Le président de la République recevra les vœux des corps constitués dans quelques jours. Une cérémonie institutionnelle qui, comme à chaque fois, soulève autant de questions qu'elle n'apporte de réponses. Gouvernement actuel ou remaniement surprise ? Retour de l'Ordre des Médecins ? À Yaoundé, chaque détail devient objet de spéculation politique.
Le Palais de l'Unité s'apprête à renouer avec l'un de ses rituels les plus scrutés. Selon plusieurs sources concordantes, le président Paul Biya recevra les vœux des corps constitués de la nation entre jeudi et vendredi prochains. Une séquence institutionnelle en apparence classique, mais qui, comme toujours dans la vie politique camerounaise, charrie son lot de signaux, de lectures en creux et de spéculations fiévreuses.
Aux manettes de l'organisation, on retrouve Samuel Mvondo Ayolo, directeur du Cabinet civil de la Présidence. Décrit par plusieurs sources proches du sérail comme l'« homme-orchestre » de cette grand-messe institutionnelle, il pilote déjà depuis plusieurs jours la mise en place logistique et protocolaire de l'événement.
Le fil conducteur de la cérémonie serait déjà ficelé, les invitations en cours de préparation, le protocole verrouillé dans ses moindres détails. Car au Palais de l'Unité, rien n'est laissé au hasard. L'ordre de passage, la composition des délégations, le temps de parole alloué à chacun, tout obéit à une chorégraphie minutieusement réglée où chaque geste, chaque présence, chaque absence, porte sens.
Mais au-delà de cette mécanique bien huilée, une question alimente toutes les conversations dans les couloirs feutrés du pouvoir : qui, exactement, présentera ses vœux au Chef de l'État ? S'agira-t-il de l'actuel gouvernement, ou bien d'une équipe remaniée à la dernière minute, nommée quelques heures seulement avant la cérémonie ?
L'hypothèse n'est pas farfelue. L'histoire politique camerounaise a déjà donné maintes fois l'exemple de ces remaniements-surprises, annoncés dans l'urgence, quelques heures avant une cérémonie officielle. Une méthode qui permet au président de la République de garder la main sur le tempo politique et de maintenir son entourage dans une forme d'attente permanente.
Dans ce ballet bien réglé, la présence ou l'absence de certains visages pourrait valoir message politique. Qui sera là, debout aux côtés du Chef de l'État ? Qui aura été écarté, remplacé, ou simplement déplacé dans l'organigramme ? Ces questions, apparemment anodines, sont en réalité au cœur des calculs et des inquiétudes de tout un microcosme.
Une chose, en revanche, ne fait guère de doute : les habitués institutionnels seront au rendez-vous. Organisations patronales, syndicats, ordres professionnels devraient, sauf surprise majeure, défiler pour adresser leurs vœux au président de la République. Le Groupement inter-patronal du Cameroun (GICAM), les centrales syndicales, le barreau, tous ces corps intermédiaires qui structurent la société civile camerounaise viendront, comme chaque année, réaffirmer leur allégeance institutionnelle au Chef de l'État.
Ces séquences, souvent très codifiées, sont aussi des moments d'observation attentive pour les analystes politiques. Qui parle le premier ? Qui bénéficie du temps de parole le plus long ? Quelle délégation est la plus fournie ? Tous ces détails, apparemment protocolaires, sont en réalité de précieux indicateurs sur l'état des rapports de force au sommet de l'État et dans la société camerounaise.
Un détail retient toutefois particulièrement l'attention cette année. Depuis plusieurs années, l'Ordre des Médecins du Cameroun n'est plus convié à cette cérémonie. Une absence remarquée, régulièrement commentée dans les milieux de la santé, surtout dans un contexte où les questions de santé publique occupent une place centrale dans le débat national.
Les raisons de cette mise à l'écart n'ont jamais été officiellement expliquées. Certains y voient les conséquences de tensions passées entre l'Ordre et les autorités sur la gestion de crises sanitaires ou sur des questions de régulation professionnelle. D'autres évoquent des conflits de personnes ou des désaccords sur la politique de santé du gouvernement.
La donne pourrait-elle changer en 2026 ? Rien n'est confirmé à ce stade, mais le simple fait que l'hypothèse circule dans les milieux informés en dit long sur l'attente et l'espoir de voir cette anomalie corrigée. Un retour de l'Ordre des Médecins à cette cérémonie serait interprété comme un geste d'apaisement et de reconnaissance du rôle central des professionnels de santé dans la vie nationale.
À Yaoundé, chacun retient son souffle. Car au-delà des formules de courtoisie et des vœux de circonstance, cette cérémonie est bien plus qu'un simple rituel républicain. Elle constitue un véritable baromètre politique, un moment où se dévoilent, même furtivement, les équilibres de pouvoir, les faveurs accordées, les disgrâces consommées.
Elle dit ce qui est, suggère ce qui pourrait venir, et laisse parfois entrevoir ce qui se prépare dans l'ombre. Un ministre présent mais relégué au dernier rang ? Un signal de mise à l'écart. Un nouveau visage étonnamment bien placé ? Une étoile montante à suivre. Une organisation absente alors qu'on l'attendait ? Un message politique qu'il faudra décoder.
Dans un système politique camerounais où la communication officielle reste souvent elliptique et où les décisions majeures sont prises dans le secret du Cabinet présidentiel, ces moments publics deviennent des fenêtres précieuses d'observation. Les observateurs politiques, les diplomates, les journalistes, tous scruteront avec attention chaque détail de cette journée.
D'ici jeudi ou vendredi, les spéculations continueront d'aller bon train. Les noms circuleront, les rumeurs de remaniement s'amplifieront, les hypothèses les plus diverses seront échafaudées dans les rédactions, les ambassades et les cafés de Yaoundé. Car c'est aussi cela, la vie politique camerounaise : une attente permanente, ponctuée de ces moments solennels où, parfois, les cartes sont rebattues.
Une seule certitude domine pour l'heure : au Palais de l'Unité, chaque détail compte. Et cette semaine, plus que jamais, le Cameroun observera qui s'avance sous les ors de la République… et qui reste à l'écart. Car dans ce théâtre politique aux règles non écrites mais parfaitement comprises par tous, les absences parlent souvent aussi fort que les présences.
La cérémonie des vœux 2026 au président Paul Biya promet donc d'être, une fois encore, bien plus qu'une simple formalité protocolaire. Elle sera un moment de vérité, un instantané du pouvoir camerounais, une photographie politique dont l'analyse occupera les commentateurs pendant les jours et les semaines à venir.









