Actualités of Tuesday, 4 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Confidentiel : Paul Biya n'a consulté aucun officier avant les nominations

Les récentes promotions de généraux au Cameroun relèvent d'un mode de fonctionnement habituel d'un régime fortement présidentialisé, où les nominations sont préparées par un cercle restreint de hauts responsables avant d'être validées par le chef de l'État. La confidentialité entourant ces décisions vise à préserver le secret, à éviter les influences extérieures et à renforcer la loyauté des officiers promus.

AUTOPSIE DES NOMINATIONS SOUS FOND D’ALLÉGEANCE MUETTE

Dans l'orthodoxie administrative et la pratique des régimes hyper-présidentiels comme celui du Cameroun, la nomination d'un officier au grade de Général de Brigade sans consultation directe préalable par le président de la République est non seulement possible, mais constitue une modalité courante de gouvernement. L’esprit du cadeau surprise, alors que le général doit être exclusivement un homme méritant du corps par l’éloquence de sa trajectoire professionnelle — et non un homme assujetti à un régime ou un cartel!

LE MONOPOLE DE LA PLUME ET LE FILTRE DU "PREMIER CERCLE"

Dans un système où le chef de l'État est physiquement distant (ou en situation de vulnérabilité liée à l'âge), la "consultation" ne prend pas la forme d'un entretien physique dans le bureau présidentiel.

Les propositions de nomination sont centralisées et arbitrées par un triumvirat civilo-militaire ultra-restreint (Secrétariat Général de la Présidence, Cabinet Civil, et Ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense).

Le Président de la République est sollicité pour valider (par sa signature ou son accord dicté) une liste finale de profils déjà minutieusement triés. L'officier promu découvre souvent son élévation en direct lors de la lecture des décrets à la radio nationale (CRTV), sans avoir été formellement reçu ou consulté en amont.

L’IMPÉRATIF DU SECRET ET LA CULTURE DE LA SURPRISE

Dans la doctrine de sécurité du régime de Yaoundé, la surprise est une arme politique.

Consulter un colonel avant de le nommer général briserait le secret militaire. Cela ouvrirait la porte à des négociations, à des interférences de réseaux tribaux ou politiques, et à des fuites d'informations.

En apprenant sa nomination en même temps que le public, l'officier supérieur est placé devant le fait accompli de sa dette envers l'autorité signataire. Cela renforce psychologiquement sa subordination immédiate au pouvoir central.

LA LÉGITIMITÉ TERRITORIALE ET LE PACTE DE L’ALLÉGEANCE MUETTE

La légitimité d'un général ne découle pas d'un dialogue ou d'un consentement mutuel avec le Chef de l'État, mais d'une allégeance structurelle.
- Un officier de l'armée camerounaise (issu de l'EMIA) est éduqué dans la culture du "silence dans les rangs". Le grade est une prérogative exclusive du Chef des Armées.
- Être nommé sans être consulté n'est pas perçu comme un manque de considération, mais comme la preuve ultime que le "système" (l'appareil d'État) a observé, testé et validé la loyauté de l'officier à distance.

En clair, le Général Beko'o Abondo et les quatre autres généraux promus en août 2026 n'ont pas eu besoin d'être consultés. L'appareil d'État a produit ces décrets pour répondre à ses propres impératifs de survie et de verrouillage stratégique - le militaire n'étant pas un partenaire de négociation politique, mais l'exécuteur en chef de la sécurité du territoire et des institutions incarnées par des civils.

Loïc Kodjay