Actualités of Thursday, 5 March 2026

Source: www.camerounweb.com

Cameroun : accusé d'avoir fabriqué des preuves contre Djeukam Tchameni et Ekane, Bruno Bidjang visé par une plainte

La plainte déposée le 24 février 2026 par Djeukam Tchameni Dominique depuis la prison centrale de Kondengui contre Bruno Bidjang Oba'a Bikoro François n'est pas anodine. Elle s'inscrit dans un contexte hautement explosif : celui des accusations portées contre Djeukam Tchameni lui-même et contre le défunt opposant Anicet Ekane, selon lesquelles des faux procès-verbaux d'ELECAM et du matériel militaire auraient été découverts à leurs domiciles, constituant selon le régime la preuve d'un projet de rébellion armée.


Dès son arrestation musclée dans la nuit du 24 octobre 2025 — opérée sans mandat, par une douzaine d'hommes armés et cagoulés qui ont investi son domicile à Douala-Bonabéri —, Djeukam Tchameni avait vu des accusations s'empiler contre lui. Son épouse, interrogée par Jeune Afrique, avait dénoncé une accumulation de chefs d'inculpation fluctuants : hostilité à la patrie, incitation à l'insurrection, atteinte à la sécurité de l'État, propagation de fausses nouvelles.

Quant aux armes et au matériel incriminants prétendument découverts à son domicile, son épouse avait été catégorique : « Aucune arme n'a été trouvée chez nous. Les photos diffusées sur les réseaux sociaux sont un grossier montage. » Des espèces en liquide — environ deux millions de FCFA — avaient par ailleurs disparu lors de la perquisition, sans jamais figurer sur la liste des biens saisis.


C'est précisément dans ce contexte de guerre informationnelle que le nom de Bruno Bidjang revient avec insistance. Activiste numérique notoire en faveur du régime de Paul Biya lors de la campagne présidentielle de 2025, il s'était illustré par des attaques frontales et répétées contre les membres de l'opposition sur les réseaux sociaux — ciblant en particulier les partisans d'Issa Tchiroma Bakary, dont Djeukam Tchameni était l'un des principaux architectes de campagne.

Selon les éléments qui ont motivé la plainte, Bruno Bidjang aurait joué un rôle actif dans la diffusion et l'amplification des accusations liées aux faux PV d'ELECAM et au matériel militaire prétendument saisi, contribuant à forger dans l'opinion une image de comploteurs contre l'État pour des hommes que leurs proches présentent comme des prisonniers politiques.


La démarche de Djeukam Tchameni est d'abord un acte politique fort : un prisonnier qui, depuis sa cellule, retourne l'arme judiciaire contre celui qu'il considère comme un rouage de sa mise en détention. Mais les observateurs du paysage judiciaire camerounais restent sceptiques quant aux chances d'aboutissement de cette procédure.

Bruno Bidjang est en effet réputé pour bénéficier de la protection de figures influentes du régime Biya, en récompense de ses années de loyauté militante. Dans un système où la justice peine à s'affranchir des injonctions du pouvoir exécutif, une plainte initiée depuis Kondengui par un opposant politique a peu de chances de se concrétiser en arrestation.