualifiant ces révélations de « cabale médiatique » contre l'Afrique —, Eto’o utilise une rhétorique ridicule, populiste et usée pour masquer un manque flagrant d'exemplarité.
Pour le bien du football camerounais, il est temps que la lumière soit faite, et que la légende du terrain cède enfin la place à la rigueur devant la loi et les dispositions réglementaires.
Loic Kodjay