Actualités of Wednesday, 28 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Corruption - Trafic d’influence - Hautes instructions : Mebe Ngo’o piégé à la Cour Suprême

L’audience des pourvois dans l’affaire Mebe Ngo’o, prévue le 20 octobre 2026 devant la Cour suprême du Cameroun, a été renvoyée pour un nouvel examen après des divergences entre le rapport du conseiller Sandeu Emmanuel et les conclusions du parquet général. L’ancien aide de camp de Chantal Biya, Patrice Nouma soupçonne des manœuvres de corruption et de trafic d’influence visant à obtenir l’acquittement de Mbangue Maxime, ancien collaborateur de Mebe Ngo’o condamné dans cette affaire de détournement de fonds publics.

Enrolée le 20 octobre 2026 pour se prononcer sur les pourvois des 05 accusés condamnés par le TCS à des peines allant de 30 à 09 ans pour détournement, complicité de détournement et de blanchiment de capitaux dans le cadre de l'affaire Mebe Ngo’o, ancien Mindef, la collégialité des juges de la Section Spécialisée de la Cour Suprême n'a pas pu s'entendre afin de se prononcer sur le rapport du Conseiller Rapporteur Sandeu Emmanuel et les Conclusions de Mme la Procureure Générale Marie Claire Nseng Elang.

Le Conseiller Charles Ondoua Obounou, président de la Section Spécialisée et président de la Collégialité des juges a décidé de retirer l'affaire du rôle pour un nouvel examen.

L'article 65 de la loi n°2006/016 du 29 décembre fixant l'organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême stipule que :
"(1) A l'audience, le rapporteur lit son rapport. Les conseils des parties et le Procureur Général développent leurs arguments à l'appui de leurs mémoires et conclusions. Ils présentent, le cas échéant, leurs observations sur le rapport.
(2) le renvoi ne peut être accordé que si la Cour l'estime utile. Toutefois :
(a) lorsque les solutions proposées par le Procureur Général et le rapporteur sont divergentes, l'affaire est mise en délibéré."

Au vu des dispositions qui précèdent, on se demande pourquoi le président de la Collégialité n'a pas opté pour le respect de la loi en faisant lire le rapport et les Conclusions ?

Pour comprendre ce qui a pu se passer, il faut dire qu’il y a quelques semaines une information a fuité, faisant état de la circulation des fortes sommes d'argent au niveau du Parquet Général de la part d'un accusé, dont le pourvoi avait été rejeté par le rapport, afin de lui faire obtenir des conclusions divergentes qui devaient entraîner la sortie du rôle par le président de la Collégialité, lui-même englué dans cette corruption.

Nous avons attendu l'audience du 20 octobre, pour corroborer les informations en notre possession que nous sommes aujourd'hui à même de confirmer après le retrait du rôle de ce jour et en faire large écho.

Tout a commencé il y a un peu plus de 02 ans avec la transmission des pourvois par le TCS à la Cour Suprême et le choix du Conseiller Sandeu Emmanuel comme Rapporteur de ce pourvoi.

L'accusé Mbangue Maxime est entré alors en contact avec le président de la Chambre Judiciaire, le Magistrat Fonkwe Joseph Fongang à qui il a remis une forte somme d'argent pour lui attirer les faveurs du Rapporteur.

Fonkwe à son tour a chargé Ondoua Obounou, alors Conseiller à la Chambre Judiciaire de saisir le Rapporteur. Ce qu'il a fait en lui proposant un projet de manuscrit du moyen à soulever pour acquitter Mbangue. Le Rapporteur Sandeu Emmanuel, fidèle à ses principes chrétiens, a donné une fin de non-recevoir à la proposition de son collègue, sans lui avoir fait savoir que Mbangue était, au regard des éléments de la procédure, le cerveau dans cette affaire.

