Actualités of Wednesday, 30 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Bradage national : L’économiste Eugène Nyambal tire la sonnette d’alarme

Il met surtout en avant les interrogations sur la transparence des concessions Il met surtout en avant les interrogations sur la transparence des concessions

L’économiste camerounais Eugène Nyambal dénonce une gestion qu’il juge préjudiciable des ressources et actifs publics au Cameroun, citant notamment les dossiers miniers de Nkamouna et Mbalam, les contrats douaniers, le rachat de General Bank of Cameroon et les opérations concernant la Sonara et la Sosucam.

CAMEROUN : L'URGENCE DE STOPPER LE BRADAGE NATIONAL

L'économiste Eugène Nyambal, ancien du FMI et de la Banque mondiale, dresse un réquisitoire contre ce qu'il qualifie de « gestion criminelle » des ressources publiques. Entre concessions minières bradées, contrats douaniers désavantageux et fuite des capitaux bancaires, il décrit un pays dont les ressources sont « mises en concession » au détriment de ses citoyens. Plongée au cœur de ces anomalies de gestion.

Son nom était ignoré du grand public. Les milieux financiers le connaissaient pourtant. Conseiller du FMI sur le dossier Cameroun, il a participé aux négociations de l'initiative PPTE avant d'être licencié en 2009. Il soutient depuis que ce départ sanctionnait ses critiques du projet minier Geovic. Invité de l'émission Fauteuil rouge de Morgan Palmer, il a décrit un Cameroun devenu « une espèce de comptoir, qui profite à tout le monde sauf aux Camerounais ». Le diagnostic mérite l'attention. Ses chiffres méritent la vérification.

GEOVIC, LE DOSSIER D'UNE VIE

Selon l'économiste, le gisement de cobalt, de nickel et de manganèse de Nkamouna, dans l'Est, aurait été concédé en 2003 pour 10 millions de francs CFA, environ 16 000 euros. Les faits établis sont déjà lourds. En 2008, le Cameroun a obtenu l'autorisation d'utiliser 60 millions de dollars de fonds publics administrés par le FMI pour investir dans cette concession. Les actionnaires camerounais de la filiale n'ont jamais été identifiés. Selon Eugène Nyambal, l'argent serait reparti vers les îles Caïmans. Le FMI, de son côté, conteste tout lien entre ce dossier et le licenciement de son ancien cadre.

La mine n'a jamais produit. En février 2025, un décret présidentiel a retiré le permis à Geovic pour le confier à la Sonamines. Le dossier revient pourtant. Le 24 septembre 2026, l'ambassade des États-Unis a annoncé que la société American Renaissance Minerals négocie la relance du gisement. Cette société a obtenu sous licence les données techniques de Geovic. Aucun nouveau permis n'a été accordé à ce jour. La transparence de la procédure sera le premier test.

MBALAM, LA FACTURE

Le coût du bradage ne relève plus de l'hypothèse. En juillet 2026, un tribunal arbitral de la CCI a condamné le Cameroun à verser environ 616 millions de dollars, près de 355 milliards de francs CFA, à l'australien Sundance pour le fer de Mbalam. Sur le même projet, le Congo avait obtenu gain de cause. Le tribunal reproche à Yaoundé d'avoir attribué le permis à un tiers malgré une ordonnance d'urgence de 2022. Mal négocier une concession coûte cher. La retirer sans respecter le droit coûte plus cher encore.

DOUANES : LE MAUVAIS CHIFFRE, LE BON DOSSIER

L'économiste affirme que la SGS percevrait 20 milliards de francs CFA par mois. Le calcul ne tient pas. Le contrat de scanning du port de Douala, signé en 2015, facture 60 000 à 85 000 francs par conteneur, pour environ 300 000 conteneurs en 2025. Soit environ 20 milliards par an. Le fond de la critique reste d'actualité : un rapport recommanderait de dessaisir la SGS, et la présidence comme la primature ont donné des instructions contradictoires sur ce contrat.

Le Cameroun est par ailleurs le seul pays de la CEMAC à appliquer l'accord de partenariat économique avec l'Union européenne. Selon Eugène Nyambal, cet accord n'aurait rien rapporté et aurait amputé les recettes douanières, pendant que le petit commerçant de Maroua ou de Douala est poursuivi partout par le fisc.

UNE BANQUE RACHETÉE, PEUT-ÊTRE POUR ÊTRE REVENDUE

Le 12 mai 2026, l'État a racheté les parts de Société Générale dans sa filiale camerounaise pour 129 milliards de francs CFA, soit environ 230,5 millions de dollars. Il détient désormais 83,68 % du capital, contre 16,32 % pour SanlamAllianz. La banque s'appelle aujourd'hui General Bank of Cameroon.

Eugène Nyambal évoque 230 milliards empruntés en eurobonds. Tout indique une confusion entre millions de dollars et milliards de francs CFA. Il attribue aussi à la banque 50 milliards de bénéfices annuels, quand son bénéfice 2025 s'élevait à 21,69 milliards. Sa crainte principale est en revanche fondée. La presse économique juge cette participation publique possiblement transitoire, et le nom du gabonais BGFIBank circule parmi les repreneurs. L'économiste refuse une cession de gré à gré dont personne ne connaîtrait le prix.

UNE POLITIQUE SANS LIGNE

La Sonara sera reconstruite en partenariat public-privé. Le privé concevra, financera et entretiendra les installations, la Sonara restant propriétaire et exploitante. Reste à savoir qui portera les risques. En août 2026, un consortium de cinq investisseurs camerounais a signé la reprise de 82 % de la Sosucam. Le gouvernement a suspendu l'opération trois jours plus tard. Dans le même temps, l'État a racheté Eneo, devenue Socadel, entièrement publique.

On rachète ici, on envisage de revendre là, on confie ailleurs à des financeurs privés, et on bloque une reprise par des Camerounais. Ni nationalisme économique ni libéralisme assumé. Une absence de ligne, qui profite toujours à ceux qui négocient de gré à gré. L'économiste le résume d'un mot : « C'est incohérent. »

UN RÉQUISITOIRE À VÉRIFIER

Selon Eugène Nyambal, la dette serait passée d'environ 900 milliards après le PPTE à plus de 15 000 milliards aujourd'hui, et plus de 5 000 milliards de crédits approuvés dormiraient faute de projets préparés. Un État qui emprunte cher ce qu'il ne parvient pas à dépenser.

Le diagnostic est sévère, souvent juste sur le fond, parfois fragile dans ses chiffres. Ces écarts n'invalident pas la démonstration. Ils rappellent qu'un réquisitoire, même fondé, se vérifie.

Aucun pays ne construit son développement en abandonnant le contrôle de ses ressources, de ses recettes et de ses leviers économiques. Le redressement passe par l'audit public des concessions, des cessions d'actifs par appel d'offres transparent et l'émergence d'un capitalisme camerounais capable de transformer les ressources sur place. Nkamouna et la General Bank of Cameroon seront les premiers tests. L'émergence ne se décrète pas dans les discours. Elle commence le jour où les richesses nationales servent d'abord la nation qui les possède.

John Lawson