Politique of Tuesday, 3 March 2026
Source: www.camerounweb.com
Le Prof Maurice Kamto et certains leaders du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) sont victimes de violentes attaques des partisans d’Issa Tchiroma depuis la présidentielle du 12 octobre 2026 du fait de leur refus de reconnaître la « victoire » le candidat. Une situation qui cache le vrai plan de démantèlement du MRC
Maurice Kamto doit-il reconnaître la victoire d’Issa Tchiroma ? L’absurdité de l’injonction des « Born Again »
Depuis quelque temps, une nouvelle confrérie numérique s’agite sur les réseaux sociaux. Je le appelle les « Born Again » : ces nouveaux apôtres apparus après la dernière élection présidentielle, unis par deux caractéristiques majeures — un revirement spectaculaire et une hostilité obsessionnelle envers Maurice Kamto et le MRC.
Sur TikTok, Facebook et ailleurs, ils transforment chaque espace numérique en séance de vaudou politique, où l’invective tient lieu d’argument et où l’agressivité remplace la réflexion. Beaucoup d’entre eux sont issus de la vague militante de 2018. Ce sont des profils minoritaires mais très bruyants, sans expérience politique réelle, propulsés sur le devant de la scène par la dynamique populaire créée autour de Kamto. Ils étaient hier admirateurs, ils sont devenus aujourd’hui procureurs, et ils soutiennent tous Issa Tchiroma.
Leur nouvelle croisade, c’est d’exiger de Maurice Kamto qu’il reconnaisse publiquement la victoire d’Issa Tchiroma Bakari, sous peine de « déconstruire son leadership ». Une injonction aussi burlesque qu’absurde, qui mérite une réponse ferme.
Commençons par rappeler quelques faits que certains voudraient effacer. En 2018, lorsque Maurice Kamto revendique ce qu’il considère comme sa victoire confisquée, Issa Tchiroma est l’un des piliers du régime RDPC. Ministre omnipotent, maître de la communication officielle, il mène une campagne médiatique féroce contre Kamto et promet publiquement son arrestation s’il persiste dans ses revendications. Kamto sera ensuite arrêté et passera neuf mois en prison avec ses collaborateurs. Certains militants ont perdu leur travail pendant cette période, et d’autres leurs vies. Pendant ce temps, Tchiroma justifiait ces crimes et défendait loyalement le système qui les perpétrait. Aujourd’hui, les nouveaux apôtres exigent de la victime de reconnaitre la victoire du bourreau. Quel paradoxe !
Après le rejet controversé de sa candidature, Maurice Kamto aurait pu choisir le repli. Il a fait l’inverse : il a cherché à unir l’opposition pour dégager un candidat consensuel. C’est ainsi qu’il reçoit Issa Tchiroma à son domicile, avec des membres de son équipe. Un geste d’ouverture rare dans une scène politique souvent dominée par la rancœur. Kamto tendait ainsi la main à celui qui avait contribué à le faire tomber en 2018. Et pourtant, malgré ce geste de bonne volonté, Issa Tchiroma n’a pas hésité à débaucher des cadres importants du MRC au tout début de la campagne, parmi lesquels Maître Emmanuel Sihm et Okala Ebode, ce dernier étant devenu depuis une figure majeure de la galaxie des « Born Again ». Si la victoire de Tchiroma avait été confirmée, ces cadres auraient probablement intégré son cercle de pouvoir, et le MRC, lui, aurait été fragilisé. On ne peut pas affaiblir un adversaire, tenter de démanteler son parti, puis exiger ensuite qu’il vienne bénir votre victoire.
Il est tout aussi difficile d’analyser objectivement la dernière séquence électorale sans reconnaître que la performance d’Issa Tchiroma s’est inscrite, en partie, dans une dynamique préexistante. Cette dynamique ne s’est pas construite en quelques mois. Elle résulte d’un travail méthodique d’implantation et de mobilisation mené pendant près de quinze ans par Maurice Kamto et le MRC, à travers la structuration d’un vaste réseau militant, la consolidation d’un électorat solide, et la fidélisation d’une base politique fortement engagée. Les résultats électoraux parlent d’eux-mêmes. Les meilleurs scores obtenus par Tchiroma apparaissent précisément dans des zones considérées depuis des années comme des bastions du MRC et de l’APC— notamment à Douala et dans le Wouri. Or, dans ces localités, le FSNC ne disposait d’aucun maillage organisationnel, ni d’aucun ancrage historique solide. Autrement dit, une partie significative du vote qui s’est porté sur Tchiroma s’est manifestement inscrite dans un environnement politique façonné par le travail antérieur du MRC. Cette réalité n’enlève rien à sa campagne, mais elle mérite d’être soulignée, pour mieux comprendre son ingratitude.
