Actualités of Sunday, 25 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Cameroon Memoria veut rendre visibles les décès que l’État ne compte pas

Créer un pont entre une information détenue par les familles et les professionnels funérairesCréer un pont entre une information détenue par les familles et les professionnels funéraires

Le Cameroun tente de combler une lacune statistique majeure : une grande partie des décès survenus dans les familles, les communautés ou certaines morgues ne rejoint jamais les registres publics. Un protocole signé le 23 octobre à Yaoundé veut transformer ces événements invisibles en données utilisables.

Le mémorandum associe le ministère de la Santé publique, le Bureau national de l’état civil et l’opérateur de la plateforme Cameroon Memoria. L’ambition n’est pas seulement de publier des avis de décès en ligne.

Il s’agit de créer un pont entre une information détenue par les familles et les professionnels funéraires, d’une part, et les institutions chargées de certifier, enregistrer et exploiter les données de mortalité, d’autre part. La proportion de décès officiellement enregistrés resterait inférieure à 10 %, selon les chiffres relayés lors de l’annonce. Ce taux devra être confirmé par les signataires avant publication définitive.

L’enjeu dépasse l’état civil. Sans données complètes, le pays mesure mal les causes de mortalité, les écarts territoriaux et les besoins sanitaires. Les budgets hospitaliers, la surveillance épidémiologique et les politiques de prévention reposent alors sur une image partielle. La loi camerounaise de 2024 sur l’état civil a renforcé l’obligation de déclarer les événements vitaux. Mais la règle juridique ne résout ni l’éloignement des services, ni le coût des démarches, ni la circulation lente des documents entre hôpitaux, communes et administrations centrales.

La réussite du dispositif dépendra de trois garanties : la protection des données familiales, la vérification des informations et l’interopérabilité avec les registres publics. Une plateforme commerciale ne peut se substituer à l’acte officiel.

Elle peut, en revanche, devenir un canal d’alerte ou de pré-déclaration si les responsabilités sont précisément définies. Le projet sera donc jugé moins sur le nombre d’avis publiés que sur sa capacité à produire des certificats fiables, à réduire les délais et à rendre la statistique de mortalité enfin exploitable.