Le 1er avril 2026, après près de 02 ans d’étude, le Conseiller Rapporteur Sandeu a remis son rapport au Premier Président de la Cour Suprême, rapport dans lequel bien évidemment le pourvoi de Mbangue encourait le rejet. Le rapport a été validé par le Premier Président et transmis au Parquet Général pour ses réquisitions. Le même jour, le Premier Président de la Cour Suprême a rendu une ordonnance portant désignation de nouveaux membres de la Section Spécialisée, avec Charles Ondoua Obounou comme président.

Ce dernier n'ayant pas pu avoir le rapport avant sa transmission au parquet, a conçu un plan pour atteindre son objectif qui est de faire acquitter Mbangue Maxime. Il s’est agi de mettre à contribution la Procureure Générale pour qu’elle produise des conclusions allant à l’encontre du rapport. Par la corruption et par un trafic d'influence par lequel on a fait dire à la Procureure Générale que Mbangue est un littoralien comme le Ministre Laurent Esso, par ailleurs grand financier du RDPC dans sa localité, et qu’elle devait par conséquent le faire acquitter pour faire plaisir au Garde des Sceaux.

L'Avocat Général Minjimba Minjimba, qui avait déjà remis son projet de Conclusions pour signature par la Procureure Générale et se trouvait en congés, a été rappelé vendredi 17 juillet afin de rectifier les conclusions en soulevant un moyen d'office pour casser l'Arrêt en ce qui concerne Mbangue au motif qu'il n'était qu'un subordonné recevant les ordres de sa hiérarchie. Après évocation, il a été demandé son acquittement.

Comment comprendre qu'un accusé dont les preuves ont été apportées par le Parquet Général du TCS, se voit soulever un moyen d'office par le Parquet Général de la Cour Suprême pour son acquittement ?

Paradoxalement, les conclusions du Parquet ont requis le rejet du pourvoi du Colonel Mboutou, alors que celui-ci était également un subordonné recevant les ordres de sa hiérarchie. Les mêmes causes devant produire ainsi deux effets contradictoires. Lesdites conclusions ont été renvoyées le 21 juillet à la Section Spécialisée, qui a fixé la date d'audience pour le 20 octobre soit près de 02 mois après. Ce temps a permis au président Ondoua Obounou de se rendre compte que ces conclusions du Parquet Général étaient légères pour lui permettre d’atteindre son objectif.

Un autre plan a été mis en œuvre, il s’est agi de susciter les hautes instructions de la Présidence de la République pour que la Procureure Générale produise des conclusions additives divergentes pour semer le doute dans les délibérations. Un haut responsable de la Division juridique du Secrétariat Général de la Présidence de la République a été sollicité pour intervenir auprès de la Procureure Générale pour des conclusions complémentaires et assurer le président de la chambre judiciaire FONKWE et de la Section Spécialisée Ondoua Obounou, de la tenue imminente du Conseil Supérieur de la Magistrature, qui verrait les nominations du premier comme Premier Président de la Cour Suprême et le second comme président de la Chambre Judiciaire.

Les deux ont ainsi pu défier Mekobe Sone, actuel Premier Président de la Cour Suprême en retirant l’affaire du rôle.

Alors que les parties ont reçu les mandements à citation depuis le 24 septembre pour l'audience du 20 octobre, Mme la Procureure Générale a adressé des conclusions additives le 09 octobre, dans lesquelles elle a remis en cause non seulement une partie du rapport, mais aussi ses propres premières conclusions.

Dans ces dernières conclusions, elle a requis des emprisonnements à perpétuité pour 03 des accusés, tout en sollicitant uniquement l’acquittement de Mbangue pour les mêmes raisons que dans ses premières conclusions.

D'après des sources introduites, toutes ces divergences voulues par le Parquet, alimentées par de fortes sommes d'argent, le trafic d’influence et les hautes instructions n'ont eu qu'un seul but : SUSCITER LE RETRAIT DU RÔLE POUR UN NOUVEL EXAMEN QUI DEVRAIT PERMETTRE DE DECLARER LA RECEVABILITÉ DU POURVOI DE MBANGUE AFIN DE L'ACQUITTER.

