Actualités of Saturday, 19 September 2026
Source: www.camerounweb.com
Les liens familiaux, matrimoniaux, politiques et économiques autour de la famille Biya-Mvondo sont dévoilés. Le mariage de Franck Emmanuel Biya avec Virginie Baroux, ancienne épouse de Bonaventure Mvondo Assam, neveu de Paul Biya, ainsi que le parcours politique et économique de ce dernier.
Le sang est plus épais que l’eau. Il existe au Cameroun des histoires qui, à elles seules, résument tout un système : les liens du sang, les fidélités familiales, les alliances matrimoniales et, par-dessus tout, la proximité avec le pouvoir.
Chez les Biya-Mvondo, certaines histoires familiales sont à ce point imbriquées qu’elles donnent parfois le sentiment que la politique, les affaires et les relations sentimentales se jouent sur le même échiquier.
Pour comprendre cette étrange mécanique, commençons par une savoureuse histoire de « nioxage ».
L’artiste camerounais Petit-Pays fut un jour convié, avec plusieurs autres musiciens africains, par la présidence gabonaise, à venir se produire devant un parterre de chefs d’État réunis au grand complet à l’occasion de la clôture d’un sommet de l’OUA, alors présidée par le Gabon d’Omar Bongo.
Lorsque le Camerounais monta sur scène, il se mit à entonner l’un de ses tubes de l’époque : « Yaaaaaa ! À vous les courageux ! Nioxez, nioxez, nioxez ! Abidjan oh ça nioxe, Abidjan ça nioxe ! Compaoré ! »
Dans la salle, Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, esquissa, paraît-il, un sourire pour le moins embarrassé.
Mais le sang de l’hôte des lieux, Omar Bongo, ne fit qu’un tour.
Selon cette anecdote, le président gabonais bondit comme un ressort, monta sur scène, arracha le micro des mains de l’artiste et lui lança, d’un ton comminatoire :« Va nioxer au Cameroun ! »
Que l’on considère cette scène comme une anecdote de palais ou comme un souvenir authentique, elle nous fournit surtout le mot qui nous intéresse ici : « nioxe ». Cela dit, passons aux choses sérieuses.
Quand les histoires de cœur rencontrent celles du pouvoir
Paul Biya épousa Chantal Pulchérie Vigouroux en 1994, quelques années après la disparition de sa première épouse, Jeanne-Irène Biya.
Mais une autre histoire, beaucoup plus singulière, concerne son fils aîné, Franck Emmanuel Biya, et nous ramène directement au cœur de la famille Mvondo.
Franck Emmanuel Biya a épousé en secondes noces Virginie Baroux aux Seychelles en novembre 2009. Or Virginie Baroux était auparavant l'épouse de Bonaventure Mvondo Assam, le neveu de Paul Biya. Cette relation familiale et matrimoniale a été rapportée à plusieurs reprises dans la presse camerounaise et figure également dans des notices biographiques consacrées à Mvondo Assam.
Autrement dit, par le mariage, Virginie Baroux est passée de l'entourage matrimonial de Bonaventure Mvondo Assam à celui de Franck Emmanuel Biya.
Et ce n’est pas un détail lorsqu’on observe la structure de cette famille.
Car Bonaventure Mvondo Assam, plus connu sous le surnom de « Bonivan », n’est pas n’importe qui dans la galaxie familiale.
Il est le fils de Benoît Mvondo Assam, frère aîné de Paul Biya. Il est donc le neveu du président de la République. Des sources biographiques indiquent également qu’il a été élevé dans l’entourage de son oncle Paul Biya et de Jeanne-Irène Biya. Il est ensuite devenu député du RDPC dans le Dja-et-Lobo.
Dans les sociétés traditionnelles du Sud-Cameroun, les liens de parenté ne se pensent d'ailleurs pas toujours selon les catégories occidentales de « cousin », « cousine », « frère » ou « sœur ». Le vocabulaire de la parenté est souvent beaucoup plus englobant. Mais chez les Biya-Mvondo, cette proximité familiale ne s’est pas limitée aux liens du sang. Elle s’est prolongée dans la politique, les affaires et, désormais, dans les alliances matrimoniales.
Bonivan, le neveu du président
Bonaventure Mvondo Assam a également développé des activités économiques, notamment dans le secteur minier. Sa société Codias SA est associée à un projet d’exploitation industrielle de l’or au Cameroun. Des sources récentes rapportent notamment qu’un permis d’exploitation a été accordé à Codias et que l’État camerounais détient une participation dans le projet à travers la Sonamines.
Mais c’est surtout son influence supposée auprès de son oncle qui alimente les récits politiques le concernant.
Certaines publications l’ont présenté comme un homme très proche du chef de l’État, capable de lui transmettre des informations politiques et de jouer un rôle dans la surveillance des ambitions de certains responsables du régime.
Il existe, sur ce point, un élément concret : en 2008, Bonaventure Mvondo Assam adressa à Paul Biya une correspondance dans laquelle il mettait notamment en cause les ambitions politiques de Marafa Hamidou Yaya.
Marafa contesta ces accusations et demanda qu’elles soient vérifiées.
Voilà le fait documenté.
Le reste — notamment les récits qui font de « Bonivan » le véritable patron officieux des services de renseignement ou qui lui attribuent une organisation personnelle de collecte de renseignements dans les bars, hôtels et restaurants de Yaoundé — relève davantage du récit politique et des accusations circulant autour du pouvoir Biya. Il faut donc savoir distinguer les deux.
Quand la famille devient un réseau
C’est précisément là que l’histoire des Biya-Mvondo devient fascinante. Paul Biya est à la tête du pays depuis 1982.
Autour de lui gravitent des membres de sa famille, des proches, des alliés politiques, des hommes d’affaires et des personnalités dont les trajectoires se croisent parfois de manière spectaculaire. Et au milieu de cette constellation apparaît Virginie Baroux. Ancienne épouse de Bonaventure Mvondo Assam, elle devient en 2009 l'épouse de Franck Emmanuel Biya.
On comprend alors pourquoi cette histoire familiale a autant fait parler. Car lorsqu’un ancien conjoint appartient lui-même à la famille présidentielle, le remariage ne peut être regardé comme une simple affaire privée par ceux qui observent le fonctionnement du pouvoir.
Le mariage devient, malgré lui, un révélateur des extraordinaires enchevêtrements qui existent entre les différentes branches de cette famille.
Et c’est ici que le « nioxe » prend tout son sens. Chez Petit-Pays, « nioxer » était une plaisanterie musicale. Chez les Biya-Mvondo, le mot devient presque une métaphore. On pourrait presque résumer ainsi cette histoire : un président épouse Chantal ; son fils Franck épouse Virginie Baroux, l’ancienne épouse de son cousin Bonaventure Mvondo Assam ; Bonivan, le neveu du président, devient député et homme d’affaires ; et chacun de ces personnages évolue dans une même constellation familiale où se mêlent pouvoir, politique, affaires et relations personnelles.
Le tout donne une impression de cercle fermé où les destins finissent toujours par se rejoindre.
Le sang est plus épais que l’eau. Et, au Cameroun, lorsqu'il s'agit de la famille présidentielle, il arrive même que les alliances matrimoniales viennent compléter les alliances politiques.
Alors, pour reprendre le refrain de Petit-Pays : « Nioxez, nioxez, nioxez… »
Mais cette fois, le refrain ne parle plus seulement de musique.
Il raconte une certaine manière de faire famille autour du pouvoir. Paul Biya a pris la femme de Franck. Franck a pris la femme de son frère Bonivan, qui lui-même a confisqué le terrain de Dame Calixthe.
JPD