Actualités of Tuesday, 11 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Cameroun : comment le pari perdant des producteurs de cacao a coûté 840 milliards de F CFA à la filière

La campagne cacaoyère 2025-2026, achevée à la mi-juillet, restera comme l'une des plus décevantes de ces dernières années pour le Cameroun. Selon des révélations de Jeune Afrique, ce recul spectaculaire s'explique moins par un problème de production que par un pari collectif perdu : celui de dizaines de milliers de cultivateurs ayant choisi d'attendre une remontée des cours qui n'est jamais venue.



D'après les chiffres rapportés par Jeune Afrique, les exportateurs camerounais n'ont commercialisé que 125 468 tonnes de cacao au cours de la campagne écoulée, soit 66 544 tonnes de moins que lors de la campagne précédente — un recul de 35 %. Cette contre-performance s'est traduite par une chute de revenu de 840,6 milliards de F CFA, le total passant de 1 410,8 milliards à seulement 580,4 milliards de F CFA. La transformation locale n'a pas non plus été épargnée, avec un repli de 13,2 % des volumes traités et une perte de revenu de 156 milliards de F CFA pour cette filière, selon les données citées par Jeune Afrique.



Jeune Afrique explique ce comportement par le souvenir encore vif des deux campagnes précédentes, au cours desquelles le prix bord champ avait atteint un sommet de 6 000 F CFA le kilogramme en 2024. Nombre de producteurs auraient ainsi choisi d'attendre un retour à ces niveaux exceptionnels plutôt que de vendre à un prix moyen de 2 445 F CFA le kilogramme observé durant la campagne 2025-2026 — avec, il est vrai, un pic ponctuel à 4 300 F CFA. Selon Michael Ndoping, directeur général de l'Office national du cacao et du café (ONCC), cité par Jeune Afrique, la baisse drastique des prix intervenue en janvier a purement et simplement mis à l'arrêt les ventes internes, les producteurs continuant d'espérer une remontée des cours.



Jeune Afrique détaille également l'ampleur de la correction survenue sur le marché mondial : parti sur un cours élevé de 5 384 livres la tonne, ayant culminé à 5 786,67 livres à la mi-août, celui-ci a dévissé de 64 % jusqu'à la mi-février, pour retomber à 2 102,33 livres la tonne. La remontée amorcée dès la fin février n'a pas permis de compenser cette chute : le kilogramme se négociait encore autour de 2 705 F CFA en moyenne en juillet, loin des attentes des producteurs. Une cadre de l'ONCC, Michèle Akamba Ava, confirme auprès de Jeune Afrique que cette baisse des cours mondiaux a directement pesé sur les contrats à l'export et sur le prix reversé aux producteurs.



Selon Jeune Afrique, cet attentisme, partagé par la majorité des quelque 400 000 cultivateurs que compte le cinquième producteur mondial de cacao, s'est traduit concrètement par l'arrêt des ventes ou la rétention prolongée des stocks. La production commercialisée en a directement pâti, reculant de 20 % pour s'établir à 247 914 tonnes, contre 309 518 tonnes lors de la campagne précédente — illustrant, selon le média, combien un comportement spéculatif à l'échelle d'une filière entière peut amplifier les effets d'une simple correction de marché.