Actualités of Saturday, 7 March 2026

Source: www.camerounweb.com

Consty Eka reposera en Côte d'Ivoire : le Pr Vincent Sosthène Fouda interpelle le peuple Ekang

La nouvelle a douloureusement résonné dans le monde audiovisuel camerounais et au-delà. Consty Eka, célèbre animateur de télévision, fils de Ngoa-Ekele et de la terre Emveng, sera inhumé le 21 mars 2026 en Côte d'Ivoire — loin de la terre de ses ancêtres. Une décision prise au terme de longues discussions familiales, qui a ému et interrogé bien au-delà du cercle de ses proches.


C'est le Professeur Vincent Sosthène Fouda, intellectuel et fils du peuple Ekang, qui a choisi de donner une voix à ce malaise collectif. Dans une longue tribune publiée ce 6 mars, il procède au « Nsili Awu » — le rituel traditionnel d'interrogation des origines de la mort chez le peuple Ekang — pour accompagner symboliquement le défunt et poser une question que beaucoup pensaient tout bas : « Qu'est-ce que cela dit de nous lorsque nos morts cherchent ailleurs la paix que leur terre natale ne leur offre plus ? »
Une interrogation rituelle, mais profondément politique et sociale, qui dépasse la seule mort de Consty Eka pour pointer du doigt les liens distendus entre la diaspora et la terre d'origine, entre les vivants et les racines.

Un hommage ancré dans la tradition
S'adressant tour à tour aux ancêtres, au défunt et à son frère aîné Olinga, le Professeur Fouda a déroulé dans sa tribune une parole à la fois solennelle et douloureuse, rythmée par des proverbes ekang. Il a rappelé la lignée de Consty — fils d'Emile Eka et de Cécile Mpondo, cette mère yabassi qui porta douze enfants, dont la fécondité était selon ses mots « un chant de victoire sur la vie ».

Au frère aîné resté debout, il adresse une injonction fraternelle et grave : « Quand les enfants d'une même mère tombent les uns après les autres, le village doit s'arrêter, écouter, comprendre et réparer. »


Malgré le désaccord implicite sur le lieu d'inhumation, le Pr Fouda a choisi de clore sa tribune non par la colère, mais par une bénédiction. « Va sans peur. Va rejoindre les tiens », a-t-il écrit à l'adresse de Consty Eka, avant de conclure dans la langue des ancêtres : « Biwog biwog bingoum bingoum. »
Un hommage qui unit le deuil personnel, la mémoire culturelle et l'interrogation d'une communauté sur elle-même — au moment où une de ses voix les plus connues s'éteint à des milliers de kilomètres de chez elle.