Actualités of Monday, 25 May 2026

Source: www.camerounweb.com

Corruption – Tribalisme – Inégalités sociales : Jean Guy Zogo détruit Paul Biya

'Les événements de Zoetele ne sont qu’une sorte de métastase d’un cancer sociétal' 'Les événements de Zoetele ne sont qu’une sorte de métastase d’un cancer sociétal'

Le président Paul Biya est de plus en plus accusée par les Camerounais d’avoir profondément fragmenté la société camerounaise. Cette position est soutenue par Jean Guy Zogo. Lors de son passage le week-end dernier dans l’émission « GRAND DÉBAT » sur chez nos confrères de CAM10 Télévision, il a décrit les trois catégories sociales qui existent au Cameroun : une élite proche du pouvoir bénéficiant des ressources et privilèges de l’État, une majorité de Camerounais marginalisés et exclus des avantages économiques et politiques, ainsi que des étrangers perçus comme bénéficiant parfois d’un traitement plus favorable que certains citoyens camerounais.

Selon lui, le régime Biya a favorisé la corruption, les inégalités sociales et a institutionnalisé le tribalisme à travers certains mécanismes politiques. Jean Guy Zogo estimant aussi que les tensions observées dans des événements comme ceux de Zoétélé sont le résultat d’un malaise social et identitaire construit depuis plusieurs décennies.


Paul Biya a fractionné, par son magistère et sa gouvernance, la société camerounaise en trois grands blocs.

Le premier, ce sont ceux qui se pensent comme des Camerounais à part entière. Mieux, c’est-à-dire des gens qui sont au pouvoir, tiennent les leviers du pouvoir, bénéficient des prébendes issues de la prévarication de la fortune publique, s’enrichissent illégalement, puisque l’enrichissement illicite est quasiment normalisé chez nous. Et ceux qui sont autour d’eux, qui gravitent dans leur entourage dans l’espoir, à travers des cooptations, des cercles ésotériques et autres, d’obtenir quelques miettes qu’on leur jette par-ci, par-là. Ça, c’est le premier bloc.

Le deuxième bloc, ce sont ceux qui, malheureusement, sont considérés comme des Camerounais entièrement à part, c’est-à-dire des exclus de ce qu’ils appellent la marche de la République. Ces Camerounais d’en bas ne bénéficient justement pas de tout le brigandage institutionnel auquel nous assistons et, malheureusement, triment au quotidien.

Le troisième bloc social, ce sont les étrangers au Cameroun qui sont parfois plus Camerounais que les Camerounais eux-mêmes. C’est-à-dire que nous sommes dans une société où vous pouvez être bastonné par des Chinois chez vous, puis méprisé par des Libanais. Et on fait de la gesticulation institutionnelle, mais nous savons tous, au quotidien, que ce sont des réalités. Si vous avez un problème avec un bienfaiteur fortuné, il utilisera sa puissance financière jusque dans les parquets et vous vous retrouverez en difficulté. C’est-à-dire que le Camerounais — et là, je parle des Camerounais entièrement à part, le deuxième bloc — a malheureusement aujourd’hui peur de l’étranger, parce qu’il se sent en insécurité sur son propre sol, parce qu’on a simplement donné l’impression que l’étranger est plus Camerounais que le Camerounais lui-même. Et lorsque vous regardez cette fracture sociale, elle s’accentue avec le temps, et un défilé de 45 minutes n’y pourra rien.

Les événements de Zoetele ne sont qu’une sorte de métastase d’un cancer sociétal qui, en réalité, a été construit en un demi-siècle. On a institutionnalisé le tribalisme, ce qu’on appelle le tribalisme d’État, à travers les mécanismes d’équilibre régional."

Jean Guy Zogo