Actualités of Thursday, 5 March 2026
Source: www.camerounweb.com
Qui est l'homme que des agents de la DGRE ont, selon ses propres déclarations, arrêté de force à son domicile le 25 octobre 2025, à la veille de la proclamation des résultats de l'élection présidentielle ? Le Professeur Jean Calvin Aba'a Oyono, enseignant à l'Université de Yaoundé II et spécialiste de droit public, n'est pas un inconnu dans le paysage intellectuel et politique camerounais.
Dans le recours gracieux qu'il vient d'adresser au Directeur Général de la Recherche Extérieure, il assume sans détour ses engagements : il se décrit comme « un universitaire à la libre pensée, connu et reconnu, qui assume ses propos et n'entend nullement faire preuve de lâcheté intellectuelle », et revendique d'avoir « pris fait et cause » pour des opposants politiques de renom, dont Maurice Kamto et Issa Tchiroma Bakari.
C'est précisément ce positionnement qui, selon lui, expliquerait son enlèvement. Il soutient avoir été arrêté préventivement, avant la proclamation des résultats de la présidentielle, pour le « museler ». Un timing qu'il juge révélateur d'un « motif suffisant qui masque mal le déguisement des ressorts politiciens de l'ordre donné aux agents ». Le chauffeur de son véhicule de capture lui aurait d'ailleurs clairement signifié le motif réel de l'opération, en lui intimant de ne plus jamais « insulter Paul Biya à la télé ».
Au-delà du cas personnel, c'est une question de fond que soulève le Professeur Aba'a Oyono : un service de renseignement peut-il, sous couvert de ses missions, réduire au silence un citoyen, fût-il un opposant notoire ? Il répond lui-même par le droit : « Le droit administratif que j'enseigne dans les amphithéâtres est celui-là même qui canalise l'action publique de la DGRE, ni plus, ni moins. »
Sa bataille judiciaire, chiffrée à 3 milliards de FCFA, s'annonce comme un test grandeur nature des limites de l'État de droit au Cameroun.