Politique of Monday, 19 October 2026
Source: www.camerounweb.com
La prise de parole médiatique de Samuel Mvondo Ayolo, pour démentir les rumeurs sur l’état de santé de Paul Biya, est vivement critiquée. Cette intervention dépasse ses prérogatives et révèle un dysfonctionnement institutionnel, en l’absence d’une communication jugée suffisamment claire sur l’exercice effectif du pouvoir. L’on s’interroge sur les personnes qui prennent réellement les décisions au sommet de l’État et l’on évoque une possible volonté de certains cercles du pouvoir de contrôler la transition politique en dehors des procédures constitutionnelles.
L’exercice du pouvoir suprême au Cameroun vient de sombrer dans une dérive d’une gravité inouïe. Voir le Directeur du Cabinet Civil, Samuel Mvondo Ayolo, s’exposer sur la scène médiatique internationale pour dissiper les rumeurs sur l'état de santé du Chef de l'État ne relève pas d'une simple erreur de communication : c'est un séisme institutionnel, une capitulation du droit devant la courtisanerie.
Cette irruption publique, dénuée de toute existence dans la charte fondamentale, confirme de façon éclatante la justesse des analyses portées par l’universitaire Achille Mbembe dans les colonnes de Libération. Nous y dénoncions précisément ce glissement mortifère qui s’opère entre la fragilité biologique d’un homme et la pérennité des structures républicaines. En confiant le verbe de l'État à un dignitaire de l'ombre, l'appareil d'Etoudi abdique devant ses propres règles de droit.
L'USURPATION D'UN VALET DE CHAMBRE
Il est impératif de rappeler à Samuel Mvondo Ayolo la frontière hermétique de ses prérogatives : le Cabinet civil n’incarne ni le Gouvernement, ni sa voix officielle. Son champ d'action commence et s'arrête aux affaires privées et à l'intendance de la cour. Rien de plus.
La défaillance ou la disparition d’un Président de la République n’est pas un secret d'alcôve. Ce n'est pas un trésor de famille jalousement gardé par des courtisans anonymes. C’est un événement politique majeur qui engage la souveraineté de la Nation, commande la saisine immédiate du Conseil Constitutionnel et déclenche les mécanismes sacrés de la succession. Soumettre le destin d’un État aux confidences de couloir d'un fonctionnaire est un outrage fait à l'esprit républicain. Ce n'est pas à un "intendant" de palais de dicter le deuil ou la survie d'un président de la république, ni d'imposer au pays l'illusion d'une gouvernance par procuration pour protéger des privilèges. Monsieur Mvondo Ayolo, rentrez dans l'ombre : votre parole est nulle et non avenue.
LA FICTION DE L'AUTORITÉ ET LE SPECTRE DE LA RÉGENCE
L'enjeu qui paralyse le pays ne réside pas dans la véracité ou la fausseté des affirmations du Cabinet civil. Le drame profond est qu'un État moderne en soit réduit à guetter des communiqués de salon pour savoir s'il conserve un pilote à son bord. Opposer un démenti clinique ne résout en rien la paralysie administrative, ni l’inaptitude exécutive d'un président constitutionnellement réputé absent.
La vacance du pouvoir ne commence pas au dépôt de l'acte de décès. Elle s'installe dès lors que l’autorité souveraine est incapable de se manifester, alors même que le titulaire de la fonction reste officiellement installé au sommet. Clamer la survie d'un homme n'apporte aucune preuve sur la réalité de son arbitrage.
Face à cette mise en scène, le doute du citoyen est légitime et pose certaines questions :
Qui orchestre réellement la signature des décrets ?
N’est-on pas en droit de questionner le rôle malicieux de Samuel Mvondo Ayolo, à la lueur de sa proximité vicieuse avec Frank Emmanuel Biya ?
Qui détient les rênes de la décision ?
Qui assume la destinée de la Nation face aux périls contemporains ?
LE CARTEL DE LA TRANSITION HORS-LA-LOI
En substituant la parole d’un serviteur de l’ombre aux protocoles rigides de l'État, les factions régnantes trahissent leur panique collective et dévoilent leur plan : confisquer la transition politique hors des cadres légaux.
Cet empressement médiatique démontre que l’oligarchie s’organise pour sanctuariser ses réseaux d’influence et ses rentes financières, au mépris absolu de la charte fondamentale du pays. Ils froissent la Constitution au nom de leurs intérêts carteliens.
Le Cameroun n'est pas un patrimoine en déshérence dont on gère le déclin à huis clos. Les institutions n'ont pas à se nourrir de bulletins médicaux distillés par une officine sans mandat. La clarté républicaine impose trois vérités :
SI LE PRÉSIDENT PRÉSIDE, la clarté constitutionnelle doit guider ses actes au grand jour.
S’IL EST FRAPPÉ D’EMPÊCHEMENT, les mécanismes légaux doivent être actionnés sans attendre.
S’IL QUITTE LA SCÈNE, l’ordre républicain doit s’imposer immédiatement.
L’avenir du Cameroun ne se décidera pas dans le secret d'un cabinet privé. Le peuple camerounais n'attend pas de Samuel Mvondo Ayolo des garanties biologiques, car il n’a aucune légitimité constitutionnelle. Qu'il retrouve la pudeur de son rôle de serviteur d’État et qu'il garde le silence : sur l'échiquier constitutionnel de ce pays, cet homme n'est rien. Il n’a pas à prendre la parole publique en ce qui concerne l’institution présidentielle de la République du Cameroun.
Loic Kodjay