Dans ce contexte, on aurait pu s’attendre à une approche fondée sur la reconnaissance de la part de Tchiroma. Il opéré un choix différent. Des accusations publiques ont été portées par son directeur de campagne, affirmant, sans preuve, que Maurice Kamto aurait refusé leurs offres en raison d’un soutien supposé à Bello Bouba Maigari. Ces affirmations ont circulé dans l’espace médiatique et numérique, contribuant à installer le doute dans l’opinion publique. La publication annoncée d’un ouvrage du même directeur de campagne reprenant les mêmes accusations prolonge cette narration. À aucun moment, Issa Tchiroma ne s’en est publiquement désolidarisé. En politique, l’absence de clarification face à des affirmations controversées est perçue comme une forme d’adhésion implicite. Comment donc demander à Kamto de reconnaitre la victoire de quelqu’un qui choisit le silence lorsqu’on son entourage direct lui est si hostile ?
Le mois dernier, Issa Tchiroma a publié un communiqué qui semblait clairement répondre à la perspective annoncée d’une participation du MRC aux prochaines élections locales. Dans ce texte, il affirmait que tout parti choisissant de prendre part à ces élections devait être considéré comme un « parti traître ». Une position pour le moins risible pour quelqu’un qui a en effet participé à l’ensemble des consultations électorales depuis la création de son parti il y a près de trente ans. Dès lors, qualifier de « trahison » la participation électorale d’un autre parti politique — en l’occurrence le MRC — apparaît comme une lecture difficilement défendable sur le plan de la cohérence politique, et demander au leader d’un parti traitre de reconnaitre votre victoire l’est encore plus.
On ne peut pas reprocher à Maurice Kamto d’agir comme un homme politique guidé par une lecture rationnelle de ses intérêts et de son expérience. Sur le plan politique comme humain, la question est de savoir quel intérêt aurait-il à reconnaître la victoire d’un homme qui, en 2018, a participé au dispositif répressif ayant conduit à son arrestation, à ses neuf mois d’emprisonnement, ainsi qu’à la mort de ses militants ? Quel intérêt aurait-il à accorder une reconnaissance symbolique à quelqu'un qui n’a pas hésité, pendant la dernière campagne, à débaucher des cadres de son parti, contribuant ainsi à fragiliser son organisation ?
La question se pose d’autant plus que Tchiroma n’a pas hésité à l’accuser implicitement de trahison, alors qu’en 2020, lorsque le MRC avait choisi le boycott des élections locales, Maurice Kamto n’avait jamais qualifié de « traître » le FSNC pour avoir participé à ces scrutins. De même, pourquoi devrait-il poser un geste politique en faveur d’un leader dont le directeur de campagne le dénigre publiquement, sans que le principal concerné ne prenne la moindre initiative pour s’en distancer ?
Exiger de Maurice Kamto qu’il reconnaisse la victoire d’Issa Tchiroma pose une question élémentaire de cohérence. Aucun responsable du FSNC — pas même son unique sénateur — n’a, à ce jour, reconnu cette victoire. Mais il y a plus. La situation des deux hommes n’est pas symétrique. Kamto agit et s’exprime au Cameroun, dans un environnement hostile où l’histoire récente a montré que la contestation peut conduire à l’arrestation, à l’emprisonnement ou à la mort, comme ce fut le cas avec Anicet Ekane. Exiger aujourd’hui de lui une reconnaissance qui pourrait l’exposer davantage, alors que le concerné évolue depuis la Gambie où il vit tranquillement avec son entourage, dans un contexte de sécurité personnelle plus stable, revient à ignorer que les risques ne sont pas équitablement partagés.
Au fond, la question n’est pas de savoir si Maurice Kamto doit reconnaître la victoire d’Issa Tchiroma, mais pourquoi cette reconnaissance est devenue une obsession pour certains. Kamto n’est ni une institution, ni la cour constitutionnelle ; sa reconnaissance ne changerait rien à la réalité politique du pays. Son silence n’est donc pas une faute, mais une décision politique rationnelle et légitime.
Brice Nitcheu