La plainte de Sabrina Djongang Ngongang est datée du 18 novembre 2024 et porte un cachet d'arrivée de la division de la Sécurité militaire (Semil) à cette même date. Dès le 19 novembre, une convocation portant les entêtes de la présidence de la République, du ministère de la Défense et de la division de la Semil est établie. Le document est signé sous l'autorité du Colonel Joël Émile Bamkoui, chef de division de la Semil qui est en poste en novembre 2024 et sera remplacé par le 5 avril 2025 par le colonel Melingui Nkolo.
L'objet de la plainte est explicite : « Enquête de sécurité, harcèlement sexuel sur personnel militaire féminin ». La convocation demande au Capitaine Effoudou Awussy Kenneth Donald de se présenter à la division de la Sécurité militaire dès réception du document, muni de ses pièces officielles. Sauf que le Colonel Bamkoui ne va pas poursuivre l'affaire.
Un autre élément attire l'attention. Sur la convocation officielle de la Sécurité militaire, le numéro de téléphone attribué au capitaine Effoudou est le 695177776. Une vérification effectuée à partir d'Orange Money avec exactement les mêmes neuf chiffres, 695177776, fait apparaître au moment d'initier une opération le nom « Wussy Ronald ». La correspondance numérique est donc exacte entre le numéro inscrit sur la convocation et celui saisi dans Orange Money.
Que s'est-il passé après la convocation ? C'est probablement aujourd'hui la question la plus importante de cette affaire. Les documents disponibles permettent d'établir l'existence d'une plainte et d'une convocation de la Sécurité militaire. Ils montrent donc qu'une démarche institutionnelle a bien été engagée en novembre 2024.
Mais près de deux ans plus tard, que s'est-il passé ? Le Capitaine a-t-il répondu à la convocation ? A-t-il été auditionné sur les accusations portées contre lui ? Sabrina Djongang Ngongang a-t-elle été entendue dans le cadre d'une procédure contradictoire ? Les personnes présentes au restaurant ou à l'hôtel mentionnés dans la plainte ont-elles été recherchées et auditionnées ? Les mouvements financiers éventuellement intervenus après les faits ont-ils été vérifiés ? Les données téléphoniques ont-elles été exploitées ? Le certificat médico-légal a-t-il fait l'objet d'une expertise ? Et surtout, le dossier a-t-il été transmis à une autorité judiciaire compétente ?
La Sécurité militaire doit dire où en est l'enquête. Une affaire de cette nature ne peut être traitée comme une simple querelle entre deux militaires. D'un côté, une sous-officière identifiée formule des accusations de violences sexuelles et affirme avoir été menacée professionnellement. De l'autre, un Officier est nommément mis en cause dans des faits extrêmement graves et doit bénéficier pleinement de la présomption d'innocence ainsi que du droit de présenter sa version. Entre les deux se trouve l'institution militaire, saisie depuis novembre 2024. Problème, le Capitaine Effoudou Awussi a été radié de l'armée et s'est réfugié en France.









