Au MINHDU Célestine Ketcha Courtes a hérité de plusieurs projets d’infrastructures déjà confrontés à des retards, des surcoûts et des difficultés de financement.
Célestine Kerchak Courtes et le cadeau empoisonné du MINHDU
« Il y avait quoi avant ? » Cette phrase de la ministre Célestine Ketcha Courtes lui a valu de nombreuses railleries. Elle est aujourd’hui associée, par certains de ses détracteurs, aux scandales rencontrés par plusieurs projets d’infrastructures du pays depuis son arrivée à la tête du MINHDU, le ministère chargé de l’habitat et de la transformation de l’espace de vie des populations en milieu urbain.
La nomination au poste de ministre est incontestablement la consécration d’un parcours politique ou professionnel, d’un engagement au service de l’État et, surtout, d’une marque de confiance du chef de l’État, qui fait du ministre un collaborateur chargé de contribuer à la mise en œuvre de sa politique.
Malheureusement, tous les cadeaux, même lorsqu’ils sont empreints de bonnes intentions, peuvent parfois s’avérer être des cadeaux empoisonnés. C’est ce qui semble illustrer le passage de Célestine Kerchak Courtes de la mairie de Bangangté au MINHDU.
Nommée ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine Kerchak Courtes a hérité d’un lourd passif. Elle arrive à la tête d’un département ministériel chargé de plusieurs grands projets d’infrastructures urbaines du pays, plusieurs années après le lancement de projets initiés par son prédécesseur, Jean-Claude Mbwentchou.
Autoroute Yaoundé-Nsimalen : un chantier lourd à porter
L’autoroute Yaoundé-Nsimalen, longue de 10,8 km, Célestine Kerchak Courtes hérite de ce dossier alors que les travaux connaissent des ralentissements, notamment en raison des retards liés aux indemnisations et de la hausse des coûts.
Le projet, dont le taux d’exécution avait été évalué à environ 72 % avant l'arrivée de Courtes avait déjà absorbé 105 milliards de FCFA, pour un chantier qui lors du démarrage était prévu pour 35 milliards de FCFA.
Malgré ce massif, l'autoroute a été été partiellement ouvert à la circulation en 2020.
Le 30 Novembre 2018, la CAF déclarait le Cameroun incapable d'organiser la CAN .Et pour cause, les chantiers dormants dans plusieurs villes du pays.
Le financement C2D destiné aux infrastructures connexes étant disponible dès l'arrivée de Courtes Ketcha, en 2022 le Cameroun relevait le défi.
La ville de Bafoussam avait bénéficié d’un financement de plusieurs dizaines de milliards de FCFA dans le cadre du C2D, destiné notamment à améliorer ses infrastructures dans la perspective de la CAN 2022.
Plusieurs années après l’éligibilité de la ville à ces financements, certains projets accusaient encore d’importants retards. L’arrivée de Célestine Kerchak Courtes au MINHDU a coïncidé avec une accélération de certains travaux, contribuant à modifier progressivement l’image de la ville.
Maroua, Garoua, Buea, Ebolowa, Yaoundé : une ministre très présente sur le terrain
Maroua, Garoua, Ebolowa, Yaoundé… Célestine Kerchak Courtes s’est rapidement distinguée par une présence régulière sur le terrain. Mais elle s’est également heurtée aux réalités économiques et financières du pays.Deux ans auparavant, le gouvernement avait déjà engagé le pays dans une nouvelle phase de rigueur budgétaire et de maîtrise des dépenses publiques, dans un contexte marqué notamment par les programmes avec le FMI.
Célestine Kerchak Courtes est une ministre dynamique et portée vers les projets. Elle dispose également d’un important sens du relationnel. Comme à la mairie de Bangangté, où elle avait participé à plusieurs programmes internationaux portant notamment sur l’énergie et l’eau, elle a multiplié les partenariats autour de projets de logements sociaux, de BRT, d’aménagement urbain et de gestion des déchets.
Lorsqu’elle était maire de Bangangté, elle avait notamment travaillé avec la Fondation Veolia sur les questions d’accès à l’eau. Avec l’ancienne ministre française Ségolène Royal, elle avait également développé des initiatives autour de l’électrification solaire.
Comment réaliser ces projets lorsque les ressources publiques sont limitées ?
