Politique of Monday, 13 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Chantal Biya sur les pas de Grace Mugabe : le transfert du pouvoir par le lit

La dynamique entre Chantal et Paul Biya évoque aussi une tragédie personnelle et politique La dynamique entre Chantal et Paul Biya évoque aussi une tragédie personnelle et politique

Chantal Biya et Grace Mugabe ont toutes deux cherché à exercer ou à préserver le pouvoir politique à travers leur statut d'épouse du chef de l'État. Chantal Biya gouverne indirectement par l'intermédiaire de Ferdinand Ngoh Ngoh, dans un contexte marqué par la santé fragile de Paul Biya. Toute tentative de transmission du pouvoir fondée sur les liens familiaux ou conjugaux pourrait se heurter au rejet populaire.


Au Cameroun, l'ombre de Paul Biya, désormais âgé de 94 ans et affaibli par la maladie, est de plus en plus éclipsée par celle de sa femme, Chantal Biya. Dans un contexte politique où le pouvoir semble se mouvoir plus par la proximité personnelle que par une légitimité démocratique, le parallèle avec Grace Mugabe, l'épouse de l'ancien président zimbabwéen, devient frappant.

Grace Mugabe, surnommée "Gucci Grace" pour son penchant pour le luxe et le pouvoir, avait tenté d'imposer sa volonté politique en se positionnant comme héritière du trône après Robert Mugabe. Son ambition démesurée s'est heurtée à la résistance populaire, notamment lors des manifestations de novembre 2017, où un message clair résonnait dans les rues : « Être président ne se transmet pas sexuellement ». Ce cri collectif rappelait la nécessité d’une légitimité fondée sur la volonté du peuple, et non sur des liens familiaux ou conjugaux.

Dans ce contexte, Chantal Biya semble emprunter une voie similaire, mais avec des particularités qui lui sont propres. Par le biais de Ferdinand Ngoh Ngoh, son fidèle secrétaire général à la présidence de la République et homme de confiance, elle dirige le pays par procuration. Les déclarations de Ngoh Ngoh, souvent émaillées de formules telles que "sous hautes instructions du Chef de l'État", ne font que masquer la réalité d'un pouvoir exercé dans l’ombre.

La dynamique entre Chantal et Paul Biya évoque aussi une tragédie personnelle et politique. Alors que Grace Mugabe avait la volonté de pérenniser le règne de son mari, Chantal semble plutôt en mode de survie politique, tentant de maintenir une cohérence au sein d'un régime vacillant. Toutefois, sa tentative de reproduction de la réalité zimbabwéenne pourrait bien lui jouer des tours. La volonté du peuple camerounais, tout comme celle des Zimbabwéens en 2017, pourrait s’avérer être un obstacle difficile à franchir.

« Le leadership n’est pas transmissible sexuellement » pourrait se transformer en slogan emblématique au Cameroun si les citoyens choisissent de rejeter cette forme de gouvernance par procuration. Alors que Chantal Biya, forte de son rôle d’épouse, cherche à tirer profit de la fragilité de son époux, la résistance à une telle hérédité politique pourrait bien s'affirmer dans les mois à venir. Comme les manifestants zimbabwéens l'ont prouvé par le passé, la voix du peuple est souvent plus puissante que celles des dynasties, qu'elles soient biographiques ou matrimoniales.

Daniel Essissima