Actualités of Tuesday, 6 October 2026

Source: www.camerounweb.com

CNC–VISION 4 : Le bras de fer avec René Sadi ramène Dion Ngute, au centre du débat

Le bras de fer entre le CNC et le ministre René Emmanuel Sadi, autour du rétablissement de Vision 4 par Canal+ relance la question des compétences respectives des institutions de régulation des médias au Cameroun. Dans une correspondance du 6 octobre 2026, le président du CNC demande une nouvelle coupure du signal, estimant que la chaîne a été rétablie malgré sa sanction.

Le Conseil national de la communication exige une nouvelle coupure du signal de Vision 4, rétabli après l’intervention du ministre de la Communication. Derrière cette confrontation, le décret du 23 janvier 2012 éclaire une question centrale : qui peut intervenir dans les décisions du régulateur ?

La bataille autour de Vision 4 dépasse désormais le sort d’une chaîne de télévision. Elle expose un désaccord entre le Conseil national de la communication (CNC) et le ministère de la Communication sur leurs compétences respectives. Canal+, destinataire de demandes contradictoires, se retrouve au milieu de cette confrontation institutionnelle.

Dans une correspondance datée du 6 octobre 2026, le président du CNC, Joseph Chebongkeng Kalabubsu, demande à Canal+ International de retirer à nouveau le signal de Vision 4. Il reproche au distributeur d’avoir réactivé la chaîne malgré la décision du Conseil et sa précédente correspondance du 1er octobre.

Le régulateur affirme avoir découvert ce rétablissement sur les réseaux sociaux. Il conteste également l’intervention ministérielle, revendiquant son statut d’autorité administrative indépendante et soutenant qu’il n’est pas placé sous la tutelle du ministère de la Communication. À défaut d’une nouvelle coupure, il annonce pouvoir engager des mesures réglementaires relevant de ses compétences, sans les préciser.

Cette démarche intervient après la lettre du 2 octobre par laquelle René Emmanuel Sadi demandait à Canal+ Cameroun de reprendre sans délai la diffusion de Vision 4. Le ministre invoquait notamment l’équilibre de l’espace médiatique, la préservation des emplois et les conséquences économiques de la suspension.

Le 5 octobre, le Groupe L’Anecdote annonçait le retour de sa chaîne sur les canaux 8 et 505 du bouquet Canal+. Son communiqué remerciait les pouvoirs publics et réaffirmait son soutien à Paul Biya. Cette déclaration ne constitue toutefois pas, à elle seule, la preuve d’une instruction présidentielle.

Un régulateur placé auprès du Premier ministre

Le décret n°2012/038 du 23 janvier 2012 apporte plusieurs repères. Son article 2 définit le CNC comme un organe de régulation et de consultation, doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière, placé auprès du Premier ministre. L’article 14 prévoit la transmission à celui-ci des rapports de session et du rapport annuel. L’article 20 inscrit également le budget du Conseil dans celui des services du Premier ministre et le soumet à son approbation.

Le texte reconnaît néanmoins un rôle au ministre de la Communication : l’article 10 lui permet de demander une session extraordinaire. L’article 6 confère au CNC un pouvoir de sanctions motivées, susceptibles de recours. Ces dispositions distinguent donc les responsabilités des acteurs. Elles ne prévoient pas expressément qu’une lettre ministérielle puisse annuler une sanction du Conseil. Le placement auprès du Premier ministre ne suffit pas davantage à établir une indépendance absolue à l’égard de l’exécutif.

Deux décisions à ne pas confondre

Le conflit actuel porte sur la suspension d'un mois prononcée contre Vision 4 lors de la session extraordinaire du CNC du 29 septembre 2026.

Il faut distinguer cette mesure de la décision du 18 août, visée par une ordonnance de sursis à exécution du tribunal administratif du Centre.
L'ordonnance produite concerne cette première décision : elle ne permet pas de conclure que la suspension de la chaîne du 29 septembre a elle aussi été annulée.

La clarification attendue porte désormais sur la base juridique du rétablissement du signal et sur les voies de contestation de la sanction.

Tant que cette articulation reste disputée, Canal+ reçoit deux demandes opposées et Vision 4 demeure au cœur d’une bataille dont l’enjeu est aussi la crédibilité de la régulation des médias.

Boris Bertolt