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Opinions of Tuesday, 10 October 2017

Journaliste: via page facebook Boris Bertolt

Crise anglophone: ce que veulent (réellement) les Camerounais


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Depuis que la crise anglophone a été déclenchée, plusieurs voix se lèvent pour inviter à la répression, puis à l’apaisement et, depuis quelques mois, l’unanimité semble se construire autour de la nécessité du dialogue et de la promotion de la gouvernance.

Ces deux mots sonnent comme des évidences en pareille circonstance sauf qu’aucun acteur (politique, dirigeant public, de la société civile ou des patriotes divers) n’a encore pu trouver clairement un contenu et une modalité qui pourrait fédérer tous les avis.

Commençons par le dialogue. Perçu comme la capacité d’écoute et de réponse, cette notion est évoquée par tous les acteurs comme solution à la crise actuelle. Les uns estiment qu’il y a toujours eu dialogue, alors que les autres, tout en le confirmant, reconnaissent qu’il s’agit d’un dialogue de sourds ou de dupes en fonction du rapport de forces en présence. D’autres encore s’appuient sur les échéances de 2018 pour indiquer l’impertinence du dialogue inclusif de nature politique sollicité par certains leaders politiques.

En ce qui me concerne, « il y a toujours eu dialogue mais la forme "hiérarchique" et "transactionnelle" du dialogue qui a prévalu a présenté ses limites ». Qu’il s’agisse du dialogue de Foumban ou de la tripartite des années 90, le dialogue engagé semble de type transactionnel, un dialogue de « deal » entre des acteurs censés représenter certains groupes socio culturels et politiques dont les résultats sont aujourd’hui peu appréciés des populations concernées.

Il apparait alors que la crise actuelle soit polymorphe et donc complexe. Elle revêt un caractère politique, culturel, corporatiste. Elle est de mon point de vue une crise sociale profonde qui défie toute considération sectorielle. Elle nous a laissé observer un rejet de représentation, qu’il s’agisse de représentation politique, de l’élite ou des technocrates, il y a comme un rejet social qui invite à une considération différente des dialogues transactionnels d’antan.

On peut se contenter des analyses partisanes ou simplistes tendant à accuser les camerounais de la diaspora ou certains camerounais de par leur appartenance linguistique, mais les évènements récents tendent à fragiliser cette thèse ou à confirmer la thèse d’une crise sociale profonde qui toucherait tous les camerounais où qu’ils vivent. On a vu les camerounais dans la rue les uns pour protester, les autres pour revendiquer ou insister sur la nécessite de rester unis. Plus prosaïquement, les gens veulent gérer directement leurs affaires, les politiques de tous bords semblent avoir trahi !

Il apparait alors que plusieurs problèmes se côtoient : les problèmes politiques, identitaires, de transparence, de responsabilité, de gouvernance et de corruption, entre autres. On serait donc en face d’une crise de modèle de société : les camerounais voudraient qu’on réinvente un nouveau modèle de « vivre ensemble », un « new deal » cette fois, pas seulement par l’intermédiaire des partis politiques ou des élites mais au travers d’une proposition globale et à l’issue d’une analyse systémique de la situation. Dans ce « new deal », les experts et les organisations de la société civile s’invitent au débat !

Parce que la crise actuelle a plusieurs relais, elle exige désormais une réponse politique d’un autre genre ! Il pourrait s’agir alors d’ouvrir le champ politique ou simplement l’espace de la parole publique aux acteurs divers, autres que les politiques, les élites et les dirigeants publics. Pour l’instant nous assistons aux échanges entre décideurs politiques et la population. Les dérives observées sont suffisamment graves pour laisser le débat aux seuls politiciens. Les seules adversités politiques pourraient s’avérer insuffisantes pour parvenir à un équilibre viable : intellectuels où êtes-vous ? Que dites-vous ?

Pour répondre à ces questions, j’imagine bien la création d’un comité de réflexion « technique » pluridisciplinaire entre experts, consultants des principaux domaines de la vie publique qui feraient des propositions relatives aux aspirations du peuple et aux exigences à respecter pour booster le potentiel camerounais. Les experts de ces différents domaines se recruteraient parmi les expertises reconnues pour leur qualité, leur éthique et leur impartialité. Des outils modernes seraient alors mis à contribution pour collecter et analyser les propositions venant de tout camerounais qui souhaite apporter sa contribution.

