Actualités of Saturday, 7 March 2026
Source: www.camerounweb.com
Londerzeel, Anvers. Deux villes belges dont les noms ne figuraient sur aucune carte de la crise anglophone camerounaise. Jusqu'au 1er mars 2026. Ce jour-là, des enquêteurs du parquet fédéral belge ont frappé simultanément à plusieurs portes, arrêtant quatre personnes soupçonnées d'avoir organisé depuis l'Europe le financement et la direction opérationnelle des Ambazonia Defence Forces (ADF), le groupe séparatiste le plus redouté dans les régions anglophones du Cameroun. Selon les révélations de Jeune Afrique, publiées le 6 mars 2026, cette affaire fait voler en éclats un mythe longtemps entretenu : celui d'une diaspora qui se contente de compatir de loin à un conflit qui ne la concerne pas directement.
Les soupçons des magistrats belges vont bien au-delà de la simple sympathie idéologique. D'après les informations recueillies par Jeune Afrique auprès du parquet fédéral belge, les enquêteurs examinent trois griefs majeurs à l'encontre des personnes arrêtées :
Le premier concerne la collecte de fonds en Belgique pour financer la lutte armée des ADF, incluant l'achat d'armes et de munitions destinées aux combattants sur le terrain camerounais. Le deuxième porte sur la direction à distance d'un groupe armé depuis le territoire belge. Le troisième — et le plus grave — vise la transmission présumée, depuis la Belgique, d'instructions pour des attaques et des « liquidations » ciblées, visant aussi bien des civils que des militaires camerounais.
Des crimes pour lesquels la justice belge a ouvert une enquête formelle pour « crimes contre l'humanité » et « crimes de guerre » — des qualifications d'une exceptionnelle gravité qui témoignent de l'ampleur du dossier.
Ce qui frappe dans cette affaire, relevée par Jeune Afrique, c'est la géographie inversée de la justice : c'est en Europe, et non au Cameroun, que les premières mises en détention pour crimes de guerre liées au conflit anglophone ont lieu. Une situation qui illustre à la fois les limites de la justice camerounaise sur ce dossier et l'efficacité croissante de la coopération judiciaire internationale, notamment entre la Belgique, la Norvège et les États-Unis.
L'enquête belge a officiellement démarré en juin 2025, après transmission de pièces par les autorités norvégiennes — qui avaient elles-mêmes interpellé le leader des ADF, Ayaba Cho Lucas. Une chaîne judiciaire qui se referme progressivement sur un réseau dont les ramifications s'étendent bien au-delà des forêts du Nord-Ouest et du Sud-Ouest camerounais.
Le réveil tardif d'une communauté internationale longtemps indifférente
Depuis 2016 et ses origines dans des revendications d'enseignants et d'avocats anglophones, la crise a fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés, selon les organisations de défense des droits humains citées par Jeune Afrique. Pendant des années, les appels à une mobilisation judiciaire internationale sont restés lettre morte.
L'accélération judiciaire de 2025-2026 — arrestation d'Ayaba Cho en Norvège, démantèlement d'un réseau de soutien en Belgique, procédures ouvertes en Suisse, en Allemagne et en France — marque un tournant. La guerre d'Ambazonie n'est plus seulement un conflit intérieur camerounais. Elle est désormais une affaire européenne.