La question mérite d’être posée : comment mettre en œuvre de grands projets lorsque les caisses de l’État sont sous pression, lorsque les priorités budgétaires sont fortement orientées vers le remboursement de la dette et lorsque les fonds de contrepartie nécessaires à certains projets deviennent difficiles à mobiliser ?
La situation est encore plus complexe lorsque les ressources initialement prévues pour un projet sont réorientées vers d’autres priorités.
C’est notamment ce que certains acteurs avancent au sujet des logements sociaux de Bankomo, où des financements qui auraient été mobilisés par Pizzarotti pour le projet auraient finalement été réorientés ailleurs.
Malgré ces contraintes, Célestine Kerchak Courtes n’a ménagé aucun effort pour tenter de concrétiser la vision du président Paul Biya en matière de logements sociaux, avec notamment l’objectif annoncé de construire 10 000 logements par an.
Logements sociaux : reprendre des projets laissés en chantier
Célestine Kerchak Courtes est arrivée au MINHDU quelques mois après que son prédécesseur, Jean-Claude Mbwentchiu, eut évoqué à l’Assemblée nationale les difficultés rencontrées dans le financement chinois de plusieurs projets de logements sociaux.
En quelques années, elle a poursuivi certains projets initiés avant son arrivée et lancé de nouvelles initiatives.
Le projet de valorisation du lac municipal de Yaoundé
Célestine Kerchak Courtes fait également l’objet de critiques concernant le projet de valorisation du lac municipal de Yaoundé.
Pourtant, ce projet avait été lancé plusieurs années avant son arrivée à la tête du MINHDU. Son financement, estimé à 38 milliards de FCFA, repose notamment sur des financements extérieurs. Une grande partie des engagements financiers avait été prise avant son arrivée.
Le projet a par ailleurs bénéficié d’un nouveau souffle avec un financement acté par un décret signé par le président de la République en juillet 2026.
Le projet de l’hôtel cinq étoiles du lac, dont la cérémonie de pose de la première pierre avait été présidée par le Premier ministre Joseph Dion Ngute en 2021, n’a toutefois toujours pas abouti.
L’entreprise belge International Infrastructure Development Group (IIDG), chargée du chantier, avait annoncé un partenariat de financement avec le groupe international Raison Blu. Après la pose de la première pierre, ce dernier aurait toutefois contesté son implication dans toute convention relative au projet.
Sur les réseaux sociaux, certains détracteurs tiennent Célestine Kerchak Courtes pour responsable de l’échec de ce projet, alors qu’il s’agissait initialement d’un projet à financement privé.
Yaoundé et Douala : le défi de l’insalubrité
Lorsqu’elle était maire de Bangangté, la ville était régulièrement citée parmi les villes les plus propres du Cameroun.
Après sa nomination au MINHDU, de nombreux Camerounais ont attendu de la voir reproduire cette expérience à Yaoundé et dans les autres grandes villes du pays.
Mais la gestion des déchets urbains reste largement dépendante des mécanismes de financement et des contrats conclus avec les opérateurs concernés, notamment HYSACAM.
Selon des informations recueillies dans le cadre de notre enquête, le contrat avec HYSACAM aurait été conclu dans un cadre institutionnel dépassant le seul MINHDU, le ministère étant notamment chargé de sa mise en œuvre.
Dans le prolongement des orientations du chef de l’État, notamment celles exprimées dans son discours de 2023, le MINHDU cherche également à renforcer la collaboration avec les collectivités territoriales décentralisées et les communautés locales.
Transformer le poison en vitamine
Célestine Kerchak Courtes ne pouvait refuser la confiance du président de la République et la responsabilité de servir les Camerounais à ses côtés.
Elle est arrivée au MINHDU avec de nombreux dossiers hérités de ses prédécesseurs, des contraintes financières importantes et des projets dont certains étaient déjà confrontés à des retards.
Son défi consiste désormais à transformer ces contraintes en opportunités et à faire avancer les chantiers qui lui ont été confiés.
Une chose est certaine : le parcours de Célestine Kerchak Courtes au MINHDU est désormais étroitement lié à la capacité du gouvernement à transformer les ambitions affichées en réalisations concrètes.
Et si cette confiance du chef de l’État devait, demain, la conduire vers de nouvelles responsabilités au sommet de l’État ?
Albin Michel Njilo









