Actualités of Tuesday, 4 August 2026
Source: www.camerounweb.com
« Ces nominations sont en réalité les prémices de la nomination du vice-président et de la fin effective du règne du vieux monarque d'Etoudi. » C'est le pronostic de l'analyste, qui voit dans les récents mouvements à la tête de l'armée – changement des chefs d'état-major de tous les corps, maintien du général Meka, malade, et mise à la retraite de son adjoint Tchemo – une manœuvre orchestrée par celui qui veut devenir le tout-puissant vice-président. La modification constitutionnelle d'avril 2026 a en effet confié au vice-président le pouvoir exclusif de constater la vacance du pouvoir, aux côtés du président. Les dispositions qui permettaient à un tiers du Parlement ou du Sénat de saisir le Conseil constitutionnel ont été supprimées, et le Conseil ne peut pas s'auto-saisir. Un système verrouillé qui ouvre la voie à un « coup d'État constitutionnel » : le vice-président nommé pourra, une fois en place, annoncer la vacance, s'appuyer sur la nouvelle hiérarchie militaire qu'il a lui-même nommée, et consolider sa prise de pouvoir. Un scénario unique au monde où le président nomme celui qui pourra l'enlever du pouvoir par voie constitutionnelle. Après le naufrage constitutionnel d'avril, « nous sommes en plein dans un pronunciamento ».
Le Pronunciamento
Lundi, il y a eu des mouvements importants au Cameroun.
On a changé les chefs d’état‑major de tous les différents corps de l’armée. Mais, comme par miracle, le patron de toute l’armée, René Claude Meka, malade depuis longtemps, a été maintenu, alors que son adjoint Hector Tchemo, qui est son cadet de quatre ans, a été envoyé au repos quelques jours plus tôt. Lui a échappé à ces mouvements intervenus alors que le président de la République est hors du pays. Une telle absence lors de mouvements aussi importants suscite de gros points d’interrogation sur sa nécessité, son opportunité et son timing. Ceci n’a rien d’anodin.
Celui qui a orchestré ces nominations veut certainement devenir le tout‑puissant vice‑président.
Un poste si justement et opportunément créé après une modification grossière de la loi fondamentale en mai dernier, qui donne uniquement au vice‑président et au président l’autorité de constater la vacance à la présidence de la République.
C’est‑à‑dire que, selon la nouvelle loi, seuls le président et le vice‑président qu’il nomme peuvent dire qu’il y a vacance suite au décès, à l’incapacité ou à la démission du président. Du moment qu’il n’y a aucun vice‑président actuellement, il n’y a que Paul Biya lui‑même qui peut constater sa propre vacance.
Les dispositions qui donnaient auparavant la possibilité à un tiers du Parlement ou du Sénat de saisir le Conseil constitutionnel pour constater la vacance ont été supprimées lors de cette modification constitutionnelle. De plus, le Conseil constitutionnel ne peut pas s’auto‑saisir. En termes simples, la voie de succession constitutionnelle est pour le moins bizarre et à la limite presque inapplicable en l’état.
Pour revenir à la grande muette, celui qui a orchestré ces mouvements au sein de la défense nationale est certainement celui qui veut devenir vice‑président ou veut avoir le pouvoir de sécuriser la vice‑présidence, s’assurer de la loyauté absolue de la nouvelle hiérarchie militaire.
Le futur heureux vice‑président nommé sera celui qui va déclarer la vacance. Il aura ainsi la possibilité de faire un véritable coup d’État constitutionnel. C’est un cas unique au monde où le président va nommer celui qui pourra l’enlever du pouvoir par voie constitutionnelle.
Il sera tellement puissant qu’il pourra, juste après sa nomination, annoncer la vacance, voire la provoquer, et s’appuyer sur le soutien de ces nouveaux responsables nommés à des postes clés de la défense pour consolider sa prise de pouvoir.
Ces nominations en elles‑mêmes confortent aussi cette impression d’un régime tribal qui se verrouille davantage pour se maintenir. Les postes stratégiques ont été une nouvelle fois essentiellement attribués à des personnes de certaines zones géographiques.
Ces nominations sont en réalité les prémices de la nomination du vice‑président et de la fin effective du règne du vieux monarque d’Etoudi, devenu certainement encombrant pour ses handlers.
Après le naufrage constitutionnel du mois d’avril, nous sommes en plein dans un pronunciamento.
L’opposition, trahie par un peuple qui manque de témérité sauf pour endurer les misères que Biya lui inflige, observe impuissante ces manœuvres d’un autre âge, incapable qu’elle est de changer la donne, car matraquée par la machine répressive biyaique. Le peuple, lui, continue de regarder vers la direction inverse, en espérant, sans avoir à lever le petit doigt, qu’un ange tombé venu d’on ne sait où viendra le délivrer.
Ils veulent voir leurs enfants grandir, disent‑ils, oubliant que grandir dans une misère chaque jour plus envahissante, grandir sous les crédits aux taux d’intérêts à deux chiffres octroyés de manière cavalière par des dirigeants corrompus, grandir sous les menaces du Moulinex et les coups de rangers des forces de l’ordre, est en soi un suicide collectif.
Le Cameroun est dans un caniveau pire que celui que laissait entrevoir le vrai faux décret nommant Baboke vice‑président. Hélas, il le mérite pourtant.
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