Au-delà de l'histoire, une enquête de Jeune Afrique consacrée au débat fédéraliste camerounais met en lumière une trajectoire politique frappante : plusieurs figures majeures de l'opposition n'ont adopté le fédéralisme comme ligne officielle qu'après avoir épuisé d'autres stratégies pour accéder au pouvoir — une observation qui interroge sur la sincérité, ou du moins le calendrier, de ces ralliements.
Jeune Afrique documente avec précision l'évolution de la position de Maurice Kamto et de son parti, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) : rejetant encore explicitement le fédéralisme en janvier 2017 au profit d'un « dialogue républicain apaisé », le MRC opère un virage complet trois ans plus tard, en 2020 — soit après l'échec de Kamto à la présidentielle de 2018 — pour se déclarer favorable à un fédéralisme à plusieurs États, allant jusqu'à organiser une tournée d'information aux États-Unis et au Canada pour nourrir sa réflexion sur le sujet.
Tchiroma, du porte-parole du régime unitaire au candidat fédéraliste
Plus frappant encore, selon Jeune Afrique : le parcours d'Issa Tchiroma Bakary, longtemps porte-parole du gouvernement de Paul Biya puis ministre, avant de se porter candidat de l'opposition à la présidentielle de 2025. L'enquête relève qu'il a fini, dans son « Manifeste de transition », par prôner lui aussi un retour au fédéralisme — une position radicalement opposée à celle qu'il a défendue pendant des années au sein même du gouvernement dont il était l'un des porte-voix les plus fidèles.
Jeune Afrique souligne enfin, par la voix d'un acteur de l'opposition resté prudent, que ce ralliement généralisé au principe du fédéralisme masque en réalité un flou considérable sur ses modalités concrètes : deux États calqués sur la fracture anglophone-francophone, ou un découpage plus fin incluant le septentrion et l'Ouest ? Un flou que l'enquête interprète comme le signe que ce ralliement au fédéralisme relève peut-être moins d'une conviction institutionnelle mûrement réfléchie que d'un slogan fédérateur, capable de rallier des soutiens divers sans jamais avoir à en assumer les arbitrages les plus sensibles.









