Actualités of Tuesday, 17 February 2026
Source: www.camerounweb.com
Une correspondance confidentielle, datée du 16 février 2026 et signée de la main du Directeur Général du Port Autonome de Douala (PAD), Cyrus Ngo'o, révèle une situation de plus en plus intenable au cœur du premier port d'Afrique centrale. Pris en étau entre un contrat qu'il a lui-même signé et un gouvernement qui lui demande de le déchirer, le patron du PAD tente une manœuvre d'équilibriste qui risque de ne satisfaire personne.
Dans une lettre estampillée « CONFIDENTIEL », référencée N°000128/DG/PAD et adressée au Directeur Général de Transatlantic D. S.A., Cyrus Ngo'o demande la suspension partielle, « à compter de ce jour et jusqu'à nouvel ordre », de certaines clauses du Contrat de Concession conclu le 25 novembre 2025 entre le Port Autonome de Douala et Transatlantic D. S.A. Ce contrat portait sur l'inspection intégrale par scanner de l'ensemble des flux import/export transitant par le Port de Douala-Bonabéri.
Concrètement, le DG du PAD demande à Transatlantic D. S.A. de restreindre ses opérations de scanning aux flux non couverts par la société SGS S.A., à savoir le trafic vrac solide non conteneurisé traité dans les autres terminaux, ainsi que les véhicules, les conteneurs vides et les conteneurs hors-gabarit débarqués au Terminal à Conteneurs. En clair : Transatlantic D. S.A. hérite des miettes que SGS ne voulait pas, tandis que la société historique conserve le cœur de son activité.
La correspondance précise que cette décision s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des directives du Premier Ministre, Chef du Gouvernement, telles que notifiées par lettre en date du 30 janvier 2026, et en réponse à une correspondance du Ministre des Finances datée du 13 février 2026. Deux poids lourds de l'exécutif qui, visiblement, ont décidé de peser sur ce dossier.
SGS sauvée, Transatlantic D. S.A. lésée
Pour comprendre l'enjeu, il faut rappeler le contexte. En novembre 2025, le Port Autonome de Douala avait conclu un contrat de concession avec Transatlantic D. S.A., lui confiant l'inspection intégrale par scanner de tous les flux de marchandises transitant par le port. Une décision qui signifiait, de facto, la fin du monopole de SGS S.A. sur cette activité stratégique. Or, la lettre de Cyrus Ngo'o revient sur cette ambition totale : SGS est maintenue sur ses positions historiques, et Transatlantic D. S.A. se retrouve reléguée à un rôle secondaire.
Cette marche arrière n'est pas sans rappeler les accusations portées récemment par le communicant Bruno Bidjang, qui ciblait, sans les nommer directement, les partisans du maintien de SGS au PAD — des cercles que certains observateurs associent au ministre des Finances Louis Paul Motaze. La lettre de Cyrus Ngo'o, qui cite explicitement une correspondance du MINFI comme l'un de ses fondements, tend à confirmer que la bataille pour le contrôle du scanning portuaire se joue bien au plus haut niveau de l'État.
Mais le plus révélateur dans cette affaire n'est peut-être pas encore la suspension partielle elle-même. C'est ce que cette lettre ne dit pas. Car selon des informations concordantes, le gouvernement camerounais irait bien plus loin dans ses exigences : il demanderait à Cyrus Ngo'o de résilier purement et simplement le contrat du 25 novembre 2025 conclu avec Transatlantic D. S.A. La suspension partielle apparaîtrait alors comme un premier pas, une mesure transitoire avant une rupture totale.
Si tel est le cas, le DG du PAD se retrouve dans une posture juridiquement et institutionnellement délicate. Résilier unilatéralement un contrat de concession en bonne et due forme expose le Port Autonome de Douala à des poursuites en dommages et intérêts de la part de Transatlantic D. S.A., qui pourrait saisir les juridictions compétentes pour obtenir réparation. Une perspective coûteuse pour un établissement public dont la réputation contractuelle est en jeu.
Au fond, cette affaire pose une question simple et vertigineuse : qui décide, au Cameroun, de l'attribution des marchés stratégiques dans les infrastructures portuaires ? Le Directeur Général du PAD, qui a signé le contrat avec Transatlantic D. S.A. ? Le Ministre des Finances, dont la correspondance a visiblement suffi à enclencher une marche arrière ? Le Premier Ministre, dont les directives sont citées comme fondement de la décision ? Ou des réseaux d'influence plus discrets, attachés à la pérennité de SGS dans ce port qui brasse chaque année des millions de tonnes de marchandises ?
Pour l'heure, Cyrus Ngo'o signe. Mais dans quel camp joue-t-il réellement ? La réponse de Transatlantic D. S.A. — et l'éventuelle suite judiciaire de cette affaire — pourraient bien le révéler.