La pertinence de cette solution se justifie par le contexte actuel marqué par la difficulté à identifier les parties invitées au dialogue. Le dialogue ne peut s’engager que s’il existe au moins deux parties. Il est actuellement difficile d’imaginer qui sera la partie en face du Gouvernement. En pareille circonstance et en attendant que de nouvelles figures ne soient désignées ou n’apparaissent, il convient au moins de respecter les lois existantes qui ont une relation « apparente » directe ou indirecte avec la crise actuelle.

Ces lois représentent les consensus en vigueur, je pense à la loi sur la décentralisation, à la déclaration des biens, au respect des mandats des PCA et DG des EPA, une plus grande transparence dans les concours administratifs, autant d’actions qui concernent la gestion de la diversité et l’équité dans la gestion des affaires publiques ; fondements d’un meilleur « vivre ensemble ». Ce sont des gages ultérieurs qui apporteront la garantie du respect des engagements qui seront pris pendant le dialogue envisagé. Bien que partielle, c’est de mon point de vue cette capacité d’écoute et de réponse aux préoccupations évoquées qui pourrait donner un autre sens au dialogue revendiqué par tous les camerounais.

Nous appuyant sur la gouvernance, vue comme la qualité globale de la relation entre le gouvernement et les citoyens (sensibilité aux aspirations de la population, efficacité, probité et équité), il apparait nécessaire de proposer un nouvel équilibre des forces. Toutes les instances politiques étant dominées par un seul parti politique, il est difficile, pour le niveau de culture politique administrative et éthique actuel, d’avoir des contrepouvoirs dignes de courage. Le bel exemple vient du dispositif des entreprises publiques qui peine à être efficace du fait des relations « incestueuses » et solidaires entre les membres d’une même famille politique : Conseil d’Administration, Direction Générale, tutelle, instances de contrôle diverses.

On comprend pourquoi aucune réforme réglementaire dans un pareil contexte ne peut être efficace, « aucun pouvoir ici n’arrête le pouvoir » ! On ne peut alors fonctionner que sur la base du dialogue transactionnel ou du deal, mais un deal pas toujours à l’avantage de la communauté. Malheureusement, quand le deal est perçu comme discriminant pour certains, la réponse risquerait de venir de la « rue » ou d’ailleurs (diaspora, médiation des institutions internationales). Il faut alors craindre des revendications à répétition.

Face à cette réalité, il me semble qu’à côté des solutions urgentes et de court terme déjà engagées, on pourrait imaginer l’émergence de leaders d’un nouveau genre qui penseraient à fonder une société où il existerait un équilibre de pouvoirs certain entre diverses parties prenantes. Il me semble que l’accent mis sur les réformes sectorielles devrait être postérieur ou synchronique à cet idéal. Il s’agit alors d’engager une refondation dont les échéances d’actions sont connues et respectées. Une administration monocolore, des instances politiques monocolores constituent de mon point de vue un véritable frein à ce « nouveau vivre ensemble ».

J’imagine alors que les solutions attendues de ces leaders soient d’envisager un « savant mixage » entre les compétences de tous bords pour le bien supérieur de tous ! Il s’agit de penser à un nouveau mode de rapports entre l’Etat et les citoyens sur la base de nos réalités spécifiques. Les experts, les universitaires et les organisations de la société civile sont désormais des acteurs incontournables dans cette proposition. Ils auront le mérite de proposer un cadre analytique global permettant de faire des suggestions pertinentes au-delà des intuitions actuellement valorisées par les acteurs.

En effet, sans cadre analytique, toute tentative de réforme est vouée à l’échec faute d’une vision d’ensemble des problèmes sous-jacents et des réformes concrètement réalisables. L’analyse de situation spécifique du Cameroun doit être globale. Ce serait alors un vrai dialogue et une vraie gouvernance au-delà des mots et des maux !

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