Actualités Régionales of Tuesday, 4 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Crise à Bertoua : Comment la capitale de l’Est a sombré dans l’obscurité

Les habitants ne savent plus à quel saint se vouer Les habitants ne savent plus à quel saint se vouer

La ville de Bertoua traverse une grave crise énergétique marquée par des coupures d'électricité répétées qui perturbent profondément la vie quotidienne et freinent l'activité économique. Cette situation suscite l'incompréhension dans une région pourtant stratégique pour l'économie camerounaise, riche en ressources minières et forestières.

Bertoua – Capitale régionale de l’Est-Cameroun, carrefour stratégique, terre de vastes ressources naturelles et de nombreuses élites administratives, politiques et économiques, Bertoua vit pourtant une réalité difficile à imaginer au XXIᵉ siècle. Depuis plusieurs jours, la ville est plongée dans une succession de délestages qui perturbent gravement la vie quotidienne des populations et paralysent l’activité économique.

Dans les quartiers comme au centre-ville, les habitants ne savent plus à quel saint se vouer. Les coupures d’électricité répétitives ont transformé Bertoua en une véritable ville fantôme, où commerces, ateliers, administrations et petites entreprises fonctionnent au ralenti, lorsqu’ils ne sont pas totalement à l’arrêt.

Les conséquences économiques sont considérables. Les commerçants enregistrent d’importantes pertes en raison de la détérioration des produits conservés au froid. Les artisans ne peuvent plus utiliser leurs équipements. Les restaurants, salons de coiffure, cybercafés, ateliers de soudure et autres petites entreprises voient leur activité fortement compromise. Quant aux ménages, ils ne peuvent plus conserver leurs provisions alimentaires, les réfrigérateurs restant inutilisables pendant de longues heures, voire plusieurs jours.

Cette situation est d’autant plus incompréhensible que la région de l’Est occupe une place stratégique dans l’économie camerounaise. Elle regorge d’immenses ressources minières et forestières et constitue un important bassin économique. Elle compte également de nombreuses personnalités occupant des postes de responsabilité au sein de l’État. Pourtant, malgré ce potentiel, les populations continuent de vivre dans une obscurité devenue presque permanente.

À l’heure où le monde accélère sa transition vers l’intelligence artificielle, les villes intelligentes, les infrastructures numériques et les énergies renouvelables, Bertoua semble malheureusement évoluer à contre-courant. En 2026, certains habitants ont le sentiment que leur ville fonctionne comme si elle dépendait uniquement de groupes électrogènes, avec toutes les conséquences financières et environnementales que cela implique.

Cette crise relance inévitablement les interrogations sur les grands investissements énergétiques réalisés ces dernières années. Beaucoup de citoyens se demandent notamment ce qu’il est advenu des promesses associées au barrage de Lom Pangar, présenté comme un levier majeur pour améliorer l’approvisionnement électrique du pays. Pour nombre d’habitants de l’Est, les bénéfices attendus peinent encore à se traduire par une amélioration tangible de leur quotidien.
Face à cette situation, les populations attendent des réponses claires des autorités compétentes et du gestionnaire du réseau électrique. Au-delà des explications, elles réclament surtout un calendrier précis de retour à une alimentation électrique stable, indispensable au fonctionnement des activités économiques, des établissements de santé, des écoles et de l’administration.

Car sans énergie, aucun développement durable n’est possible. Une région aussi stratégique que l’Est ne peut durablement rester prisonnière de l’obscurité alors qu’elle dispose d’atouts majeurs pour contribuer au développement du Cameroun.

La question demeure entière : combien de temps encore les habitants de Bertoua devront-ils vivre au rythme des délestages, pendant que le reste du monde avance vers les technologies de demain ?

Boris Bertolt