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Actualités Criminelles of Wednesday, 3 November 2021

Source: Kalara

Cameroun : un des principaux acteurs du scandale des 274 lingots d’or arrêté

Un des principaux acteurs du scandale des 274 lingots d’or arrêté Un des principaux acteurs du scandale des 274 lingots d’or arrêté

Recherché depuis la fin de l’année dernière, M. Nana Kamdoum Félix, l’un des principaux bénéficiaires des 5 milliards de francs mobilisés pour l’achat des 218 kg d’or controversés, a été cueilli à Douala et transféré à Yaoundé. Mais, jusqu’à la semaine dernière, il n’avait pas été présenté au procureur de la République. Pourquoi ?

L’affaire des 274 lingots, d’or, qui avait donné lieu dans la première moitié de cette année à un procès controversé devant le Tribunal de première instance (TPI) de Yaoundé centre administratif (CA), a-t-elle été relancée en sourdine ? Kalara a en tout cas appris de sources concordantes que M. Nana Kamdoum Félix, l’un des principaux acteurs de ce dossier, que la police disait en fuite, a été interpellé la semaine dernière à Douala par des éléments de la Division régionale de la police judiciaire.

Le concerné a été transféré quatre jours plus tard à Yaoundé, sauf qu’en fin de semaine dernière, il n’y avait encore aucune trace le concernant au parquet près le Tribunal de première instance (TPI) de Yaoundé, centre administratif, où le procureur de la République devrait l’accueillir. Une situation quelque peu curieuse au regard de ses antécédents avec la police judiciaire.

Considéré comme l’un des principaux bénéficiaires des transactions financières faites dans le cadre de l’acquisition des 218 kg de lingots d’or en cause, M. Nana Kamdoum avait sur son dos un avis de recherche au même titre que son acolyte, un certain M. Hissein Mohamed Sadou alias Général, de nationalité centrafricaine, présenté comme le fournisseur des minerais querellés, lui aussi déclaré en fuite par la police.

Sans ces deux personnes, les seules parmi tous les protagonistes de l’affaire à savoir peut-être l’origine véritable des lingots d’or au centre du scandale, l’enquête policière avait été incomplète. Leurs versions des faits avaient donc grandement manqué au cours d’un procès précipité et sans doute nuisible à l’image de la justice. D’ailleurs, comme pour pallier l’absence de M. Nana Kamdoum, la police avait fini par arrêter son épouse. Qui avait été jugée avant d’être élargie…

Pour bien comprendre l’importance de M. Nana Kamdoum dans le scandale des 218 kg d’or, un petit rappel des faits s’impose.

Début novembre 2020, deux hommes d’affaires Canadiens, Charles Verville, 59 ans, et son fils, Luc Verville, 28 ans, étaient arrivés au Cameroun dans le cadre d’un voyage d’affaires. Associés à hauteur de 24% chacun d’une société à responsabilité limitée (Sari) dénommée CX Trading Cameroun qui avait pour gérant et principal promoteur (52% des parts) un certain Olivier Happy Tchankou, les deux Canadiens revenaient au Cameroun dans le principal but d’acheter de l’or.

Leur société, CX Trading, était déjà détentrice d’un agrément pour l’achat et la commercialisation des substances minérales. Accompagnés par leur partenaire Camerounais, M. Happy Tchankou, les Verville vont acquérir en tout 218 kg d’or auprès de Hissein Mohamed Sadou alias Général, qui était en constante compagnie avec M. Nana Kamdoum.

Faux et usage de faux…
En fait, sur les sommes mobilisées via le compte bancaire de CX Trading, une bonne partie va atterrir dans l’un des comptes bancaires personnels de M. Nana Kamdoum dans le cadre du paiement des 100 premiers kilogrammes d’or achetés. Ainsi, un virement de 600 millions de francs avait été fait le 5 novembre 2020 du compte de CX Trading Cameroun à Afriland First Bank vers le sien.

D’autres transactions financières ont été faites en espèces ou alors entre des comptes bancaires ouverts en dehors du Cameroun, notamment par les Canadiens directement, au moment de régler la seconde cargaison d’or qu’ils ont achetée directement entre les mains des fournisseurs, sans plus bénéficier de l’appui de M. Happy Tchankou, tout au moins dans la phase de finition de cette acquisition. Au total, c’est un peu plus de 5 milliards de francs qui auraient été mobilisés pour les 218 kg d’or.

L’affaire capote lorsque les Canadiens doivent sortir du Cameroun avec leurs colis, rangés dans «deux caisses noires sécurisées» et trois valises. Sur la route de l’aéroport international de Yaoundé – Nsimalen où un jet privé les attend pour les transporter aux Emirats Arabes Unis, Luc et Charles Vervillé sont interpellés par des éléments de la Division régionale de la police judiciaire du Centre (Drpjc) alertés par le procureur de la République. Ils sont en possession de faux documents dont ils devaient se servir pour traverser la frontière.

