Politique of Tuesday, 29 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Convention extraordinaire du MRC : Quand un droit redevient un événement

La délivrance, le 28 septembre 2026, d’un récépissé autorisant de fait la tenue de la convention extraordinaire du MRC prévue le 17 octobre à Odza, après l’interdiction d’une précédente convention en novembre 2025 n’est pas une « autorisation », mais de la prise en compte d’une déclaration conformément au régime légal des réunions publiques.

L'euphorie qui parcourt les rangs du MRC se comprend. Fin novembre 2025, le sous-préfet de Yaoundé IV, Akondi Elvis Mbahangwen, avait interdit par arrêté la convention extraordinaire prévue le 29 novembre au siège d'Odza. Le motif invoqué était un « risque grave de trouble à l'ordre public ». Ce jour-là, les forces de l'ordre encerclaient le siège. Le parti avait fini par se réunir en visioconférence le 21 décembre. Le MINAT avait ensuite refusé d'en reconnaître les résolutions.

Le 28 septembre 2026, le même sous-préfet a délivré le récépissé n°000332 pour une nouvelle convention extraordinaire, le samedi 17 octobre, au même siège. Pour beaucoup de militants, la revanche est prise.

Il faut pourtant prendre garde à ne pas confondre victoire politique et normalité républicaine.

UN RÉCÉPISSÉ, PAS UNE AUTORISATION

Relisez le document. Le sous-préfet « prend acte » d'une déclaration déposée le 23 septembre. Il n'autorise rien. Il n'accorde aucun privilège. La loi n°90/055 du 19 décembre 1990, qu'il vise lui-même, soumet les réunions publiques à un régime de déclaration. Une réunion publique se déclare, elle ne se sollicite pas.

L'administration a fait ce que l'État de droit attend d'elle. Ni plus, ni moins.

La liberté de réunion n'est pas une récompense réservée aux partis jugés fréquentables. Elle n'est pas une concession accordée selon l'humeur d'un préfet. C'est un droit, et il vaut pour tous, au pouvoir comme dans l'opposition.

L'enthousiasme des militants révèle donc un paradoxe inquiétant. Quand le simple respect de la loi provoque des scènes de célébration, c'est que ce respect a trop souvent paru incertain. Dans un pays apaisé, un récépissé ne susciterait ni surprise ni exaltation. Il relèverait de l'ordinaire.

La portée politique du moment n'est pas nulle pour autant. La convocation du corps électoral pour les législatives et les municipales approche. Le signal compte. L'espace politique semble, au moins sur ce dossier, se rouvrir. C'est une bonne nouvelle pour le MRC, et pour le débat démocratique dans son ensemble.

LE MÊME HOMME, LE MÊME LIEU, LE MÊME MOTIF

Mais un droit reconnu n'est pas encore un droit exercé. Novembre 2025 montre comment il peut se perdre.

À l'époque, le risque invoqué ne venait pas de la rue. Il venait de l'intérieur du parti, à la suite de signalements portés par des cadres frondeurs, notamment Okala Ebodé.

Le 28 septembre 2026, le jour même du récépissé, Willy Mengue, Sébastien Mbala Wouria II et Georgette Laure Kamegne ont fait appel devant la Cour d'appel du Centre. Ils attaquent une ordonnance de référé rendue le 17 septembre par le président du TPI de Yaoundé-Ekounou, dans le litige qui les oppose au MRC. On ne fait pas appel d'une décision qu'on a gagnée. Le juge des référés ne leur a donc pas donné satisfaction.

Leurs soutiens exultent et annoncent que « la victoire est proche ». Faire appel n'est pas une faveur de la justice, c'est un droit. Et un droit exercé n'est pas un procès gagné.

Le 29 septembre, Willy Mengue a écrit au sous-préfet. Il se présente comme militant du MRC. Sa lettre signale des « risques de troubles à l'ordre public » à l'occasion de la convention.

Dans un post relayé par Laure Noutchang, il présente lui-même l'appel comme le prélude à ce « levier administratif ». Sous les mots rares, le propos est limpide. La démarche judiciaire et la lettre au sous-préfet forment un plan. L'objectif consiste à obtenir de l'administration ce que le juge n'a pas accordé.

Les frondeurs changent de nom. Le sous-préfet reste le même. Le lieu aussi. Et le motif invoqué n'a pas varié d'un mot.

LE DILEMME DU SOUS-PRÉFET

Ce qu'Akondi Elvis Mbahangwen jugeait menaçant en novembre 2025, il l'a jugé recevable en septembre 2026. Deux lectures sont possibles.

La première tient aux circonstances. Entre-temps, le juge des référés a statué, et les élections approchent. Un sous-préfet peut faire valoir ces éléments nouveaux.

La seconde est moins flatteuse. Elle voit dans l'ordre public une notion élastique, que l'autorité étire ou resserre selon le climat politique.
La lettre de Willy Mengue l'oblige à trancher. S'il revient sur le récépissé qu'il vient de signer, sur la foi d'un signalement du même type qu'en 2025, il accrédite la thèse d'un arbitrage politique au cas par cas. S'il le maintien, il assume ce que la loi attend de lui : encadrer une réunion déclarée, malgré la fronde.

Voilà pourquoi un simple récépissé fait encore événement. Le 17 octobre dira laquelle de ces deux lectures était la bonne.

CE QUI MÉRITE D'ÊTRE CÉLÉBRÉ

La maturité démocratique se mesurera moins à la délivrance de tels récépissés qu'à leur banalisation. Le jour où aucun parti, aucun militant, aucun citoyen n'aura plus à remercier l'administration d'avoir pu exercer une liberté garantie par la loi, le Cameroun aura franchi un pas décisif.

Au fond, ce qui mérite d'être célébré n'est pas qu'un droit soit accordé. C'est qu'il soit respecté.

John Lawson