Dans une tribune vigoureuse, l’universitaire et homme politique camerounais Vincent Sosthène Fouda adresse une critique sévère à la Conférence des Évêques du Cameroun (CENC). Il l’accuse d’avoir adopté les travers du système politique en place, privilégiant la prudence, le silence et l’immobilité au détriment d’un engagement prophétique et social.
Fouda dépeint une institution ecclésiale déconnectée des souffrances du peuple, qui « vit de la foi des pauvres, mais ne porte plus leur fardeau ». S’appuyant sur la pensée des théologiens africains Jean-Marc Ela et Éloi Messi Metogo, il estime que l’Église camerounaise a perdu de vue sa mission fondamentale : être une voix pour les sans-voix et un ferment de justice.
Cette charge intervient dans un contexte où les attentes envers les autorités religieuses, comme repères éthiques, sont fortes au sein d’une population en quête d’espérance. L’intellectuel en appelle à un sursaut des prélats pour retrouver l’essence évangélique et sociale de leur vocation.
Le texte intégral de Vincent Sosthène Fouda :
« Il arrive que les Églises finissent par ressembler aux pays qui les abritent : mêmes lenteurs, mêmes silences, mêmes renoncements. Le Cameroun n’échappe pas à cette loi amère. Sa Conférence épiscopale, drapée de pourpre et de titres, avance parfois comme un cortège qui a perdu la route, incapable de reconnaître les chemins lumineux que la doctrine sociale de l’Église trace pourtant depuis des siècles.
Le Très Révérend Père Éloi Messi Metogo l’avait dit sans trembler :
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« Beaucoup n’ont jamais goûté la substance de l’Évangile social. Ils n’en connaissent que l’odeur lointaine. »
Et il disait vrai.
Car trop d’évêques marchent encore dans l’ombre, nourris non par la Parole vivante, mais par la pauvreté de ceux qui continuent, malgré tout, à croire en l’Église comme on croit à un miracle dans un désert sans fin.
Ils vivent de la foi des pauvres, mais ne portent plus leur fardeau.
On les voit, ces fidèles : femmes épuisées, hommes broyés par l’injustice, jeunes qui cherchent un sens dans un pays où l’espoir se trafique comme une marchandise rare. Ils viennent à l’Église comme on vient à un refuge. Ils espèrent y trouver la vérité, la justice, un souffle.
Trop souvent, ils ne trouvent qu’une porte entrouverte sur la prudence, la peur ou la complaisance.
Et pourtant…
L’Église n’est pas née pour bénir les puissants, mais pour déranger leur sommeil.
Elle n’est pas venue pour accompagner les cortèges officiels, mais pour marcher du côté des pieds nus, des oubliés, des humiliés.
Elle n’est pas un club fermé, mais une maison où les blessés devraient entrer sans frapper.
Quand les évêques oublient cela, ils ne trahissent pas seulement une doctrine :
ils trahissent l’Évangile.
Ils trahissent le peuple.
Ils trahissent cette braise fragile que les pauvres protègent encore entre leurs doigts brûlés.
L’Abbé Jean ETOUA alias Jean Marc ELA lui, aurait dit avec sa douceur qui coupe comme un couteau :
« Priez pour eux. Un évêque qui ne comprend plus la justice est un homme qui a oublié de pleurer. Et un homme qui ne pleure plus peut encore être sauvé. »
Oui, la Conférence des évêques du Cameroun ressemble parfois à ceux qui gouvernent le Cameroun : lente à écouter, rapide à se protéger, prudente jusqu’à l’immobilité.
Mais le peuple, lui, n’a pas renoncé.
Et Dieu encore moins.
Car l’Église n’est jamais plus vraie que lorsqu’elle se laisse réveiller par les pauvres.
Et le Cameroun n’est jamais plus digne que lorsqu’il se souvient que la justice n’est pas une faveur :
c’est une exigence.
C’est une prière.
C’est un combat. »









