Actualités of Wednesday, 25 February 2026

Source: www.camerounweb.com

Bruno Bidjang, l'homme de l'ombre de Biya qui sort de sa réserve : le terrain comme mode d'emploi

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Il est l'un des visages les plus discrets mais les plus influents de l'entourage de Paul Biya. Communicant de formation, fin connaisseur des arcanes du pouvoir camerounais, Bruno Bidjang a longtemps préféré les coulisses aux projecteurs. Mais à l'approche du 8 mars 2026, Journée Internationale des Droits de la Femme, celui que beaucoup considèrent comme un fidèle parmi les fidèles du chef de l'État a posé ses valises dans un village de la région du Sud : Akak Esse, dans l'arrondissement de Sangmélima. Un déplacement anodin en apparence. Un geste politique en réalité.


La scène est classique dans son déroulé, mais significative dans son symbolisme. Bruno Bidjang, accompagné de Bate Essiane — présenté comme une « jeune élite dynamique de Sangmélima » — et de son frère et ami Guy Ferdinand Ongame, s'est rendu à la rencontre des femmes de la localité. Écoute, proximité, partage : le vocabulaire employé pour décrire la visite est celui du politique qui construit une relation avec une base électorale, bien davantage que celui du simple notable venu saluer ses compatriotes.


Le geste concret ne manque pas non plus : une contribution financière a été apportée pour permettre aux femmes du village de se procurer le pagne officiel du 8 mars, cet incontournable symbole de la fête des femmes en Afrique centrale. Modeste dans son montant peut-être, mais fort dans sa charge symbolique. On ne distribue pas des pagnes dans un village reculé du Sud-Cameroun sans savoir exactement ce que cela signifie dans l'imaginaire collectif local.


Le choix de Sangmélima n'est pas anodin. Chef-lieu du département du Dja-et-Lobo, dans la région du Sud, Sangmélima est une ville dont le poids politique et symbolique dans la géographie électorale camerounaise est considérable. C'est un territoire bétisé, un terroir chargé d'histoire, une zone où les loyautés politiques se construisent sur le temps long et le contact humain. Tout homme qui ambitionne de peser dans la vie politique nationale sait qu'il doit d'abord exister sur ce type de terrain.

Bruno Bidjang n'est pas originaire de nulle part : il connaît ces codes, il les pratique. Et cette visite à Akak Esse, petit village de l'arrondissement de Sangmélima, ressemble moins à un acte de charité spontané qu'à une étape soigneusement pensée d'une stratégie de maillage territorial.


Le communiqué accompagnant cette visite est lui-même révélateur d'une certaine sophistication dans la communication politique. On y parle de « reconnaissance du rôle central de la femme dans la famille, dans l'économie locale et dans la construction de notre société », de « piliers silencieux mais essentiels de notre nation ». Le registre est celui du discours républicain, inclusif, mobilisateur — celui d'un homme qui veut être perçu comme pensant au-delà de lui-même, au-delà de son clan, au-delà de sa chapelle.

Ce n'est pas le langage d'un communicant. C'est le langage d'un candidat qui ne dit pas encore son nom.


La question que tout le monde se pose dans les cercles politiques camerounais, mais que peu osent formuler ouvertement, est la suivante : Bruno Bidjang prépare-t-il sa propre trajectoire politique, ou agit-il encore et toujours comme relais de l'appareil biyaïste dans le Grand Sud ?

Les deux hypothèses ne sont d'ailleurs pas mutuellement exclusives. Dans la culture politique camerounaise, les hommes qui ont longtemps servi le Prince finissent souvent par vouloir régner à leur tour. La fidélité au chef est un capital qu'on investit, qu'on fait fructifier — et qu'on cherche parfois à convertir en légitimité personnelle au moment jugé opportun.

Ce qui est certain, c'est que Bruno Bidjang ne fait pas ce déplacement à Akak Esse par hasard un mois après une présidentielle contestée, dans une région du Sud qui reste le socle historique du pouvoir RDPC, et à l'approche d'élections législatives et locales qui redessineron la carte des influences locales. Chaque visite de terrain, chaque pagne distribué, chaque « moment de fraternité partagé dans la convivialité » est une pierre posée dans un édifice dont la nature exacte — réseau d'influence, base électorale, préparation à une candidature — reste pour l'heure soigneusement ambiguë.


Bruno Bidjang n'a pour l'instant fait aucune déclaration publique sur ses ambitions. C'est précisément ce silence qui parle. Dans la politique camerounaise, ceux qui crient le plus fort leurs ambitions sont rarement ceux qui les réalisent. Ceux qui avancent en silence, en construisant patiemment leur réseau, en se rendant visibles là où on ne les attend pas, sont souvent ceux qui surprennent.

À Akak Esse, ce mardi, les mamans ont reçu leur pagne. Elles ont aussi peut-être, sans le savoir, accordé un premier rendez-vous politique à un homme qui, lui, sait exactement pourquoi il est venu.