Actualités of Friday, 14 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Cameroun : à Foumban, en 1961, les germes d'une fédération déjà déséquilibrée

Soixante-cinq ans après les négociations qui ont donné naissance à la République fédérale du Cameroun, un retour aux sources s'impose pour comprendre les racines du débat fédéraliste qui continue d'agiter le pays. Une enquête de Jeune Afrique, consacrée à l'histoire de la Constitution fédérale de 1961, révèle à quel point l'accord scellé à Foumban portait déjà en lui les germes d'un déséquilibre entre les deux parties prenantes.

Un texte préparé unilatéralement, imposé à la table des négociations

Selon Jeune Afrique, c'est le président Ahmadou Ahidjo qui arrive à Foumban avec un projet de Constitution fédérale entièrement rédigé, élaboré en amont avec des experts français — une surprise de taille pour la délégation anglophone emmenée par John Ngu Foncha, qui découvre le texte sur place. L'enquête précise que, pour cette délégation, le fédéralisme ne devait être qu'un moyen de transférer l'essentiel du pouvoir vers les futurs États fédérés, l'échelon central devant rester largement honorifique — une vision manifestement en décalage avec le texte proposé par Ahidjo.

Des concessions de façade, un rapport de force déjà déséquilibré

Jeune Afrique détaille les quelques amendements obtenus par la délégation anglophone au terme de trois jours de négociations serrées : la disparition du mot « indivisible », le maintien de la « House of Chiefs », ou encore l'élection au suffrage universel du président et du vice-président. Mais l'enquête est sans ambiguïté sur le résultat final : le texte adopté le 14 août 1961 restait, selon Jeune Afrique, « plus proche des idées d'Ahidjo que de celles de Foncha » — un déséquilibre initial qui explique en partie la trajectoire ultérieure du pays vers l'État unitaire, actée par référendum dès 1972.



Ce que cette plongée historique documentée par Jeune Afrique met en lumière, c'est que le débat fédéraliste actuel ne surgit pas d'un vide politique : il puise directement dans un compromis fondateur déjà déséquilibré en défaveur de la partie anglophone, dont l'effacement progressif, de 1961 à 1972, continue d'alimenter aujourd'hui le sentiment de marginalisation à l'origine de la crise anglophone.