C'est ce retrait du rôle qui a été acté par le président de la Collégialité.
Tout ceci contre l'avis de plusieurs membres de la collégialité, mais surtout sans l'approbation du Premier Président de la Cour Suprême. Pour les magistrats et personnels de la Cour Suprême, le silence du Premier Président de la Cour Suprême ne s’explique pas 05 jours après ce retrait du rôle.

Comment comprendre qu’un magistrat qui a été désigné par une ordonnance du Premier Président pour le suppléer à la tête d’une Section Spécialisée dont il est le président conformément à l’article 13, alinéa 2 de la Loi 2012/011 du 16 juillet 2012 modifiant la loi 2011/028 sur le Tribunal Criminel Spécial, retire du rôle un rapport endossé par le Premier Président sans réaction de celui-ci ?
Qu’est-ce qui peut expliquer le silence du Premier Président, dont la probité n’a jamais été mise en cause durant toute sa carrière ?
Est-ce la peur des Hautes Instructions ou l’incapacité à tenir encore le poste ?

Des sources concordantes font pourtant état de ce que tous les documents et dossiers sont bien suivis et signés par lui.

En tout état de cause, Mekobe Sone, Premier Président de la Cour Suprême devrait frapper du poing sur la table dans cette affaire en désignant un autre président de la Section Spécialisée et en faisant enrôler cette affaire de nouveau sur la base d’un rapport qu’il a déjà validé, malgré les conclusions du Parquet Général qui ne lient pour autant pas le Siège. Cette décision lui permettrait de reprendre la main sur la tenue de sa Section, de sauver l’honneur de la Haute Juridiction de ces soupçons de corruption et de préserver l’indépendance du pouvoir judiciaire.

En attendant, nous nous allons revenir sur cette procédure et se demander qui est Mbangue Maxime qu’on veut à tout prix acquitter dans cette affaire ?

Il faut rappeler que cette affaire a commencé en mars 2019 avec la mise en détention de Mebe Ngo’o et 04 autres personnes. L’ancien Mindef était poursuivi pour détournement de plus de 220 milliards de Fcfa dans le cadre du projet d’équipements militaires avec la société chinoise Polytechnologies et des marchés d’acquisition des tenues militaires avec la société française Magforce.

Son épouse Bernadette Mebe Ngo’o, ses collaborateurs Mbangue Maxime et le Lieutenant-Colonel Mboutou Elle Ghislain, ainsi que son ami Menye Victor Emmanuel, ex DGA de la SCB étaient également poursuivis.

Dans l’Arrêt rendu par le TCS, le 31 janvier 2023, Mebe Ngo’o a été acquitté des faits concernant le projet Polytechnologies. Il a été condamné à 30 ans de prison pour détournement à travers des marchés fictifs avec Magforce de près de 23 milliards, les autres accusés ont écopé de 25 ans pour ses 02 collaborateurs, de 10 ans pour son épouse et de 09 ans pour son ami. Se disant victime d’un acharnement politique du fait que la procédure avait été initié sur la base d’une correspondance du directeur de l’ANIF transmise par le SGPR, mais aussi d’une injustice car les marchés d’habillement pour le 20 mai ne pouvaient pas être fictifs alors que les militaires recevaient leurs dotations chaque année et le ministère de la défense ne s’étant pas porté partie civile, encore moins se plaindre, Mebe Ngo’o et ses 04 coaccusés ont ainsi formé un pourvoi devant la Cour Suprême.

Qui est Mbangue Maxime que voudrait à tout prix acquitter la Cour Suprême ?