Ils feront de ce fait l’objet, avec M. Happy Tachnkou, d’une enquête policière pour «tentative d’exportation illégale des produits miniers en violation de la réglementation minière», «faux et usage de faux en écritures publiques et authentiques», puis «contrefaçon». Cette procédure va quasiment échapper à un moment au procureur de la République, qui|’a.,. déclenchée, avec l’entrée en scène du Délégué général à la Sûreté nationale lui-même, puis d’autres membres du gouvernement.

Initialement gardés à la Drpjc, les colis contenant les lingots d’or sont déplacés vers le cabinet du patron de la police, sans être scellés selon les règles de l’art. Confiés au ministre chargé des mines pour que leur valeur soit déterminée afin que le calcul des sommes dues aux caisses publiques soient calculées, ce que tous les acteurs du dossier considèrent sans aucun doute comme des lingots d’or va changer de nature.

En tout cas, l’expertise conclut qu’il s’agit plutôt d’alliage d’autres métaux recouverts d’une fine couche d’or, que personne ne verra du reste. Experts des substances minières, les Verville vont être obligés d’accepter qu’ils se sont faits escroquer par leur partenaires camerounais, M. Happy Tchankou et certaines des personnes qu’ils ont rencontrées sur place.

Les Canadiens seront remis en liberté, au moment où l’enquête s’oriente vers ceux qu’on présente comme leurs bourreaux, notamment M. Nana Kamdoum et M. Hissein Mohamed Sadou alias Général.

Sans que personne ne sache comment il s’est retrouvé au contact du Dgsn, un certain Yaya Serges Merlin, qui avoue des liens tantôt avec le beau-père du chef de l’État, tantôt avec un général en service à la présidence de la République, notamment, fera des déclarations tonitruantes et non moins incohérentes à la police judiciaire, qui laissent penser à une probable opération de criminalité financière masquée.

Il déclare que les Camerounais impliqués dans l’affaire de l’or ont des accointances avec la BAS (Brigade anti-sardinards), sont des «ennemis de la nation», qui bénéficieraient êtes soutiens auprès des forces de l’ordre, notamment la Sécurité militaire…

Financement du terrorisme?
Les déclarations de M. Yaya Serges Merlin, qui est interrogé par la police judiciaire sous ce nom et avec une «attestation de perte de carte nationale d’identité», alors qu’il s’appelle en réalité Tckounkeu Serges, vont guider la suite de la procédure judiciaire. Mais, alors qu’il est bien cerné par la police, qui a été mise à ses trousses pour l’interpellé, M. Nana Kamdoum lui échappe de façon quasi-miraculeuse. Son épousé est interpellée.

Elle va retrouver M. Happy Tchankou en prison. C’est en compagnie de ce dernier notamment qu’ils seront jugés. Le gérant de CX Trading Cameroun écope de 6 ans de prison pendant que Mme Nana est relaxée. Pendant toute la période du procès, les avocats de ses coaccusés s’étonnent de voir M. Nana Kamdoum aller et venir souvent en bonne compagnie… Comme si la police avait renoncé à l’interpeller.

Que s’est-il passé la semaine dernière pour qu’il redevienne une cible pour la police, au point où celle-ci est parvenu finalement à le cueillir ? Difficile pour l’instant de savoir, d’autant plus qu’il n’a pas été directement présenté au procureur de la République, selon les recoupements faits par Kalara auprès des sources concordantes.

Ce qui est sûr, c’est qu’avec l’interpellation des Verville, au Cameroun, les autorités consulaires canadiennes étaient intervenues auprès du gouvernement pour sauvegarder les intérêts des leurs compatriotes. Ces interventions diplomatiques ont-elles eu d’autres suites en dépit du verdict du TPI de Yaoundé – CA ? La question reste posée.

Dans les milieux judiciaires où Kalara a enquêté, certaines sources pensent qu’une nouvelle enquête a été ouverte au sujet de l’affaire des 274 lingots d’or, mais dans le sens de rechercher si les milliards de francs qui ont transité dans certains comptes, n’avaient pas pour réel destination, le financement du terrorisme au Cameroun. Pris ainsi, M. Nana Kamdoum est un client sans doute intéressant, lui qui a capté une bonne partie de l’argent venu du Canada.

Les supputations des milieux judiciaires se nourrissent beaucoup d’un constat : l’interpellation de M. Nana Kamdoum aurait été faite par des hommes de confiance de M. Mbarga Nguele. Et le secret qui entoure sa présence à Yaoundé, participerait de la même logique. Même si peu de monde est convaincu jusqu’à présent que les lingots d’or saisis entre les mains des Canadiens, n’étaient pas (te l’or pur. Des nouveaux rebondissements ne sont pas exclus.

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