Politique of Friday, 2 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Convention du MRC : Willy Mengue et Laure Noutchang activent leur ‘Plan B’

'Le 17 octobre dira si le MRC peut tenir ses instances' 'Le 17 octobre dira si le MRC peut tenir ses instances'

Le MRC se prépare à tenir sa Convention nationale extraordinaire du 17 octobre 2026 dans un contexte de tensions judiciaires et administratives. La confrontation se poursuit avec Willy Mengue, qui demande l’interdiction de la convention en invoquant notamment des troubles à l’ordre public et la caducité des instances du MRC. Le parti conteste cette démarche et s’appuie sur les procédures judiciaires en cours. L’enjeu dépasse désormais les querelles internes : il s’agit de savoir si le MRC pourra renouveler sa direction et se présenter aux prochaines élections.

MRC : LA COURSE CONTRE LA MONTRE AVANT LE 17 OCTOBRE

Willy Mengue, Laure Noutchang et la « phase 3 du levier administratif »


Ce devait être un rendez-vous de sortie de crise. La Convention nationale extraordinaire du MRC, prévue le 17 octobre 2026 à Odza, est devenue le terrain d'un affrontement fait de recours judiciaires, de courriers administratifs et d'actes d'huissier. Derrière les querelles de personnes, l'enjeu est ailleurs : la présence du MRC aux prochaines élections.

Un courrier hors de ses compétences

Le 21 décembre 2025, une convention tenue par visioconférence a ramené Maurice Kamto à la tête du MRC. Le 19 août 2026, saisi par un dissident, le MINAT a opposé une fin de non-recevoir à cette convention et à ses résolutions, sans véritable motivation.

Rappelons un principe. En matière de direction interne, le MINAT n'est pas la tutelle des partis politiques. Le parti informe, l'administration enregistre, le juge tranche. L'administration n'a pas qualité pour décider qui dirige un parti.

Le grief invoqué ne tient d'ailleurs pas. La loi de 1990 impose de déclarer les réunions publiques auprès de l'autorité du lieu où elles se tiennent. Une convention en visioconférence n'a pas de lieu. Quel sous-préfet aurait été compétent pour la recevoir ? Aucun. On ne peut reprocher à un parti de n'avoir pas déclaré une réunion que la loi ne permettait de déclarer nulle part.

Profil bas n'est pas renoncement

Le MRC n'a pas engagé de bras de fer. Le 8 septembre, Maurice Kamto a démissionné de la présidence en invoquant l'intérêt supérieur du parti. Son premier vice-président, Mamadou Mota, a suivi. Tiriane Balbine Nadège Noah assure la présidence.

Ce retrait n'est pas un aveu. Le parti n'avait pas tort. Il a fixé ses priorités : amener le MRC aux législatives et municipales, attendues avant la fin du mandat des députés, prorogé jusqu'au 20 décembre 2026. Un parti à la direction contestée par l'administration s'exposerait au rejet de ses listes. Le MRC a choisi de retirer au pouvoir tout prétexte.

Le 28 septembre, la sous-préfecture de Yaoundé IV a délivré le récépissé de la convention du 17 octobre. Elle l'a adressé à Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint du MRC. Le parti a déclaré. L'administration a enregistré, en s'adressant à un responsable en fonction.

Le paradoxe central

Les contestataires affirment que la direction du MRC n'a plus aucune légitimité. Si c'était vrai, la convention serait le moyen de la renouveler. C'est pourtant elle qu'ils veulent faire interdire.
On ne peut pas dénoncer l'absence de direction légitime et empêcher l'instance qui doit en élire une. À moins que l'objectif ne soit pas le renouvellement, mais le blocage.

Le levier administratif

Le 28 septembre, Willy Mengue, exclu du parti le 29 juin pour trahison, demande au sous-préfet d'interdire la convention pour menace de trouble à l'ordre public. Le MRC répond le 30 septembre, par la voix de Me Emmanuel Simh. Il rappelle que le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou s'est déclaré incompétent le 17 septembre et que l'affaire est pendante devant la Cour d'appel du Centre.

Le 1er octobre, Willy Mengue réplique. Il se dit « militant encarté », juge son exclusion « factice » et soutient que toutes les instances du MRC sont caduques. Sur Facebook, il résume : « La phase 3 du levier administratif suit son cours. »

Le mot est lâché. Il ne s'agit plus de défendre un droit de militant, mais d'actionner l'administration contre son propre parti, par étapes.
Willy Mengue confond tout. Il prend la retenue du MRC pour un renoncement, un courrier sans fondement pour une décision de justice, un retrait tactique pour une vacance du pouvoir. Il demande surtout au sous-préfet de constater l'inexistence d'instances avec lesquelles ce même sous-préfet correspond. Et si tout était caduc, qui pourrait convoquer une convention ? Son courrier ne le dit pas. Ce n'est pas une sortie de crise. C'est une impasse organisée.

Les huissiers entrent en scène

Le parti a répliqué sur le terrain du droit. Sur instruction de la présidente, le Collectif Sylvain Souop a fait interpeller par huissier Willy Mengue et Salomon Beas, auxquels il reproche des actes de nuisance répétés. Selon les avocats du MRC, les deux hommes ont refusé de répondre. C'est leur droit. Le contraste avec l'abondance de leur communication en ligne n'en est pas moins frappant.

Laure Noutchang, observatrice ou partie ?

Dans son courrier, Willy Mengue se déclare militant « au même titre que Dame Laure Noutchang ».

Laure Noutchang, elle, plaide publiquement pour le dialogue et une réflexion sur les exclusions. Elle s'exprime en observatrice qui « comprend » les plaignants et précise qu'elle n'aurait pas porté plainte. Elle est pourtant partie à l'appel, aux côtés de Willy Mengue. On ne commente pas un procès en spectatrice quand on en est l'une des parties.

Elle appelle au dialogue dans un paragraphe et annonce que « la victoire est proche » dans le suivant. La victoire de qui, contre qui ?

Discipline ou injustice

Le débat sur les exclusions mérite d'être posé. Mais il ne peut ignorer son origine. Lors de la présidentielle, le MRC avait laissé ses militants voter en âme et conscience. Plusieurs cadres exclus sont pourtant devenus des porte-voix publics d'Issa Tchiroma Bakary. Dans aucun parti au monde, on ne milite durablement pour deux projets à la fois.

Deux calendriers

Willy Mengue cherche à obtenir de l'administration ce qu'elle n'a pas le pouvoir de décider, et qu'elle dément elle-même dans ses actes. Le MRC regarde plus loin : tenir sa convention, se doter d'une direction incontestable et entrer dans la bataille électorale.

Si le levier administratif fonctionnait, le MRC arriverait aux élections sans dirigeants reconnus. La question n'est donc plus celle des droits d'un militant. Elle est celle de savoir à qui profiterait un MRC absent des urnes.

Les vraies questions de démocratie interne ne se règlent pas à la sous-préfecture. Elles se règlent en convention.

Le 17 octobre dira si le MRC peut tenir ses instances. Les élections diront si ceux qui voulaient l'en empêcher servaient leur cause ou celle de ses adversaires.

John Lawson