Inspecteur du Trésor, sorti de l’ENAM en 2001, Mbangue Maxime a été nommé en mars 2005, Sous-directeur des Affaires Financières à la DGSN, moins de 04 mois après la nomination de Mebe Ngo’o comme DGSN. A sa nomination comme MINDEF en juin 2009, Mebe Ngo’o l'a fait nommer Conseiller Technique dans ce ministère deux mois plus tard, en août de la même année. Il a donc été en charge des marchés avec le fournisseur Magforce emmené de la DGSN au MINDEF depuis son poste à la DGSN.

Mbangue Maxime est l’acteur principal de l’affaire Mebe Ngo’o devant le TCS car, entendu 05 fois à l’enquête préliminaire, ce sont ses déclarations qui ont permis l’inculpation des 04 autres accusés dans cette affaire. Ses déclarations sont allées jusqu’aux ambitions présidentielles de Mebe Ngo’o. (Toutes ces déclarations sont contenues dans ses procès-verbaux d'audition à l'enquête préliminaire).

Devant la barre, il s’était rétracté et avait demandé que ses déclarations ne soient plus prises en compte, le Ministère Public s’y était opposé puisque son accusation portée essentiellement sur lesdites accusations.

Mbangue a indiqué que c’est lui qui, à son arrivée au MINDEF, avait proposé la création d’un compte Trésor du Mindef pour le virement des sommes en espèces.

Mbangue avait avoué lui-même avoir mis en place un système de corruption au MINFI pour les paiements de Magforce, principal prestataire de cette nébuleuse, choisi par Mebe Ngo’o depuis la DGSN. En retour ses retrocommissions étaient virées dans des comptes ouverts à la CCA BANK aux noms des entreprises ENVOL et BENEDICTION qu’il avait créé pour les besoins de la cause.

Les Commissions Rogatoires Internationales ont découvert que Mbangue étaient titulaires de deux comptes bancaires en Belgique, d’un compte à la Société Générale de Paris avec un solde créditeur de 192.000 € soit près de 124 millions FCFA. En plus, elles ont établi des connexions mafieuses entre lui et la société Magforce.

Dans le cadre du blanchiment des capitaux, il a été établi que tous les avoirs de Mbangue se situent entre 2006 et 2015 (période de ses fonctions à la DGSN et au MINDEF sous Mebe Ngo’o). Que ses plus importantes acquisitions immobilières ont été faites entre 2010 et 2015, période pendant laquelle il était en service au Mindef. Il s’agit de :
•Titre Foncier de 2.549 m² acquis dans le Mungo, en date du 27 janvier 2010 ;
•Titre Foncier de 3 hectares acquis dans le département de l’Océan, en date du 15 juin 2012 ;
•Titre Foncier de 15 hectares acquis dans le département de l’Océan, en date du 12 juin 2012 ;
•Titre Foncier de 07 hectares acquis dans le département de l’Océan, en date du 12 juin 2012 ;
•Un terrain acquis à Kribi et revendu à la CNPS à près d’un milliard de FCFA et un autre acquis à Yaoundé, quartier Golf revendu au footballeur Aboubakar à 800 millions FCFA, déclarations faites par lui-même au cours du procès devant le TCS.

C'est donc pour ce fonctionnaire milliardaire, fort de tout cet enrichissement illicite qui lui a permis de corrompre les présidents de la Chambre Judiciaire, de la Section Spécialisée et Mme la Procureure Générale, que l'affaire Mebe Ngo’o a été retirée du rôle ce 20 octobre, afin de permettre de corriger le rapport qui va soulever un moyen d'office pour lui, recevoir son pourvoi et l'acquitter.

Nous en appelons, une fois de plus, au Magistrat Mekobe Sone, Premier Président de la Cour Suprême de ne pas laisser cette corruption à ciel ouvert prospérer.

Nous demandons également au Président de la République, Président du Conseil Supérieur de la Magistrature d'instruire une enquête sur la conduite de cette affaire pour sauver l'honneur de la Haute Juridiction et de la Justice dont les méthodes sont déjà suffisamment décriées au niveau des Juridictions inférieures.

Patrice Nouma Freeman